Culture

«Quelque chose a marché» – The Black Keys

Photo: Kevin Winter

Depuis la parution de leur sixième disque, Brothers, le succès fracassant des Black Keys ne se dément pas. Dan Auerbach, le guitariste et chanteur du duo originaire d’Akron, n’en revient pas lui-même. À quelques jours de la prestation des Keys au parc JD, il nous en a parlé, en toute simplicité.

Ça fait plus de 10 ans que vous roulez avec Patrick [Carney, batteur des Black Keys]. Reste que, dans votre attitude et dans votre façon de jouer et de chanter, vous restez toujours naturel. Est-ce la meilleure leçon que vous ayez apprise : garder ça simple?
Vous savez quoi? Je n’en ai aucune idée! (Rires) Il y a tant de chance qui entre en ligne de compte dans toute cette histoire que c’est dur de mettre le doigt sur l’élément qui a fait en sorte que ça marche. Tout ce que je sais, c’est que Pat et moi, nous avons toujours eu une sorte de connexion naturelle. Nous adorons faire de la musique ensemble. Au-delà de ça, je ne sais vraiment pas pourquoi nous avons connu le succès. Mais quelque chose a marché!

Donc, vous ne savez pas pourquoi avec Brothers, les choses ont soudain décollé à ce point?
Non! C’est comme si les étoiles s’étaient soudain alignées. C’est sûr qu’on a travaillé très, très fort. Mais beaucoup de groupes travaillent très, très fort et n’y arrivent jamais. Je crois que nous étions simplement au bon endroit, au bon moment, avec la bonne chanson, enregistrée de la bonne façon, mixée par la bonne personne, parue sous la bonne étiquette.

Dans un récent article de Rolling Stone, on disait que vous vous faites souvent féliciter pour votre excellent «second» [sic] disque, El Camino. Est-ce que cela vous arrive encore et est-ce que cela vous fâche?
Non! Et vous savez quoi? Personne ne m’a jamais dit ça! (Rires)

Ah! Alors peut-être que c’est à Patrick qu’on l’a souvent dit?
Ouain… Ou peut-être qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on lit dans les magazines! (Rires)

Plusieurs affirment que les Black Keys ont ramené le blues au goût du jour et ont donné envie aux jeunes de découvrir Howlin’ Wolf ou Muddy Waters. Est-ce quelque chose qui vous rend fier? Heureux?
Je trouve ça cool. J’ai grandi en tripant sur le blues et j’en écoute encore aujourd’hui. Si on peut encourager les gens à découvrir un style de musique, je trouve ça bien.

On sait que, pour Brothers, vous avez commencé par écrire les paroles, alors que, pour El Camino, ce sont les mélodies que vous avez composées en premier. Qu’en est-il de vos premiers disques? Est-ce que vous avez procédé différemment pour, mettons, Magic Potion?
Pour être honnête, la plupart de nos premiers disques étaient composés sur le vif. C’était majoritairement des jams, des impros, qui se sont transformées en chansons. On ne pensait pas en termes classiques d’écriture. Notre but, c’était davantage de créer des ambiances.

Est-ce que cette façon de travailler vous manque?
Non, pas vraiment. C’est amusant de modifier sans arrêt sa façon de fonctionner. Ça rend les choses intéressantes.

Vous avez lâché l’université lorsque vous avez découvert l’œuvre du regretté bluesman Junior Kimbrough pour vous consacrer entièrement à la musique. Est-ce que vous lui en êtes encore reconnaissant?
Absolument! Je viens d’ailleurs de passer mon week-end à New York avec Matthew [Johnson], le gars qui dirige l’étiquette  Fat Possum Records et qui a fait paraître tous les disques de Kimbrough. La musique de Junior a occupé une grande place dans ma vie et je ne serais pas ici sans lui.

Y a-t-il d’autres artistes qui ont fait de vous le musicien que vous êtes devenu?
Ouaip, tous ceux qui m’ont donné envie de jouer et de chanter comme eux. Les Stanley Brothers, Sam Cooke… N’importe quel artiste paru sous l’étiquette Stax. Je les aimais tous, ceux-là!

En 2009, vous avez fait paraître un excellent album solo [Keep it Hid]. Vous avez dit que, pour l’écriture, vous aviez été inspiré par Charles Bukowski. Par une œuvre en particulier ou par l’ensemble de son œuvre?
À vrai dire, je préfère sa poésie à ses œuvres de fiction. Je trouve que l’ensemble de ses poèmes forme un tout cohérent.

Vous avez également votre propre studio à Nashville, Easy Eye, dans lequel vous avez récemment passé 10 jours avec Dr. John pour produire son dernier disque [Locked Down]. Est-ce que ç’a été les 10 meilleurs jours de votre vie?
Oui, ç’a été absolument génial! Ç’a été la meilleure expérience que j’ai vécue en studio. Tout fonctionnait. Les musiciens se complétaient parfaitement, Dr. John était en pleine forme. Je n’aurais pu espérer mieux.

C’était un vieux rêve de travailler avec lui?
Je suis un fan de la première heure! Quand j’ai suggéré le concept aux directeurs, ils ont dit oui. C’était génial! J’ai pris un avion pour rejoindre Dr. John dans sa maison de la Nouvelle-Orléans, on a joué de la guitare, du piano… et il était cool. J’ai eu l’impression qu’il était encore aussi excité qu’avant par la musique.

Ça doit être excitant de rencontrer un artiste qu’on adore depuis toujours et de voir qu’il est resté aussi passionné après toutes ces années…
Oui! Des fois, on rencontre nos héros et ils nous laissent tomber. Dr. John, lui, ne m’a absolument pas laissé tomber.

Durant vos concerts, vous avez toujours un superbe présentoir de guitares dans lequel vous pigez au fil des chansons. Pourtant, il semble que vous n’êtes pas aussi obsédé par cet instrument qu’on pourrait le croire. Est-ce vrai?
Ouais, la plupart des guit que j’utilise, ce sont celles qui ont été conçues pour que les kids apprennent à jouer dessus. Ce ne sont pas celles que les pros emploient. D’ailleurs, je n’aime pas les instruments conçus pour les pros.

The Black Keys
À Osheaga
Sur la scène de la Rivière
Dimanche à 21 h 15

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