Culture

Le girl power en prolongation

À l’annonce de la réunion des Spice Girls, en juin dernier, plusieurs ont haussé les sourcils. Certes, les tournées du genre sont en vogue ces temps-ci. En 2007, The Police et Genesis ont fait exploser les caisses enregistreuses en se produisant aux quatre coins du globe. Dans les prochains mois, tout indique que ce sera au tour de Led Zeppelin et des Jackson 5 de jouer la carte de la nostalgie dans un amphithéâtre près de chez vous. On parle même d’une résurrection des New Kids on the Block…

Mais les Spice Girls? Vraiment?

L’appétit de la planète pour ces cinq énergumènes britanniques n’avait-il pas été comblé en 1998?

À en juger par la réaction de leurs fans un peu partout dans le monde, force est d’admettre que non. À Montréal, Victoria Beckham, Melanie Brown, Emma Bunton, Melanie Chisholm et Geri Halliwell donneront ce soir un concert à guichets fermés au Centre Bell. On nous indique toutefois qu’il reste encore de bons billets pour leur supplémentaire du 24 février.

Gageons cependant qu’il en sera tout autrement dans quelques heures, lorsque le girl power accaparera tout l’espace médiatique, ralliant du même coup les plus sceptiques.

Un haut taux d’oestrogène est donc à prévoir dans les gradins ce soir.

"Les filles de 15 à 25 ans ont répondu à l’appel, précise Myriam Vallée, la directrice des relations avec la presse chez Gillett, qui produit les spectacles du quintette en sol montréalais. Elles étaient à l’école primaire ou secondaire quand les Spice Girls étaient à leur sommet, à la fin des années 1990."

Spicemania

C’est en 1994, à la suite de la publication d’une petite annonce dans le journal The Stage, que naissent les Spice Girls. Deux ans plus tard, propulsées par le succès phénoménal de la chanson Wannabe, elles prennent la planète par surprise grâce à une pop colorée, une ambition à toute épreuve et une énergie débordante.

Alors qu’en Amérique elles fracassent des records jusque-là détenus par les Beatles, en Angleterre, c’est la folie furieuse. Leurs six premiers simples s’installent directement au sommet des palmarès, leur look est imité par des millions des jeunes filles et leur incroyable popularité les amène à rencontrer des personnalités comme Nelson Mandela et le prince Charles (à qui Geri pince les fesses devant les caméras de télévision). Preuve irréfutable de leur impact colossal sur la culture populaire, même leurs surnoms entrent dans le vocabulaire d’usage. Victoria devient ainsi "Posh Spice", Mel B, "Scary Spice", Emma, "Baby Spice", Mel C, "Sporty Spice" et Geri, "Ginger Spice".

De 1996 à 1998, elles vendent plus de 40 millions d’exemplaires de leurs deux premiers albums, Spice et SpiceWorld, tiennent l’affiche d’un film semi-autobiographique qui récolte des recettes de 75 M$ et donnent des concerts dans les plus grandes villes du monde.

Pendant ce temps, au Québec, elles s’emparent du plateau de l’émission Bouge de là! sur les ondes de MusiquePlus, se produisent devant une foule en délire au Centre Molson et deviennent les inspiratrices des Baby Spice, un groupe de pré-adolescentes qui reprennent leurs grands succès.

"On alignait les spectacles les uns après les autres, on vendait des milliers de CD, des cassettes vidéo… C’était assez fou comme période, raconte Eve, qui incarnait "Ginger Spice" dans la formation québécoise.

Aujourd’hui âgée de 21 ans, la chanteuse, qui a depuis lancé deux albums en solo, est impatiente de revoir ses idoles de jeunesse sur scène. C’est d’ailleurs avec l’une de ses anciennes collègues, Marie-Ève, alias "Baby Spice", qu’elle assistera à l’événement. "Au départ, je voulais me payer un trip à Las Vegas pour aller les voir, mais quand j’ai su qu’elles venaient à Montréal, je me suis dépêchée d’acheter mes billets!" ajoute-t-elle.

Les fans au rendez-vous

Dix ans plus tard, l’ouragan, Spice Girls a peut-être laissé des traces négligeables, mais l’engouement des fidèles admiratrices du groupe, lui, est tout aussi grand… ou presque.

"Quand on était petites, on se réunissait dans le sous-sol pour danser sur leurs vidéo-clips devant la télé", se rappelle Cyane, 23 ans, qui fera le trajet Québec-Montréal avec deux de ses copines pour assister à l’événement. J’étais plus du style Smashing Pumpkins, mais je trouvais ça drôle."

"Ce sont les premières chansons en anglais que j’ai apprises par coeur, se souvient Frédérique, 19 ans, citant au passage Stop! et Spice Up your Life. Aujourd’hui, quand je suis en auto avec des amies et qu’on veut avoir du fun, on met souvent leur CD et on monte le son. Les gars nous dévisagent au feu rouge, mais ça nous fait rire. Et c’était ça, le message des Spice Girls. Elles nous disaient qu’on pouvait faire ce qu’on voulait, qu’on était libres de faire à notre tête sans toujours avoir à se préoccuper de ce que les autres allaient penser."

Les attentes sont donc très élevées pour le concert de ce soir. Alors que plusieurs souhaitent un "gros party", d’autres espèrent "revisiter leur secondaire".

"On a toujours tendance à glorifier le passé, dit Jasmine, 22 ans. C’est pour ça qu’en plus d’être excitée, je suis extrêmement nerveuse. J’ai peur que ça démolisse une partie de mon adolescence!"

Réponse dans 24 heures…

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