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07:54 9 avril 2018 | mise à jour le: 9 avril 2018 à 07:54 temps de lecture: 4 minutes

Doit-on craindre un tête-à-tête avec son patron?

Doit-on craindre un tête-à-tête avec son patron?
Photo: Getty Images/Wavebreak MediaCork, Ireland

Se retrouver en tête-à-tête avec son patron pour dîner peut être angoissant : on peut se demander comment agir ou craindre d’épuiser tous les sujets de conversation avant le plat principal. Au lieu de vous en faire, pourquoi ne pas saisir l’occasion pour demander de la rétroaction et grimper dans l’estime de votre patron?

Denis Morin, conseiller en ressources humaines agréé et professeur titulaire de gestion des ressources humaines à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), conçoit que plusieurs personnes puis-sent éprouver cette angoisse. «Ça fait partie de la notion d’image publique, explique-t-il. Les gens sont souvent préoccupés par ce qu’on va penser d’eux.» Pourtant, les discussions informelles lors d’un repas ou pendant une pause-café permettent d’obtenir de la rétroaction à propos de notre rendement et favorisent la cohésion au travail. «Il faut toutefois laisser de côté les tentatives de manipulation, avertit le spécialiste en intelligence émotionnelle. Les discussions informelles sont propices à l’amitié, et un contexte amical exige de l’authenticité.»

Que dire ou comment agir?

Plusieurs études montrent que les premières impressions sont formées à 55% par la gestuelle, le comportement et l’image d’une personne, à 38% par le ton de sa voix et à seulement 7% par le contenu de ses propos. Des experts ont également conclu qu’au travail, la personnalité prend le dessus sur les compétences.

Ainsi, la façon d’agir avec un employeur serait plus importante que le contenu des conversations avec lui. En ce sens, il faut se demander non pas «que dire?» mais plutôt «comment agir?», à moins qu’il ne s’agisse de notre énième discussion avec le patron. «Il faut développer de bonnes habiletés politiques: faire preuve d’introspection, essayer de comprendre l’autre, se montrer humble et transparent», dit Denis Morin.

L’accessibilité et l’ouverture de l’employé, sa capacité à admettre ses faiblesses ou ses torts et la façon dont il présente son point de vue font également bonne impression, selon le spécialiste.

Il est toujours préférable de préparer quelques questions pertinentes pour d’éventuels moments de silence, de poser des questions ouvertes et de démontrer son intérêt pour son travail. À l’inverse, il vaut mieux s’abstenir d’étaler sa vie privée et de propager les ouï-dire qui circulent au travail.

Les bonnes conditions

Le superviseur a aussi un rôle à jouer dans les discussions informelles. Il doit démontrer de la sollicitude dans ses échanges pour favoriser le développement de son personnel. «Demander de la rétroaction, par exemple, c’est montrer sa vulnérabilité. L’employeur doit être conscient que son employé s’expose en le faisant et doit donc faire preuve de délicatesse, souligne le professeur. Les gens sont très sensibles.»

Enfin, toutes les conditions doivent être réunies pour que les discussions informelles roulent comme sur des roulettes. Selon Denis Morin, l’environnement peut avoir un effet sur la qualité de la relation superviseur-subordonné, sur l’estime de soi, sur le sentiment d’efficacité personnelle et sur la satisfaction au travail de l’employé.

Évidemment, avant de penser aux sujets de conversation ou à la façon de se présenter, il faut s’assurer que la discussion profite aux deux parties, puisque beaucoup d’informations professionnelles seront échangées. «La personne est-elle prête à tenter d’obtenir de la rétroaction? Il faut que ce soit utile et qu’elle sente que cela renforcera son sentiment d’efficacité et ses compétences», fait valoir l’expert.

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