Culture
10:29 27 juillet 2018 | mise à jour le: 29 juillet 2018 à 14:01 temps de lecture: 3 minutes

Fleuve noir: L’insoutenable vérité

Fleuve noir: L’insoutenable vérité
Photo: Collaboration spéciale

Aussi inquiétant que tordu, Fleuve noir marque le retour au cinéma d’Érick Zonca.

Le réalisateur français d’origine italienne se fait rare sur les écrans. En 1998, son nom était sur toutes les lèvres à la suite du triomphe de La vie rêvées des anges (César du Meilleur film). Depuis, seulement trois créations cinématographiques ont vu le jour.

La dernière, Fleuve noir, récemment présentée au Festival Fantasia, est une adaptation libre du roman Une disparition inquiétante, de Dror Mishani. Un sombre polar sur une enquête policière qui piétine, alors qu’un adolescent manque à l’appel.

Malgré l’utilisation de quelques archétypes liés aux films noirs (le flic alcoolique, le mensonge comme ciment des relations, les rebondissements de dernière minute), le cinéaste ne se soucie guère de ces conventions.

«Je ne m’attache pas vraiment aux codes, explique-t-il au bout du fil. Je ne fais pas attention. Je ne sais pas si je suis dedans ou pas, et ça m’apporte peu. Ce fut également le cas pour mon film Julia (2008, un récit à la Cassavetes avec Tilda Swinton), qui était une espèce de conte.»

L’esprit du conte est toujours présent ici, prenant des proportions mythologiques au sein de trois familles qui finissent par se diviser. Malgré le bon vouloir des parents, leurs actions discutables poussent les enfants à s’éloigner. Un peu plus, et on nagerait en pleine tragédie grecque.

«Le cinéma interroge la réalité humaine. C’est un regard pour montrer comment se fabriquent les choses qui nous arrivent dans le monde dans lequel on vit.» – Érick Zonca, réalisateur de Fleuve noir

«Ce sont des situations qui cachent et masquent des rapports extrêmement violents qui peuvent s’installer au sein d’une famille, éclaire le coscénariste. Les relations sont difficiles, voire insoutenables, et blessent plusieurs personnes.»

Parmi la horde de personnages étranges qui peuplent cet environnement (et qui sont interprétés par les toujours excellents Sandrine Kiberlain, Charles Berling, Élodie Bouchez et Hafsia Herzi), deux sortent du lot. Il y a le policier désillusionné incarné par l’explosif Vincent Cassel, plus chien fou que jamais. Puis, son principal suspect, un écrivain raté un peu fêlé qui permet à Romain Duris d’explorer un registre bien particulier.

«Vincent a remplacé au pied levé Gérard Depardieu, qui a eu des problèmes de santé trois jours après le début du tournage, se rappelle le metteur en scène. Cela a modifié le personnage, qui me séduisait énormément… Romain s’est également beaucoup investi, féminisant par exemple son personnage, ce qui n’était pas dans le script.»

L’ambiance qui ressort de Fleuve noir n’est donc pas toujours saine et elle est bien servie par une réalisation minutieuse, capable d’être cinématographique malgré le (f)lot de confrontations verbales.

«Je cherchais à ce que ça soit psychophysique, explique Érick Zonca, influencé par le Bad Lieutenant de Ferrara et le Police de Pialat. Je voulais que les comédiens prennent possession de l’espace, que ça ne soit pas figé, qu’il y ait de la gestuelle, que ça soit vivant.»

Fleuve noir
Présenté au Festival Fantasia aujourd’hui à 18h30
En salle vendredi prochain

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