Culture
10:00 31 mars 2017 | mise à jour le: 31 mars 2017 à 10:00

Natalie Portman: Jouer comme nulle part ailleurs

Natalie Portman: Jouer comme nulle part ailleurs
Photo: Les Films Séville

L’actrice oscarisée Natalie Portman parle avec Métro des méthodes uniques du réalisateur Terrence Malick, avec qui elle a travaillé pour Song to Song.

Natalie Portman peut se targuer d’une chose que peu d’acteurs connaissent : elle est apparue dans plusieurs films de Terrence Malick. Le légendaire cinéaste (Badlands, Days of Heaven, The Tree of Life) fait partie de ceux avec qui les acteurs aiment travailler, même si ses méthodes ne sont pas classiques. Pas de script. Chaque jour, ils arrivent sur le lieu de tournage sans vraiment savoir ce qui les attend. Et, par-dessus tout, il se peut qu’ils soient coupés au montage.

Ça n’a pas été le cas de Natalie Portman, 35 ans, que ce soit pour Knight of Cups ou pour le nouveau Song to Song, construit autour d’un triangle amoureux entre deux musiciens (Ryan Gosling et Rooney Mara) et un producteur (Michael Fassbender).

Portman, qui joue ici une serveuse et une enseignante tombant sous le charme du personnage hédoniste de ce dernier, partage avec Métro le plaisir de s’écarter un temps des productions habituelles pour se lancer dans un projet étrange, mais gratifiant.

Malick est connu pour être quelqu’un de spontané, mais qui a néanmoins toujours un plan en tête. Quel genre de direction donne-t-il sur un plateau?
Il n’a pas d’idées particulières qu’il faut mettre en application. Il veut qu’on le surprenne, qu’on crée quelque chose là, devant ses yeux. C’est comme si on était dans un documentaire, mais en jouant. [Rires] Il nous parle de l’intrigue et des traits de caractère des personnages, mais il ne dit pas grand-chose sur ce qui est censé se passer. Ça nous laisse beaucoup de liberté. Mais quand c’est la première fois que tu arrives sur son plateau, ça te paraît peu orthodoxe. Alors, il te faut quelques minutes pour t’adapter.

Ça ressemble à quoi, les jours de tournage d’un film de Malick?
Il n’y a aucune journée qui ressemble aux autres. Chaque jour est assez insensé. On cherche sur le vif une prise de vue inattendue, mais jolie. Tout le monde travaille ensemble pour la trouver. On va d’un lieu de tournage à un autre en changeant de vêtements dans un van au bord de la route. On se contente de l’essentiel. C’est vraiment le fun. On a l’impression d’être un groupe d’ados punks qui fait un film, sauf qu’il y a de vrais maîtres de l’art.

«Days of Heaven a été mon premier. Tous ses films sont géniaux, mais celui-ci restera dans mon cœur pour toujours.» – Natalie Portman, répondant à la question: «Quel est le premier film de Malick que vous avez vu?»

Comment vous êtes-vous sentie lors de votre premier jour de tournage, sur Knight of Cups?
J’étais intriguée par le plateau et le décor, parce que ça ne se compare à rien. Il y a des rituels dans les tournages. Lui, il déconstruit tout cela. Il n’y a pas de retouches toutes les cinq minutes, il n’y a pas cette obligation d’avoir une continuité dans les lieux ou les habits à l’intérieur d’une scène. Vous pouvez désorienter le spectateur, et c’est correct.

Est-ce qu’il vous avait donné d’autres conseils?
Il m’a conseillé des films italiens incroyables, comme Juliet of the Spirits et La Strada [de Federico Fellini] ainsi que les romans Middlemarch et Daniel Deronda [de George Eliot], que je n’avais jamais lus.

Votre personnage était donc un croisement entre un personnage de Fellini et un héros d’Eliot…
Ouais. [Rires] Elle pense que le mariage va l’aider à se sortir d’une mauvaise passe, comme on pouvait le faire au XIXe siècle. Mais bien sûr, la situation empire.

Ça en fait, de la lecture: ni Middlemarch ni Daniel Deronda ne sont de petits ouvrages.
Mais ç’a été des découvertes incroyables! Je n’avais lu aucun livre d’Eliot auparavant, ce qui est fou, parce que c’est vraiment mon genre de lecture. La psychologie des personnages prend une place importante. C’est comme tous ces livres intimidants: au départ, on a peur d’être submergé, et puis, on est absorbé, on devient obsédé. C’est comme les soaps à la télé : on est accro aux personnages. C’est croustillant, peu importe la longueur de l’émission.

Song to Song sort en salle vendredi prochain.