UPAC: stratagème de fraude «systémique» impliquant Nathalie Normandeau
Après une enquête «marathon» de quatre ans et demie, l’Unité permanente anti-corruption (UPAC) a mis au grand jour un stratagème «systémique» de fraude et d’abus de confiance, qui a mené entre autres à des accusations contre l’ex-vice-première ministre libérale, Nathalie Normandeau et six autres co-accusés.
Les accusés répondront à 13 chefs d’accusation, dont fraude envers le gouvernement, corruption, complot et fabrication de faux documents, a confirmé l’UPAC hier matin. Mme Normandeau, quant à elle, fera face à des accusations de complot, de corruption de fonctionnaires, d’abus de confiance et d’avoir frustré le public d’une somme dépassant 5000$.
Outre Mme Normandeau, son ancien chef de cabinet, Bruno Lortie, l’ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté, l’ex-directeur de la firme Roche Mario W. Martel, ainsi que l’ex-vice-présidente de l’entreprise France Michaud, l’ancien attaché politique de l’ex-première ministre péquiste Pauline Marois, Ernest Murray, et l’ancien maire de Gaspé François Roussy ont été interpelés.
Selon l’enquêteur de l’UPAC, André Boulanger, il s’agit d’un stratagème de financement politique illicite en vue d’obtenir des contrats gouvernementaux mettant en cause la firme de génie-conseil Roche. Les faits reprochés ont eu lieu entre les années 2000 et 2012.
«Ce qu’on reproche aux accusés, c’est entre autres d’avoir comploté dans le but de [contribuer] à une caisse électorale pour l’obtention de contrats publics, a expliqué M. Boulanger lors d’un point de presse. La preuve tend à démontrer que c’était quelque chose de systémique, de façon très large.»
«Ces infractions sont graves. Car non seulement elles sont en violation de la loi, elles mettent en péril les principes mêmes de la démocratie et de la bonne gestion des biens publics, a déclaré en point de presse le commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière. Il est injuste et inéquitable d’utiliser les contrats publics comme outil politique, et il est également intolérable d’utiliser son influence pour affecter le résultat d’une élection.»
L’UPAC n’a pas voulu dévoiler quels contrats gouvernementaux sont impliqués dans se stratagème, ni si d’autres personnes seront arrêtés en lien avec l’affaire. M. Lafrenière n’a par contre pas écarté cette possibilité.
«Nous ne pouvons pas savoir ce que nous apprendrons aujourd’hui ou demain. Peut-être que quelqu’un d’autre viendra nous parler. Nous ne savons jamais jusque où une enquête peut nous mener», a fait savoir M. Lafrenière, en rajoutant qu’il y avait eu des dénonciations à l’UPAC il y a deux jours.
M. Lafrenière a confirmé l’arrestation de ces sept personnes peu après 6h jeudi matin dans les régions de Québec, de la Gaspésie et de Charlevoix. Ils ont promis de comparaître le 20 avril au palais de justice de Québec.
L’avocat de Mme Normandeau, Me Maxime Roy, a indiqué à Radio-Canada que sa cliente plaiderait non coupable.
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