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Jean-Michel Jarre: Entre lumière et obscurité

Photo: Sony Music
Lucía Hernández - Metro World News

Le compositeur de musique électronique Jean-Michel Jarre, de passage à Montréal jeudi, a célébré récemment les 40 ans de son album au succès international Oxygène en lançant un nouvel album, Oxygène 3.

Pendant plus de quatre décennies, Jean-Michel Jarre a composé, enregistré et produit une musique unique. Depuis ses premiers pas en 1971, le musicien français a touché à plusieurs styles allant de l’électro-rock à la musique ambient. C’est à 27 ans, dans sa salle à manger transformée en studio d’enregistrement, avec un enregistreur à 8 pistes et des instruments de musique archaïques, qu’il a commencé à travailler sur son projet intitulé Oxygène.

Sans le savoir, Jarre venait de créer une œuvre qui allait faire tomber les préjugés sur la musique électronique. Sa musique est aujourd’hui vue comme étant aussi valable que les autres, et les synthétiseurs sont considérés comme de vrais instruments et non de vulgaires outils d’expérimentation.

Métro a rencontré l’artiste de 68 ans pour parler de sa carrière.

Pourquoi avoir créé Oxygène 3?
Quand j’ai fait le premier Oxygène, il y a 40 ans, je l’ai fait en chapitres, comme un livre. J’ai pensé que ça serait cool d’écrire une suite. J’ai toujours été un fan des sagas et des séries et je crois qu’en musique, ça vaut la peine de continuer les histoires. Alors, on pourrait dire que le nouvel album est une troisième saison du projet Oxygène. Après les grands projets de musique électronique dans lesquels je me suis impliqué avec plein de collaborateurs et de producteurs, je me suis dit que j’avais besoin de quelque chose de plus minimaliste comme Oxygène.

Je me rappelle avoir fait le premier album en six semaines. J’ai trouvé ça intéressant de répéter la même expérience, en allant en studio pendant six semaines aussi, et de rêver le prochain chapitre. Le premier, on pourrait dire qu’il est sec et sombre, comme les derniers jours d’hiver, et l’autre est plus mélodique et amusant.

Quelles sont les sagas ou les séries que vous aimez?
Je suis vraiment plus une personne de télévision. J’aime presque tout ce qui a du suspense, comme House of Cards, Game of Thrones ou True Detective. Dernièrement, il y a plein de bonnes séries à regarder.

Quelle est la meilleure méthode pour écouter Oxygène 3. Chanson par chanson ou aléatoirement?
C’est une question super intéressante parce que je pense qu’aujourd’hui, on bouge très rapidement: on passe une minute sur une chose, l’autre minute sur autre chose. Pour revenir à la référence aux séries, on a maintenant l’habitude de passer un week-end à regarder une émission au complet. Ça reflète l’esprit des années où on prenait le temps de s’immerger dans quelque chose, que ça soit la télé ou la musique. Pour moi, les 40 minutes d’Oxygène 3 sont en fait une seule chanson. J’aimerais que les gens prennent le temps de l’écouter comme s’ils regardaient une série.

«Pour ma tournée nord-américaine, j’ai plein de visuels et de vidéos que j’ai préparés. J’amène l’idée d’une troisième dimension qui génère une certaine atmosphère et qui exprime visuellement ce que je fais quand je compose, c’est-à-dire construire des sons architecturaux.» – Jean-Michel Jarre

Du lancement du premier Oxygène à aujourd’hui, l’industrie de la musique a beaucoup changé, notamment sur le plan de la technologie. Comment ça vous a affecté?
Évidemment, l’internet a eu un gros impact sur la musique, mais en tant que musicien, je sens que les technologies m’ont aidé à faire ce que je voulais faire. C’est très positif qu’autant de personnes aient accès à la technologie pour faire de la musique sans avoir à dépenser des fortunes. Avec un ordinateur et un clavier, vous pouvez faire des miracles.

En même temps, l’internet a son côté très sombre et négatif. L’idée que de plus en plus de musique soit partout et gratuite fait en sorte que c’est plus difficile pour les musiciens de vivre de leur art. Donc maintenant, les compagnies de disques ont besoin de créer de nouveaux modèles d’affaires parce que, sinon, les chances de voir de nouveaux talents émerger vont s’amincir. On a plus de musique partout avec de nombreux téléchargements et reproductions qui génèrent beaucoup d’argent, mais cet argent va aux géants de l’internet et très peu se rend jusque dans les poches des compositeurs et des auteurs.

La musique électronique a gagné beaucoup en popularité auprès des jeunes. Qu’en pensez-vous?
Quand j’ai commencé à faire de la musique électronique, personne n’en faisait vraiment et je me doutais que ça allait devenir le style principal du XXIe siècle. Parce qu’écrire de la musique électronique, c’est un nouveau moyen de faire de la musique, basé sur les sons et les rythmes. C’est quelque chose de nouveau qui est déjà partout et je suis très heureux que ce soit aussi important aujourd’hui. Je me sens davantage en adéquation avec mon époque qu’il y a 20 ans, parce que maintenant, il y a beaucoup plus de possibilités pour explorer les sons.

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