Soutenez

Dédé à travers les brumes: La face cachée d'un mythe

Marc-André Lemieux, Métro

Jean-Philippe Duval n’aime pas quand les gens comparent André «Dédé» Fortin à Kurt Cobain ou à Jim Morisson. Il admet que, tout comme ces deux icônes de la musique rock américaine, le mythique chanteur des Colocs a mis fin à ses jours, mais pour ce qui est du reste, on repassera.

«Il avait une personnalité complètement différente, souligne le réalisateur, attablé dans un bar du centre-ville. Ce n’est pas un gars qui a sombré dans l’alcool, la débauche ou la drogue. C’était quelqu’un de très intense, un passionné, un amoureux, un idéaliste. Dédé, c’est un héros romantique moderne.»

«Son image publique n’avait rien à voir avec ce qu’il était en privé, ajoute-t-il. On avait l’impression que c’était un gars de party, mais en réalité, il ne prenait pas un coup. Il aimait lire, réfléchir. Dans l’intimité, Dédé était quelqu’un de plus grave, de plus sérieux.»

C’est cette facette du charismatique leader que Jean-Philippe Duval (Matroni et moi) a tenté de mettre en lumière dans son film Dédé à travers les brumes.

Le biopic musical, mettant en vedette Sébastien Ricard (le Batlam de Loco Locass) dans le rôle-titre, retrace le parcours de l’idole, de son arrivée à Montréal au milieu des années 1980 jusqu’à son départ pour l’au-delà au tournant du millénaire.

L’Å“uvre du réalisateur s’articule autour de l’enregistrement du tout dernier album des Colocs, Dehors novembre.

Paru en 1998, l’opus a été le fruit du travail acharné de tous les membres du groupe, et plus précisément de son chanteur, qui s’est retiré pendant plusieurs mois dans une maison de campagne au fin fond de l’Estrie pour en composer les chansons.

«L’enregistrement de Dehors novembre me permettait de montrer le processus de création, dit Jean-Philippe Duval. Pour Dédé, c’était quelque chose de très exigeant et de très difficile. On m’a beaucoup raconté combien c’était souffrant pour lui d’écrire.»

À haut risque
Lorsque le producteur Roger Frappier lui a proposé de faire un long métrage sur la vie d’André Fortin, il y a quelques années, Jean-Philippe Duval s’est tourné du côté du documentaire. Le cinéaste privilégiait ce genre cinématographique pour plusieurs raisons. Non seulement avait-il une vaste expérience dans le domaine (il avait auparavant signé La vie a du charme, consacré à l’Å“uvre de Réjean Duchar­me,  et Lumière des oiseaux, sur l’écrivain Pierre Morency), mais à l’époque, porter au grand écran une version romancée de l’histoire du célèbre Coloc était pour lui impensable. Il considérait que l’artiste était trop grand et que l’évé­nement était trop récent.

«Il y a quelque chose d’extrêmement périlleux et d’intimidant dans l’idée de s’attaquer à quelqu’un qui a vécu et qui était si proche de nous, indique le réalisateur de 41 ans. Je suis de la même génération que Dédé Fortin. Je l’ai en quelque sorte connu. On a tous les deux étudié le cinéma à l’Université de Montréal.»

C’est au fil de ses recher­ches et de ses rencontres avec les amis du défunt musicien que Jean-Philippe Duval a commencé à se raviser et à contempler la possibilité de tourner une fiction sur la vie de l’auteur-compositeur-interprète.

«Peu à peu, j’ai vu les limites du documentaire, expose-t-il. Je voulais aller au-delà de l’image médiatique de Dédé. Je ne voulais surtout pas faire un film froid et distant composé d’extraits d’archives que tout le monde a déjà vus des centaines de fois. Ça n’aurait pas été à la hauteur du personnage. Dédé était un amoureux du cinéma, et je crois qu’il n’y avait que la fiction pour lui rendre un réel hommage.»

Aujourd’hui, Jean-Philippe Duval se dit plus que jamais convaincu du bien-fondé de son Å“uvre.

«Je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas de héros chez nous. Les Français ont fait un film sur François Miterrand, les Américains ont fait un film sur John F. Kennedy. Comme nous, ils ont fait des films sur ceux qui appartiennent à leur culture. Il n’y a pas que le téléroman qui puisse parler de notre réalité.»

«Je ne crois pas que ça aurait été pertinent de faire un film sur Dédé dans 25 ou 30 ans, parce que la blessure est encore profonde. Elle résonne toujours chez plusieurs d’entre nous, ajoute-t-il. Le cinéma peut être un outil de guérison collectif, et je pense que ce film me permet d’apporter quelque chose qui va contribuer à la cicatrisation.»

Dédé à travers les brumes
En salle dès aujourd’hui

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.