Culture

On craque tous pour Lorna

Jérôme Vermelin, Métro France

Avec Le silence de Lorna, les frères Dardenne reviennent à Cannes avec un nouveau portrait de femme bouleversant.

Casting : Arta Dobroshi, Jérémie Renier, Fabrizio Rongione, Alban Ukaj
Évaluation : 4/5

Le cinéma des frères Jean-Pierre et Luc Dardenne n’est pas facile. Et malgré les deux Palmes d’Or obtenues pour Rosetta en 1999 et L’Enfant en 2005, les cinéastes belges ne sont jamais vraiment parvenus à toucher un large public. Présenté hier en compétition officielle, Le silence de Lorna pourrait changer la donne, et pourquoi pas leur permettre de réaliser un triplé historique dans l’histoire du Festival de Cannes dimanche prochain. D’abord grâce à son intrigue, proche du film noir.

À Liège, une jeune immigrée albanaise a épousé un junkie pour obtenir la nationalité belge. Il devra mourir « accidentellement » pour qu’elle puisse effectuer un autre mariage blanc, et récolter assez d’argent pour monter un bar restaurant avec son fiancé. Bien sûr il y aura un grain de sable dans cette machination bien huilée que les Dardenne filment avec plus de simplicité que d’habitude. C’est le second point fort du Silence de Lorna. D’habitude haletante, habitée, voire crispante, la caméra du duo s’attarde sur les gestes, les regards, les décors intérieurs et extérieurs. L’urgence des débuts est là, mais contrebalancée par une volonté de raconter avec un grand « R », sans grands détours ni fioritures. Les puristes crieront peut-être à la trahison, mais on est quand même loin du cinéma commercial.

Enfin il y a Lorna. Avec Arta Dobroshi, les Dardenne nous refont le coup d’Emilie Dequenne avec Rosetta. La jeune comédienne originaire du Kosovo capture la lumière dès les premiers instants et porte de bout en bout ce portrait troublant d’une jeune femme en quête d’identité, à tous les sens du terme. Le prix d’interprétation féminine lui tend les bras. 

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