Festival de musique émergente: Ivre de musique et de Rouyn
L’Abitibi a vibré durant quatre journées de bonheur intense lors de la 14e édition du Festival de musique émergente (FME), qui s’est terminé en fin de semaine.
«On est partis pour une fin de semaine débile!» a lancé Olivier Langevin dès le premier soir. Sa formation Galaxie a d’ailleurs fait des flammèches en compagnie de Marie-Pierre Arthur, multipliant les jams sans fin avec un mélange senti de folk-rock-electro qui a immédiatement réchauffé les spectateurs réunis en grand nombre.
L’ambiance était à la fête, avec des gens de tous les âges – bonjour les bébés avec des casques d’écoute – et la bière vraiment pas cher. Que fallait-il de plus à notre bonheur? Rien, si ce n’est de posséder ce fameux don d’ubiquité et de pouvoir être partout à la fois. Surtout pendant les 5 à 7 (qui se terminaient à 6h15 plus exactement) où plein d’artistes intéressants jouaient au même moment. Alors, on commençait un spectacle à un endroit, on le continuait à un autre et on le terminait ailleurs. Cela permettait d’enchaîner les textes intelligents de Ludo Pin avec l’ensoleillante énergie de Laurence Nerbonne (feu Hôtel Morphée), avant d’être happé par les mélodies cinématographiques de Carabine.
«Hey Rouyn, je suis en amour avec toi!» – Yann Perreau, choix par excellence pour faire lever le party.
Comme tonique à un événement déjà hors de l’ordinaire, on embauche illico Lakes of Canada afin de chanter a capella dans une église. C’était pour mieux mettre la table à la performance feutrée d’Avec pas d’casque, qui a présenté son excellent nouvel album Effets spéciaux et vu son chanteur, Stéphane Lafleur, s’excuser sur un ancien quiproquo. Également en rodage, Fred Fortin et son désir de cognac ont littéralement soufflé le Cabaret de la dernière chance avec Ultramarr, qui est déjà un des grands crus de l’année. Mention spéciale à la réincarnation d’Où est Charlie? à la batterie, qui s’amusait autant que la salle entière.
À ce stade, tout bon festival serait déjà terminé. Mais pas le FME, qui était seulement à mi-chemin et où les gilets à l’effigie de Martin Deschamps et de Kevin Spacey abondaient. Les synthétiseurs ludiques de Paupière, le spleen communicatif de Pandaléon et la voix enchanteresse de Bernhari n’étaient que des hors-d’œuvre au démoniaque poète abrasif Violett Pi, au shoegaze puissant de Metz qui nous a presque fait regretté d’avoir avalé de la poutine peu de temps avant et, surtout, à la guitare tonitruante de Yonatan Gat, qui a mis KO une bonne fois pour toutes nos tympans. Certainement la plus belle découverte du festival.
Après autant de décibels, il était compréhensible de voguer plus gentiment sur les airs volatiles de Dan San, les cuivres lustrés de The Vasts, la plume si imagée de Tire le coyote et le plein d’attitude de Laura Sauvage, qui pourrait très bien devenir notre Chan Marshall (Cat Power). Jusqu’à cette conclusion réconfortante dont seuls les Barr Brothers ont le secret. Déjà un incontournable pèlerinage annuel, le FME est tout simplement dans une classe à part.