Culture

Osheaga: une chanteuse à la «MØDE»

Il y a cinq ans, MØ composait de la musique dans sa chambre, chez ses parents, cachée dans un cocon de rideaux qu’elle s’était fabriqué. Aujourd’hui, cette artiste danoise de 27 ans cumule les tubes, chante sur une pièce avec Justin Bieber, s’apprête à sortir un deuxième album, s’en vient jouer à Osheaga et vit son «rêve de petite fille qui voulait devenir une Spice Girl».

Ce qui ressort quand on pense à MØ, outre ses textes personnels, ses sonorités électro-pop antigénériques et sa présence scénique? D’abord, son énergie folle. Ses chorégraphies expressives. Sa personnalité atypique. Son style, aussi. Ses coiffures qui changent tout le temps, ses vêtements sport assortis à des pièces haute couture, son veston au dos duquel elle a écrit «Boss of the boys» («patronne des garçons»). Parfois comparée à Grimes (qu’elle trouve «f*cking cool!»), MØ a d’ailleurs chanté dans plusieurs défilés, notamment celui d’Elie Saab’ à la dernière Semaine de la mode à Paris. Peut-être parce qu’elle a une attitude «j’m’en fous» mais aucunement blasée. Qu’elle semble sincèrement authentique.

Du reste, rien dans ce qu’elle dit ne paraît affecté. Elle parle vite, se reprend dans un anglais teinté d’un charmant accent danois, s’adresse à elle-même en utilisant son vrai nom («Allez, Karen, sois forte!»), s’exclame tour à tour: «Je suis présentement au 16e étage!» «J’ai récemment découvert que j’ai peur des hauteurs!» «Oh! J’adore cette chanson!»

Cette chanson, c’est Where Are Ü Now. Sa «préférée» de Justin Bieber. Une star avec laquelle elle n’aurait jamais pensé, rêvé, espéré partager un jour un titre. Mais eh, c’est maintenant chose faite sur Cold Water, un morceau qui rassemble le top de la pop. La musique est signée Major Lazer (groupe dont fait partie le réalisateur et DJ Diplo, avec lequel MØ a souvent travaillé). Les paroles sont coécrites par le romantique rouquin Ed Sheeran. Et Justin y donne de la voix, donc. «Quand les gars m’ont demandé de me joindre à eux, j’ai fait yes, yes, yes, yes! Ça doit arriver!» Et c’est arrivé. Comme le succès l’a fait pour Bieber. «C’est fou! lance-t-elle. Tout son parcours, ce qu’il a traversé, le fait qu’il soit aujourd’hui le roi de la pop…»

«Il vaut mieux essayer de nouvelles sonorités étranges, se planter, puis faire un retour triomphal plutôt que de toujours rester dans la même bulle et la même mélasse de nos habitudes. Ça, c’est trop plate.» – MØ

Même si ce n’est pas à la même échelle que le Biebs, Karen Marie Ørsted a elle aussi vu sa vie changer radicalement ces dernières années. Les trucs incroyables ne cessent de s’empiler. «Mais je ne me dis jamais que tout est beau et parfait! Je me demande plutôt : “Qu’est-ce qui s’en vient? Qu’est-ce que je vais faire, maintenant?”»

Ce qu’elle faisait autrefois, d’abord: elle tripait sur les Spice Girls (il y a un moment, elle a même repris Say You’ll Be There). Ado, elle est devenue punk, a commencé à militer avec ses copains contre l’extrême droite. «C’est une part très importante de ce que je suis, de mon éducation comme être humain, note-t-elle. J’ai baigné dans ce monde pendant 10 ans. Jusqu’à ce que cette… cette chose commence à arriver.» La chose dont elle parle: son succès, sa carrière. Qui a commencé comme bien d’autres aujourd’hui avec des chansons composées seule, puis diffusées sur YouTube. La suite, presque classique : l’intérêt grandissant des initiés, les concerts dans des micro-salles, puis dans les plus grandes. Et, ensuite, le premier album, en 2014, No Mythologies to Follow, qui est «né facilement, bang, bang, bang».

Mais le plus grand «bang» est arrivé l’été dernier avec le tube Lean On, enregistré lui aussi avec les gars de Major Lazer. Depuis, on lui demande sans arrêt: «Ton deuxième album, il sort quand?» «Ça me rend si heureuse que des gens soient excités d’entendre mes nouvelles compositions! Ça me donne envie de faire quelque chose de vraiment, vraiment bon.»

Elle ne clame pas ça pour la forme. Son premier disque, déjà, reflétait ce désir de perfection. «J’ai besoin de mettre tout mon cœur et toute mon âme dans chaque chanson. Mais j’aime aussi prendre des risques. Chacun mérite d’essayer ses propres… différences.»

Ce qu’elle essaie ces temps-ci? «Apprendre à dire non. Je suis celle qui fait tout le temps : “Oh! Quelle super idée! On devrait se lancer! Allons-y! Allons-y!”»

«Mais c’est dans ma nature d’être curieuse et spontanée, ajoute-t-elle. C’est un truc de famille!» Une famille dont elle est restée proche: son père, qui lui a transmis son énergie, son frère médecin, sa maman, qui rassemble tous les articles écrits sur elle. Une collection que MØ prévoit montrer à ses petits­-­enfants quand elle aura 60 ans et passera son temps assise sur sa véranda, «à philosopher sur la vie». Quand la folie des tournées devient trop intense, c’est d’ailleurs dans la maison de son enfance qu’elle retourne pour «se ressourcer, relaxer et renouer avec la vieille Karen».

La vieille Karen, c’est celle qui «n’était jamais la jolie fille», qui admirait Kim Gordon, de Sonic Youth. Celle qui passait ses journées avec ses amis, qui lui manquent maladivement quand elle est sur la route. Encore plus que son amoureux. «J’habite avec lui, donc je le vois plus souvent», explique-t-elle. Dernièrement, en l’attendant dans le hall d’une piscine publique, elle a écrit une chanson. «Souvent, les bons mots me viennent dans de drôles de situations, dans des endroits aléatoires.» Une de ses plus belles pièces à ce jour, Never Wanna Know, où elle met un terme à une relation en disant au garçon qu’elle ne veux «jamais connaître le nom de sa nouvelle blonde», elle l’a écrite sur un filtre à thé. Reflet, peut-être, du côté intime et authentique essentiel de sa musique. «Tous les jours, je me rappelle : “Karen, tu dois être vulnérable, être vraiment toi-même. Ne pas oublier tes valeurs. Car c’est dans ce temps-là que les autres écoutent.”» Trop vrai.

À Osheaga dimanche à 13 h 40

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