Culture
03:00 2 août 2017 | mise à jour le: 2 août 2017 à 15:21 Temps de lecture: 5 minutes

John Boyega: Detroit, le racisme d’hier à aujourd’hui

John Boyega: Detroit, le racisme d’hier à aujourd’hui
Photo: Collaboration spéciale

John Boyega, une des vedettes de la nouvelle trilogie de Star Wars, a réalisé que les choses n’avaient pas énormément changé quand il s’est retrouvé sur le plateau de Detroit.

Le nouveau film de Kathryn Bigelow traite des émeutes de Détroit en 1967. Pendant cinq jours, la ville, racialement divisée, s’est transformée en zone de guerre où la Garde nationale américaine a dû intervenir.

«Ça semblait assez petit jusqu’à ce que je voie les tanks rouler dans les rues», indique Boyega, en riant.

L’émeute, que ce dernier préfère qualifier de rébellion, a commencé quand les relations entre la population peu fortunée noire de la ville et les forces policières (principalement blanches et agressives) ont atteint leur point de rupture. Le long métrage se concentre surtout sur un épisode précis s’étant déroulé au cours de l’émeute. Le troisième jour, des policiers blancs sont allés enquêter sur les causes d’une possible fusillade (ils faisaient fausse route) au Algiers Motel, un motel miteux. Ils ont arrêté 12 suspects (10 Noirs et 2 Blancs) et les ont torturés physiquement et psychologiquement. Les policiers sont partis, laissant trois morts dans leur sillage.

Dans Detroit, Boyega campe le rôle de Melvin Dissmukes, un garde de sécurité qui a accompagné les policiers. Il croyait que la présence d’une figure d’autorité noire permettrait d’apaiser la rage des policiers. Il se trompait.

«Dissmukes représente la complexité de la situation, explique Boyega. Il n’était pas dans un camp ou dans l’autre. Il était pris au milieu de tout cela. Il a fait son possible. C’est un rôle très difficile à jouer pour quelqu’un qui est placé dans une telle situation.»

Les policiers ont été blanchis, ce qui n’est pas le seul parallèle à faire avec la situation actuelle. Dissmukes, avec qui Boyega a discuté pendant le tournage, a été vu par certains membres de la communauté noire comme étant de mèche avec les policiers.

«Il m’a parlé du fait qu’il a été traité d’Uncle Tom en raison de sa participation à cet épisode, raconte Boyega. Les gens lui disaient: «Pourquoi tu n’en as pas fait plus? Pourquoi tu ne t’es pas tenu debout?’’ En regardant la rébellion de l’extérieur, il est très facile de dire ce genre de choses. Nous voulons tous être des superhéros, mais ce n’est pas comme cela que ça marche. Tout le monde sait quoi dire jusqu’au moment où une véritable situation se présente. Il était dans une situation terrifiante et il a fait de son mieux.»

Selon Boyega, Detroit montre comment les relations entre la population et les forces de l’ordre peuvent s’effriter.

«Ces officiers, qui n’ont pas été condamnés pour leurs actes, n’ont pas pris au sérieux leurs responsabilités, qui sont de protéger et de servir. Servir est le mot clé ici. Tu fais partie d’un service qui devrait représenter quelque chose de positif, affirme Boyega. C’est un peu comme si quelqu’un porte un masque représentant quelque chose, mais qu’en dessous, la vérité est tout autre. Si c’est comme cela, je préfère que tu te présentes vêtu d’un costume de méchant. Au moins je saurai qui tu es.»

Boyega a grandi dans le district de South London. Il n’a jamais eu d’interactions avec la police comparables à ce qu’on voit dans Detroit ou dans certaines parties des États-Unis aujourd’hui.

«Je ne sens pas que j’ai été visé de cette façon. Ma perception est donc différente», reconnaît-il. Il a toutefois été témoin des émeutes de 2011 à Londres et dans d’autres grandes villes anglaises. «Ces événements ont été motivés par le même genre de malaise social qu’à l’époque de Detroit. Le film montre que les relations peuvent devenir très tendues si le rapport entre les forces de l’ordre et les citoyens est déséquilibré. C’est dans ce genre de monde que Dissmukes vivait.»

Problème mondial
Selon l’acteur John Boyega, Detroit, le film dont il est la vedette, ne traite pas seulement des émeutes raciales de 1967 à Détroit ou des États-Unis d’aujourd’hui.

«Le slogan du film est: “Il était temps qu’on sache.” À mon avis, ça renvoie aussi aux nombreuses histoires qu’on ne connaît toujours pas, dit Boyega. Il faut réaliser que les tensions raciales sont un problème mondial, même dans des endroits où on ne s’y attend pas. C’est un problème en Inde, au Brésil. Il est intéressant de constater que ça n’a jamais disparu et depuis combien de temps ça existe.»

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