Culture

Retour en enfance avec Zarafa

Photo: Les films Séville

Le cinéaste français Rémi Bezançon, connu pour son acclamé Le premier jour du reste de ta vie, qui mettait en vedette Marc-André Grondin, change de registre avec Zarafa.

C’était en 2001, bien avant Le premier jour du reste de ta vie. Une anecdote de l’histoire de France avait frappé l’imagination de Rémi Bezançon, qui n’avait encore aucun film à son actif : celle de Zarafa, première girafe à avoir été emmenée en France en 1826, offerte au roi Charles X par le pacha d’Égypte.

«C’est un fait qui est très peu connu en France, mais à l’époque, il y avait eu une véritable «girafomanie»! lance le cinéaste, qui souligne qu’aucun film n’avait encore été consacré à cette histoire. J’avais trouvé ça intéressant, et j’ai écrit le scénario il y a 10 ans, mais je l’ai rangé dans mes tiroirs pour le ressortir quand j’aurais plus d’expérience.»

Après des films sur la famille – Le premier jour du reste de ta vie, Un heureux événement –, c’est à un film pour la famille que s’est attaqué Bezançon, qui a choisi de faire de cette histoire un dessin animé destiné à un jeune public et mettant en vedette les voix de Fellag et de François-Xavier Demaison – «des acteurs de théâtre, qui savent travailler avec leur voix mieux que quiconque», croit-il. Un dessin animé, pas quelque chose d’infantilisant, insiste-t-il. «On ne s’agenouille pas pour parler à l’enfant, on lui parle à hauteur d’adulte. Moi, quand j’étais petit, je n’aimais pas qu’on m’infantilise et je voulais qu’on me parle comme à un grand. Donc, je n’ai pas mis de gants blancs. Et les parents sont contents, parce que ça permet d’aborder certains thèmes avec leurs enfants, comme l’esclavagisme juvénile, par exemple.»

L’esclavagisme? C’est que, pour se permettre de prendre des libertés – «l’histoire en tant que telle n’est pas tellement palpitante, c’est seulement un voyage», explique le cinéaste –, il a transformé ce fait vécu qu’est Zarafa en une fable racontée par un conteur africain à ses petits-enfants. On suit donc un jeune garçon qui réussit à s’évader des griffes d’un marchand d’esclaves et, s’étant lié d’amitié avec une girafe, décide de la suivre jusqu’en Europe lorsque celle-ci est capturée pour être emmenée au roi de France et transportée en montgolfière d’Alexandrie à Paris.

Le dessin animé était le médium tout indiqué pour raconter une telle histoire, et c’est pourquoi le cinéaste s’est adjoint un cinéaste spécialisé dans le domaine, Jean-Christophe Lie. Ensemble, les deux comparses ont choisi un style rétro, qui n’est pas sans rappeler les vieux films des studios Disney.

«Je n’ai rien contre la 3D, et j’aime beaucoup les films de Pixar, par exemple, mais après, je trouve ça bien qu’il y ait d’autres propositions et qu’on prenne un peu plus le temps. Tout va très vite aujourd’hui dans le dessin animé, on n’a rien le temps de voir, il n’y a pas de plans fixes… Moi, je voulais quelque chose de plus contemplatif, d’un peu lent – qu’on prenne le temps de voyager avec les personnages et de regarder les paysages, les décors.»

La griffe du réalisateur
Si Rémi Bezançon aimerait bien collaborer de nouveau un jour avec Jean-Christophe Lie sur un autre projet, pour l’instant, il achève plutôt une comédie écrite avec Jean-François Halin (OSS 117), un projet qui devrait se rapprocher du ton de ses précédents longs métrages.

«J’ai envie de continuer à avoir une signature; je trouve que c’est important, les cinéastes qu’on peut reconnaître de film en film, selon les plans», explique-t-il.

Le cinéaste, qui jusqu’à présent signe toujours les scénarios des films qu’il réalise, confie par ailleurs avoir refusé de signer l’adaptation française de Starbuck. «Je l’ai vu et c’est un très bon film, dit-il. Mais quand on m’a proposé de faire le remake, il y a six mois, je n’ai pas vu l’intérêt. Pourquoi ne pas simplement aller voir la version québécoise? Il y a bien des histoires à raconter avant de refaire celle-là.»

Zarafa
En salle dès vendredi

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