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19:38 14 juin 2016 | mise à jour le: 14 juin 2016 à 19:38

Les risques d’un emploi ennuyant

Les risques d’un emploi ennuyant
Photo: Getty Imagesennui travail

Contrairement à la surcharge de travail, le syndrome du bore-out tue l’employé à petit feu par manque d’activité. Encore peu connu, ce phénomène serait pourtant répandu et ferait plus de tort que le très médiatisé surmenage…

Manque de motivation, stress, fatigue, mal de vivre : ces symptômes de souffrance sont bien réels chez les personnes qui vivent un bore-out. N’avoir rien à faire du matin au soir au bureau tout en étant payé est un problème qui affecte près d’un travailleur européen sur trois, selon le site d’emploi belge Stepstone. Aux États-Unis, ce sont en moyenne deux heures par jour de travail qui sont gaspillées par manque de tâches à accomplir, selon AOL et Salary.com.

Le syndrome de l’épuisement professionnel dû à l’ennui au travail engendre de véritables problèmes psychologiques et physiques. Les personnes qui s’ennuient au boulot sont d’ailleurs victimes de 2,5 fois plus d’accidents vasculaires cérébraux que celles qui ne s’ennuient pas et sont susceptibles de mourir plus jeunes, selon une étude anglaise.

Le bore-out est un piège. «On garde son contrat de travail parce que c’est confortable à court terme, mais à long terme, c’est un cancer, une mise à mort, affirme sans détour Christian Bourion, auteur du livre Le bore-out syndrome – Quand l’ennui au travail rend fou, spécialiste de la gestion du travail et professeur à l’ICN Business School Nancy-Metz, en France. Après, l’employé qui s’ennuie perd confiance en lui, il ne se sent pas à la hauteur, et c’est destructeur sur le plan mental.»
Un nouveau tabou
Pourtant, travailler à ne rien faire tout en étant payé est un rêve pour plusieurs! Un employé qui s’ennuie, mais qui gagne un bon salaire n’ose pas se plaindre de sa situation. Une certaine honte accompagne le bore-out. La peur de paraître ingrat et profiteur en fait un tabou, ce qui amène celui qui en souffre à s’autocensurer, selon Christian Bourion.

Pire encore : le travailleur s’habitue à ne rien faire et peut devenir incapable de reprendre une charge de travail «normale» plus tard, même s’il change d’emploi. «Si vous avez été en bore-out pendant cinq ans, ce sont cinq ans de retard que vous avez accumulés. C’est un décalage terrible, encore plus pour les travailleurs de plus de 50 ans», fait valoir l’auteur et chercheur.

La seule véritable solution consiste selon lui à changer de travail, mais ce n’est pas toujours possible à court terme, parce qu’on a besoin du salaire ou qu’on n’arrive pas à décrocher un nouveau poste. Dans ce cas, on peut tenter d’aider ses collègues de son mieux (s’ils ne sont pas victimes de bore-out eux aussi!) et même demander de nouvelles tâches à son patron. Rien ne garantit toutefois que le travail s’accumulera.

Selon Christian Bourion, la solution est économique et non médicale. Il faudra une réorganisation des structures d’entreprise pour éliminer ces emplois carrément inutiles, qui mettraient 30 % de la main-d’œuvre au chômage si on procédait du jour au lendemain. «Les gens s’ennuient au travail et réclament des responsabilités, déclare-t-il. Les patrons et les ouvriers veulent du boulot. La lutte des classes n’existe plus.»

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