Politique
05:00 20 juin 2021 | mise à jour le: 21 juin 2021 à 13:17 Temps de lecture: 6 minutes

Ces élus transfuges qui changent d’allégeance… à répétition

Ces élus transfuges qui changent d’allégeance… à répétition
Photo: Métro

De Coalition Montréal à Équipe Denis Coderre… De Vrai changement à Projet Montréal… De Projet Montréal à Équipe Coderre… D’Équipe Coderre à Projet Montréal… Et maintenant, de Projet Montréal à Ensemble Montréal, nouveau nom du parti de Denis Coderre. Depuis le retour en politique municipale de l’ex-maire, celui-ci rassemble autour de lui ses alliés d’autrefois et d’anciens rivaux. Cette nouvelle ronde d’élus transfuges s’insère toutefois dans une longue histoire d’allégeances changeantes qui dure depuis au moins 2013.

Petit historique d’une allégeance municipale volatile

L’élection de 2013 marque un tournant dans la politique municipale montréalaise, avec l’éclatement d’Union Montréal et la quasi-disparition de Coalition Montréal, jusque-là les deux partis les plus importants de la métropole. De nouveaux joueurs, dont Denis Coderre, arrivent à l’avant de la scène.

Élu minoritaire, celui que l’on surnommera «l’omnimaire» pige rapidement dans les rangs de l’opposition pour créer une coalition autour de lui. Réal Ménard, Russel Copeman et Elsie Lefebvre rejoignent son comité exécutif tout en restant au sein de Coalition Montréal. Lorraine Pagé quitte le Vrai changement pour se joindre à lui.

Le coup d’éclat le plus retentissant: le départ de Richard Bergeron, fondateur de Projet Montréal, qui rejoindra aussi le comité exécutif à titre d’indépendant. Érika Duchesne et Marc-André Gadoury font de même.

Toutes ces personnes rejoindront officiellement les rangs d’Équipe Denis Coderre pour les élections de 2017. Une campagne où l’issue du vote semblait, à l’époque, scellée d’avance.

Pendant ce temps, Projet Montréal attire d’autres élus issus du Vrai changement et de Coalition Montréal, notamment l’actuel président du comité exécutif, Benoit Dorais. Puis, «l’homme de la situation» fait son apparition. Valérie Plante rattrape l’écart qui la sépare de Denis Coderre, s’assurant au passage l’appui du dernier chef de Coalition Montréal, Marvin Rotrand.

Puis, Valérie Plante remporte la mairie. Et tous les élus transfuges de M. Coderre perdent leur siège.

La situation, désormais renversée, se poursuit pendant la première moitié du mandat de Mme Plante. Richard Bergeron se distancie de l’ex-maire et tente de se rapprocher du parti qu’il a fondé. Cathy Wong, élue sous la bannière Coderre, choisit finalement de rejoindre les rangs de Projet Montréal. Caroline Bourgeois, ancienne employée politique dans le giron Denis Coderre, remporte la mairie de l’arrondissement RDP-PAT pour Projet Montréal.

Hadrien Parizeau et Jean-François Parenteau, aussi élus sous la bannière de l’ex-maire, siègent comme indépendants au comité exécutif de Valérie Plante.

La fin de mandat de la mairesse Plante est plus difficile jusqu’à présent. Des élues exclues du parti forment leurs propres équipes locales. Julie Pascale Prévost a rejoint Ensemble Montréal, nouveau nom du parti de M. Coderre. Hadrien Parizeau réintègre son ancien parti.

Il est suivi de près par Guillaume Lavoie, ancien candidat à la chefferie de Projet Montréal en 2016, qui avait perdu de peu face à Valérie Plante et avait quitté le parti en 2017.

Une particularité municipale?

Cette attitude d’élus transfuges, qui changent de camp parfois plus d’une fois, pourrait surprendre. Elle fait pourtant partie de la dynamique politique au municipal, puisque l’idéologie politique y est moins présente qu’à d’autres paliers de gouvernement. Les exemples sont notamment moins nombreux au provincial, où le passage de Claire Samson au Parti conservateur du Québec crée un certain émoi.

«Le contexte municipal est moins centré autour de partis politiques, mais plutôt sur des formations politiques et sur des leaders politiques, ce qui rend les changements d’allégeance plus fréquents qu’à d’autres paliers de gouvernement.»

Danielle Pilette, politologue, professeure agrée à l’UQAM.

Mme Pilette note par contre que dans le cas de Projet Montréal, celui-ci revêt plus la forme d’un parti politique. Un parti situé à gauche sur l’échiquier politique qui dispose d’une solide base de militants. Un parti dans lequel Guillaume Lavoie déclarait «ne plus se reconnaitre».

Par contraste, Ensemble Montréal prend plutôt la forme d’une coalition politique, d’un regroupement de personnalités et de «candidats-vedette».

Au municipal, il n’y a pas toujours d’historique politique, mais plutôt une alliance entre élus, à un moment donné, autour d’une vision commune.

Elsie Lefevbre, ancienne conseillère municipale dans Villeray de 2003 à 2007.

Pour Elsie Lefebvre, ancienne conseillère municipale dans Villeray de 2003 à 2017, Montréal reflette actuellement bien ces deux visions. D’un côté, Projet Montréal, un parti avec des bases politiques plus définies et qui a survécu au départ de son chef, Richard Bergeron. De l’autre, Ensemble Montréal, une coalition politique de candidats menée par M. Coderre.

L’avantage des coalitions politiques pour Mme Lefebvre: éliminer la partisannerie et centrer la discussion sur des visions, des projets pour la ville.

Une stratégie politique?

Danielle Pilette voit une stratégie de M. Coderre dans le fait d’aller chercher des candidats avec une forte notoriété. Comme se fut le cas avec Richard Bergeron, Hadrien Parizeau, Guillaume Lavoie, ou des candidats issus du provincial ou du fédéral, comme Scott McKay, Réal Menard ou encore Russel Copeman.

Par contre, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les élus transfuges n’iraient pas nécessairement du côté du parti «qui a le vent dans les voiles pour l’emporter à la mairie de Montréal», mais plutôt vers le parti qui «est dans une bonne posture à l’échelle d’un arrondissement». Il y aurait donc selon la professeure, un retour vers le local: l’arrondissement, au coeur de la grande ville.

Cette importance du local qui se retrouve dans l’ADN de Projet Montréal, une sorte de «dichotomie entre le local et la grande ville». Une distinction absente de la plateforme et du discours politique de Denis Coderre qui mise plutôt sur une métropole internationale.

Un «duel de personnalités»

Un constat sans équivoque, qui semble traverser les gouvernements, les provinces et les frontières et auquel n’échappe pas la politique municipale montréalaise, c’est l’accent mis sur les personnalités des candidats.

«Le municipal est incarné par la personnalité des chefs, c’est le ou la chef(fe) qui crée la mobilisation.»

Elsie Lefevbre, ancienne conseillère municipale dans Villeray de 2003 à 2007.

À l’image des personnalités de Valérie Plante et de Denis Coderre, en dichotomie complète. L’une «sérieuse, bonne élève», l’autre «ambitieux et d’éclat». Une dualité presque aussi claire que celle des visions qui les opposent.

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