Culture

La Fierté atteint l’âge de raison

Photo: Carl Éthier/Fierté Montréal

Cette année, le Village a 30 ans. Le Festival Divers/Cité en a 20. Les rues de Montréal ont accueilli 34 événements soulignant la fierté gaie et 28 défilés depuis 1977. Toutes ces années permettent d’écrire un pan d’histoire, à l’occasion des deux grands événements LGBT du mois d’août.

«Cette année, on a embauché un journaliste pour faire un historique qui sera intégré à la programmation», dit Éric Pineault, président de Fierté Mont­réal, qui lance le 13 août ses festivités annuelles, appelées à culminer avec le défilé de la fierté, le 19 août.

L’atmosphère aura déjà été réchauffée par le Festival Divers/Cité, du 30 juillet au 5 août. «C’est notre 20e anniver­saire, mais le gros événement, c’est qu’on déménage au quai Jacques-Cartier», dans le Vieux-Port, souligne Suzanne Girard, cofondatrice et directrice générale de Divers/Cité.

Le nouvel espace, plus convivial et moins exigu que l’ancien, qui se partageait entre la rue Berri et le parc Émilie-Gamelin, offre un potentiel d’expansion pour l’événement culturel. Pour Mme Girard, l’ouverture, la mixité et le caractère populaire qui font la marque de commerce du festival seront magnifiés par le nouveau site, généralement investi par le grand public et les familles.

«Cinquante pour cent des spectateurs du défilé sont des hétérosexuels, des familles», fait observer Éric Pineault. Aujourd’hui festives et colorées, les manifestations publiques de la fierté gaie ont toutefois déjà connu des jours plus sombres. «Au Québec, on est partis de loin», rappelle M. Pineault.

Des points de repère chronologiques témoignent du chemin parcouru. La descente et l’arrestation de 146 personnes au bar Truxx, en octobre 1977, marquent le point de départ de la revendication des droits des gais dans la Belle Province.

En décembre de la même année, Québec adopte la Loi 88, qui condamne la discrimination basée sur l’orientation sexuelle. La Charte québécoise des droits et libertés de la personne est modifiée pour en tenir compte. En 2003, le fédéral dépose un avant-projet de loi qui aboutit, en 2005, à la légalisation du mariage homosexuel au Canada. L’année dernière, le gouvernement du Québec adoptait son Plan de lutte contre l’homophobie, assorti de subventions aux organismes du milieu.

«On est à l’avant-garde», en matière de protection des droits des homosexuels, explique Éric Pineault. Mais il y a encore de la place pour la revendication, comme en fait foi la Journée communautaire inscrite à la programmation de Fierté Montréal 2012, le 18 juillet, et la conférence sur les droits des LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres), le 14 août.

«L’aspect revendicateur va rester. Il y a encore beaucoup de jeunes LGBT qui se suicident», rappelle M. Pineault. Et tout reste à faire, pour les transgenres, qui n’ont aucune existence légale. Le militantisme est cepen­dant davantage l’apanage des femmes lesbiennes, observe le président de Fierté Montréal. Ce sont elles qui donneront le coup d’envoi de la Journée communautaire, avec la Marche des femmes, le 18 août. «Ce n’est pas le même genre de défilé [que celui du lendemain], dit Éric Pineault. Ce n’est pas aussi festif. Il y a beaucoup de choses à faire encore pour l’égalité des sexes.»

Côté revendicateur et côté festif. À l’image des céréales Mini-Wheats, ou d’une pierre à multiples facettes, la communauté LGBT est loin d’être monolithique. «L’idée d’une communauté est fausse. Ce sont DES communautés», estime Suzanne Girard.

«On est réunis pour mettre nos forces en commun, explique M. Pineault. On est très différents, mais on a des combats communs.»

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