Gestion de l’offre: les producteurs laitiers s’impatientent
Alors que les producteurs laitiers canadiens perdent des milliers de dollars chaque année en raison de l’importation de lait transformé des États-Unis, Québec a exhorté mardi le gouvernement fédéral à assurer le respect de la gestion de l’offre.
«La pression monte chaque jour», a soutenu le ministre québécois de l’Agriculture, Pierre Paradis, de passage à Montréal.
Entre 2013 et 2015, la quantité de lait diafiltré importée au Canada a plus que doublé, selon un récent rapport des Producteurs de lait du Québec. Cet ingrédient laitier, utilisé dans la confection des fromages et des yogourts, est obtenu grâce à la filtration du lait. Lorsqu’il traverse la frontière, le liquide est considéré comme étant un concentré de protéines laitières et n’est donc pas soumis à l’encadrement prévu pour les produits laitiers.
Rien ne distingue le lait ordinaire de la version protéinée une fois les frontières traversées, ce qui crée un déséquilibre entre l’offre et la demande.
Selon le ministre Paradis, la balle est dans le camp d’Ottawa. «Le système [de gestion de l’offre] est équitable. Il doit seulement être appliqué par le gouvernement fédéral», a défendu le ministre de l’Agriculture, qui exige un meilleur contrôle aux frontières.
Les producteurs écopent
Les pertes des producteurs canadiens sont évaluées à plus de 220 M$ pour l’année 2015 en raison de la concurrence féroce que leur livrent les États-Unis.
«Les producteurs laitiers sont mieux financés aux États-Unis et les normes environnementales sont différentes», a rappelé le président d’Agropur, Serge Riendeau.
Cependant, bien qu’il se porte à la défense des producteurs, le dirigeant de la plus grande industrie laitière au pays avoue qu’il utilise du lait diafiltré dans la confection de ses produits. «Il faut rester compétitif», plaide-t-il.
Interpellé par Métro, le président des Producteurs de lait de Montérégie-Ouest, Maurice Montcalm, parle d’un «double malaise». Il déplore en fait le gouffre qui sépare les producteurs, qui subissent chaque année des pertes de revenus, des transformateurs, qui voient leurs revenus grimper chaque année.
À titre d’exemple, Agropur a vu ses revenus atteindre 5,9 G$ en 2014, soit une hausse de 26 % par rapport à l’année précédente. «C’est dur pour les producteurs de voir ça», s’indigne M. Montcalm. En moyenne, au Québec, chaque producteur perd plus de 10 000 $ par année en raison de la concurrence américaine.
Afin de presser le gouvernement Trudeau d’agir afin de rétablir l’équilibre perdu, d’autres «gestes de mobilisation» sont à prévoir à court terme, a indiqué M. Paradis.