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Au nom du Père, du Fils et de la Comédie

Deux ans après avoir suscité la controverse avec Borat : Cultural Learnings of America for Make Benefit Glorious Nation of Kazakh­stan, le réalisateur Larry Charles revient sous le feu des projecteurs avec Religulous (Relidicule), un documentaire où le cinglant Bill Maher (Poli­tically Incorrect, Real Time With Bill Maher) essaie de comprendre comment, dans un monde rationnel, des millions de personnes prennent au pied de la lettre des textes aux fondements discutables.

Au cours de son périple dans les grandes capitales religieuses du monde (Jérusalem, le Vatican, Salt Lake City), l’humoriste rencontre un grand nombre de personnages plus grands que nature, dont un Jésus dans un parc d’attractions, un pasteur convaincu que l’homosexualité se soigne et un rappeur islamiste. Des juifs aux musulmans, en passant par les mormons et les catholiques, tout le mon­de passe dans le tordeur.

Nous nous sommes entretenus avec Larry Charles qui, après Seinfeld et Curb Your Enthousiasm, plonge un peu plus en profondeur dans l’humour hautement politisé.

Pourquoi avez-vous choisi de traiter de religion – un sujet qui suscite la controverse partout dans le monde – par le biais de la comédie?
Parce que c’est le meilleur moyen que je connaisse. J’ai réfléchi à ce qui pourrait avoir le plus grand impact. J’ai vu plusieurs émissions spéciales sur la religion à CNN, des trucs très techniques du type National Geographic. Ces émissions sont pour la plupart très arides. Elles adoptent habituellement un ton grave et sérieux, ce qui est tout le contraire de Bill [Maher] et de moi, qui naviguons plus dans l’humour noir. On aimait donc l’idée d’aborder un sujet aussi sérieux que la religion par le biais de la comédie.
 
Est-ce un hasard si le film prend l’affiche à quelques semaines des élections présidentielles américaines?
Certains diront peut-être que c’est la volonté de Dieu! À l’origine, le film devait sortir à Pâques, mais l’étape du montage a été si longue et ardue qu’on n’a pas pu le finir à temps. Le studio a donc repoussé sa sortie à l’automne. On est particulièrement heureux de cette décision, parce que le film est encore plus d’actualité aujourd’hui qu’il ne l’était au printemps.

Vous avez visité plusieurs pays lors du tournage du film. Où n’a-t-on pas voulu vous laisser faire votre travail? Où avez-vous rencontré le plus de résistances?
On voulait aller là où personne n’était allé auparavant, mais on a eu de la difficulté à prendre des images un peu partout. En gros, on s’est fait jeter dehors de tous les endroits où on a mis les pieds, et ce, même si on ne faisait rien d’illégal. On a tout de même réussi à s’immiscer dans plusieurs lieux interdits, parce qu’on était une petite équipe. Je dirais toutefois que c’est au Moyen-Orient où la tension était à son comble. C’est une région du monde qui a un lourd passé de violence. On en voit les signes partout. Il y a des trous de balle dans les murs, des
soldats et des rebelles dans les rues…

Avez-vous eu peur par moment?
Oui. En Israël, on se faisait dire des trucs comme : «C’est ici qu’un kamikaze a tué des dizaines de personnes la semaine dernière.» Ça porte à réfléchir.

À votre avis, de quoi est-il impossible de rire?
On m’a déjà dit qu’on peut faire des blagues sur n’importe quoi si – et seulement si – on trouve le bon angle d’attaque. Prenons le cancer. La maladie n’est sûrement pas la chose la plus drôle au monde, mais si on se penche sur les traitements alternatifs contre le cancer, on risque de faire rire pas mal de monde. On pourrait se moquer des charlatans et de leurs thérapies abracadabrantes, par exemple.

Le film comprend plusieurs moments embarrassants entre Bill Maher et les personnes avec qui il s’entretient. Pendant le tournage, quand avez-vous ressenti le plus grand malaise?
À plusieurs reprises! Notre entrevue avec le pasteur qui disait s’être guéri de son homosexualité compte sûrement parmi ces moments. À maintes reprises pendant la rencontre, il a demandé qu’on arrête de filmer. Ça crée des moments particulièrement inconfortables, mais jamais ennuyants.

Après la sortie de Borat, plusieurs personnes ont poursuivi le studio pour avoir été publiquement humiliées. Vous attendez-vous à autant de plaintes avec Religulous?
Je tiens à préciser que le tribunal vient de rejeter la dernière poursuite contre Borat. Je compte donc me servir de ce précédent pour défendre Religulous.

Y a-t-il d’autres religions dont vous auriez souhaité parler dans le film?
Oui. À l’origine, on voulait parler des religions orientales, mais à cause du petit budget dont on bénéficiait, il a fallu revoir notre plan.

Le film a-t-il changé votre perception de la religion?
Je reconnais aujourd’hui la puissance de l’histoire dans des lieux comme Jérusalem. D’un autre côté, je ne peux m’empêcher de penser que certaines croyances vieilles de plusieurs milliers d’années, qui sont présentement suivies par des millions de personnes, sont vraiment décalées par rapport à la réalité d’aujourd’hui. Ça me paraît aussi absurde que si on décidait, du jour au
lendemain, de prendre à la mythologie grecque à la lettre.

Religulous

En salle dès aujourd’hui

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