Politique

La CAQ ou le refus de la science

Photo: Gracieuseté

On avait un avant-goût de ce qui pouvait potentiellement survenir une fois le parti au pouvoir: préparant l’élection à venir, la Coalition avenir Québec y allait d’un choix éditorial clair, soit celui d’exclure la mention du terme «environnement» de son programme. Pas seulement le refus de proposer une quelconque mesure, mais également celui d’employer le mot honni. 

Au diable, donc, la quasi-unanimité scientifique sur l’imminence des ravages afférents aux réchauffements climatiques. Pour reprendre les propos de l’une de ses actuelles députées, Chantale Jeannotte: «L’environnement, on va ben pas se mettre dans la rue pour ça!». Plutôt l’inverse, madame. 

La table ainsi mise, pas surprenant de voir maintenant se goinfrer, rendus au pouvoir, ses ministres de déclarations absurdo-négationnistes. Du style «le troisième lien sera carboneutre». Ou encore ce chef-d’œuvre de novlangue, propriété intellectuelle de François Legault: le plus grand tunnel au monde «sera bénéfique pour l’environnement». 

De façon parallèle, la mort de Joyce Echaquan devait également, à sa manière, mettre en relief l’aversion caquiste pour l’empirisme. Malgré les rapports étayés de la coroner, de la commission Viens, de la Commission des droits de la personne du Québec et autres aveux du SPVM, lesquels établissent hors de tout doute raisonnable les infections du racisme systémique en sol québécois, le premier ministre et ses adjudants rejettent cavalièrement les conclusions, pourtant unanimes. 

Motif? Simple: le Petit Robert. Selon ce dernier, les définitions (distinctes) de «racisme» et «systémique» ne peuvent trouver application ici même, le «système» n’étant évidemment pas «raciste». Un peu comme le «viol» et «culture» de Guy Nantel, finalement. 

Poursuivant dans la logique des deux humoristes, une suggestion, pour une prochaine: «chien-chaud». Essayez ça, voir.  

Crise de moindre envergure, la nomination décriée de Marie Grégoire à la tête de la BAnQ est également symptomatique de ce qui précède. Bien que l’ensemble du milieu culturel et académique se soit égosillé à avertir le gouvernement de l’absence de qualifications de sa candidate chouchou, celui-ci modifie ensuite les exigences pertinentes, retirant celle relative à la détention d’une maîtrise, absente du CV de Mme Grégoire. En entrevue au Devoir après ses 100 premiers jours en poste, elle déclare: «On a beaucoup parlé de la transformation numérique, maintenant on va essayer de le phraser à travers l’expérience BAnQ. Une expérience où les employés vont avoir un indice du bonheur élevé à faire ce qu’ils ont à faire, c’est-à-dire une tâche proportionnelle à ce qu’on est capables d’accomplir. On ne va pas s’épivarder.»

Hein? Preuve béton, malheureusement a contrario, de l’importance de qualifications préalables. 

Dernier cas de figure: la gestion de l’actuelle pandémie. Déjà archi-documentées, les bourdes du Dr Arruda, validées ou commandées par le Cabinet pour des fins électoralistes, sont maintenant légion, au point d’avoir provoqué son départ. Les dernières, dignes de mention: le refus des masques N95 et des purificateurs en classe, lesquels provoqueraient un «faux sentiment de sécurité». Incroyable pareil, non? Tout ceci – si la cour n’était pas déjà pleine – près de 18 mois après l’obtention de 432 millions en provenance du fédéral pour assurer la sécurité des élèves en classe. Comment ce fric a-t-il été dépensé? Silence radio de la part de Québec, qui affirme… vouloir éviter de nuire à ses relations avec Ottawa. Hypothèse: gageons un p’tit deux sur une dépense en sondages ou publicités, stratégie-phare caquiste.

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Environnement. Lutte au racisme. Culture. Santé publique. Domaines névralgiques où la science et l’empirisme se retrouvent essentiellement délaissés au profit de calculs électoralistes. Le propre, quand on y pense, du populisme. La sombre impression, à vrai dire, que ce gouvernement nous prend soit littéralement pour des cons, soit il l’est un peu lui-même. Délétère et angoissant, mettons.

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