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06:00 14 juillet 2016 | mise à jour le: 14 juillet 2016 à 06:00 Temps de lecture: 5 minutes

La peine de mort abolie depuis 40 ans

La peine de mort abolie depuis 40 ans
Photo: Getty ImagesNational historical landmark in Tombstone, Arizona, USA

Il y a exactement 40 ans, la peine de mort a été abolie au Canada à la suite d’un vote serré à la Chambre des communes. Amnistie internationale considère que cette abolition a été un pas de géant pour les droits de la personne, malgré qu’elle continue d’être un sujet de débat.

Le 14 juillet 1976, 130 députés votent pour l’abolition de la peine de mort, proposée par le gouvernement de Pierre Elliot Trudeau, alors que 124 votent contre.

Depuis, le taux d’homicide a diminué de 50 % au Canada, ce qui contredit l’argument selon lequel la peine de mort a un effet dissuasif sur la criminalité, estime Charles Perroud, coordonnateur pour l’abolition de la peine de mort à Amnistie internationale Canada. Plusieurs études américaines concluent également que les condamnés à mort coûtent plus cher à l’État.

«L’application de la peine de mort entraîne un processus judiciaire long et exhaustif, plus coûteux que la peine à perpétuité, explique M. Perroud. Il y a aussi des problèmes avec les questions d’innocence et de discrimination raciale.»

Malgré tout, l’abolition de la peine de mort ne fait pas l’unanimité au Canada. En 1987, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney a tenté de ré­introduire la peine de mort, une proposition qui a été battue à 148 voix contre 27. Par ailleurs, des sondages publiés dans les cinq dernières années font état d’appuis de plus de 60 % des Canadiens et des Québécois à la peine de mort.

«Aussitôt qu’un crime horrifie les personnes, on a toujours des gens qui recommandent le retour de la peine de mort. Le débat n’est jamais terminé», constate M. Perroud.

«Je ne peux pas accepter que notre société retire une vie par vengeance. Cela ne fera pas revivre la victime.» –André Patry, aumônier de la prison de Bordeaux de 1969 à 2007 sous le nom de père Jean

André Patry, qui a été aumônier de la prison de Bordeaux pendant près de 40 ans, souligne pour sa part que plusieurs anciens condamnés à mort se sont repentis et que certains se sont bien réinsérés dans la société après que leurs peines eurent été transformées en peines de prison, dans les années 1960-1970.

La pendaison à Bordeaux

De 1912 à 1960, 82 personnes ont été pendues à la prison de Bordeaux, à Montréal.

«Il y avait deux potences extérieures, qui sont des balcons avec une trappe et un petit toit où est accrochée une corde. Les condamnés à mort en avaient toujours une sous les yeux lorsqu’ils circulaient dans leur cour, pieds et mains attachés ensemble», a rapporté André Patry, aumônier de la prison de 1969 à 2007 sous le nom de père Jean. M. Patry a documenté l’histoire de la peine de mort à Bordeaux. Il s’oppose fortement à cette peine.

Trois jours avant d’être exécutés, toujours un vendredi, les condamnés étaient transférés dans une petite cellule près de la potence. «Cette cellule et une des potences sont encore visibles à la prison. Je me suis battu pour que ce soit conservé parce que ça fait partie de notre patrimoine», a souligné M. Patry.

La veille du jour fatidique, les bourreaux venaient mesurer les condamnés pour s’assurer que la corde soit de la bonne longueur afin de briser leurs vertèbres d’un seul coup, rapporte le Centre d’histoire de Montréal dans une fiche préliminaire pour son futur site web historique. Tout juste avant d’être exécutés, les condamnés soupaient, puis ils assistaient à une messe de l’aumônier.

Bien qu’il n’y ait pas eu d’exécution après l’arrivée de M. Patry, ce dernier se souvient qu’il y avait presque une dizaine de condamnés dans le couloir de la mort. «C’était des petites cellules au sous-sol avec de minuscules fenêtres, c’était épouvantable, s’est rappelé M. Patry. Étant donné les discussions en cours sur l’abolition, certains prisonniers faisaient sans cesse repousser leur exécution. C’était très dur pour le moral.»

Quelques dates

  • 1859. La peine de mort est inscrite officiellement dans le Code criminel canadien. Le meurtre, la tentative de meurtre, le vol qualifié ayant infligé des blessures, le viol et la sodomie avec un homme font partie des crimes pouvant mener à cette peine.
  • 1956. Wilbert Coffin est pendu pour le meurtre de trois chasseurs américains en Gaspésie. Cette condamnation, sans témoin ni preuve circonstancielle, provoque un questionnement au sein de la population au sujet de la peine de mort.
  • 1962. Les deux derniers condamnés à mort sont exécutés au Canada. À partir de ce moment, toutes les peines de mort sont commuées en peines de prison par les gouvernements.
  • 1967. La peine capitale est restreinte temporairement, à travers une loi, à ceux qui ont commis des meurtres de policiers et de gardiens de prison.
  • 1998. La peine capitale est aussi abolie dans la loi martiale, c’est-à-dire celle qui s’applique aux militaires.

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