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Vaincre le gaspillage une vieille «canne» à la fois

Wefood, Amagerbrogade, indvielse, prinsesse Marie, København, foto: Mikkel Østergaard Photo: Mikkel Østergaard/Collaboration spéciale

À la fin de février, l’épicerie Wefood a ouvert ses portes à Copenhague, au Danemark. Sa particularité? Ce magasin ne vend que de la nourriture que d’autres entreprises s’apprêtent à jeter. Une initiative qui nous rappelle le retard qu’accuse le Québec dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.

«L’idée derrière Wefood est de réduire le gaspillage alimentaire en ramassant ce qu’on appelle les surplus: la surproduction, les commandes annulées, les emballages abîmés et les produits dont la date de péremption est passée. Nous les vendons à bas prix et les profits vont à l’organisme DanChurchAid, qui combat la faim et la pauvreté dans le monde», explique à Métro Bassel Hmeidan, chargé de projet chez Wefood.

Par rapport aux autres initiatives de lutte contre le gaspillage, M. Hmeidan dit que la particularité de Wefood est d’être ouvert au grand public. «Le concept existe déjà depuis longtemps en Europe, mais c’est soit pour les gens du secteur alimentaire, soit pour des personnes qui reçoivent de l’aide alimentaire, indique-t-il. Ici, c’est comme un supermarché normal.»

Au Québec, les supermarchés commencent à être sensibles au gaspillage alimentaire, indique Iris Simard-Tremblay, qui a réalisé un essai sur le gaspillage alimentaire au Québec dans le cadre de sa maîtrise à l’Université de Sherbrooke. «La chaîne Loblaws met les aliments périmés ou bientôt périmés en rabais. Aussi, Intermarché vend des aliments moches. Ça augmente l’accessibilité alimentaire pour les gens, car les produits sont à moindre coût et les prix n’arrêtent pas de monter», remarque-t-elle. L’organisme Moisson Mont­réal a aussi un programme de récupération de denrées, qui lui permet de garnir sa banque alimentaire avec des aliments qui seraient jetés par les supermarchés autrement, notamment de la viande.

Selon Iris Tremblay-Simard, nous n’en faisons toutefois pas assez. «Si on regarde l’Europe, ici on est très en retard. On jette 2,5 fois plus de nourriture que les Américains, déplore-t-elle. Et dans la nouvelle politique de souveraineté alimentaire du gouvernement québécois, on fait seulement mention du gaspillage alimentaire dans les définitions.»

«[Au Québec], la norme, c’est qu’on jette. Vendre des produits après la date de péremption, ça peut donner une mauvaise image auprès du consommateur.» -Iris Simard-Tremblay, maître en environnement

Se nourrir de produits périmés
Garnir son garde-manger d’aliments périmés peut sembler rebutant. Pourtant, les dates indiquées sur beaucoup de produits sont en fait des «dates de fraîcheur», spécifie Mme Simard-Tremblay. «On a fait des tests scientifiques avec du yogourt, et même un mois après la date de péremption, il était encore comestible, illustre-t-elle. On croit que, dès que cette date est passée, ce n’est plus bon, que c’est dangereux pour la santé. Alors que ce n’est pas le cas.»

D’ailleurs, au Canada, comme au Danemark, il n’est pas interdit de vendre un aliment dont la date de péremption est passée. Par contre, il est interdit d’altérer la date d’emballage d’un aliment dont la durée de conservation est de moins de 90 jours, comme dans le cas de la viande.

Chez Wefood, il n’y a pas de garantie au sujet de ce qui sera sur les tablettes et si un produit est encore mangeable. «Évidemment, nous faisons un tri dans ce que nous recevons. Il faut aussi s’assurer que les consommateurs sont conscients que ça doit être consommé rapidement, souligne Bassel Hmeidan. Mais la viande, nous la recevons seulement en cas de surproduction, donc elle est fraîche. Les produits laitiers et les œufs, nous ne les recevons pas d’autres supermarchés et nous ne les vendons pas lorsque la date de consommation est dépassée.»

Étant donné le succès de Wefood après un mois d’activité – avec des files d’attente quotidiennes –, Bassel Hmeidan croit que ce type d’épicerie pourrait se multiplier à l’avenir. «Par contre, puisqu’on ne sait jamais ce qu’il y aura sur les tablettes, la localisation est très importante, juge-t-il. On doit attraper les gens pendant qu’ils magasinent déjà. Je doute que cela puisque fonctionner dans une région éloignée.»

Dans le monde
Quelques initiatives récentes de lutte contre le gaspillage alimentaire dans le monde:

  • Début février, la France a rendu illégal pour les magasins à grande surface le fait de jeter de la nourriture encore consommable et a permis aux industriels de faire don de produits refusés (mauvais étiquetages, retard de livraison) encore comestibles.
  • L’Italie a voté une loi contre le gaspillage alimentaire le 17 mars dernier. Celle-ci vise à faciliter les dons d’aliments par les agriculteurs, les industriels et les commerçants.

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