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Patrick Senécal et Les sept jours du Talion: Médecine dure

De la part de celui que les médias québécois surnomment «le maître de l’horreur», on se serait attendu à une réponse beaucoup, beaucoup plus croustillante. «Mes cauchemars sont assez banals, révèle-t-il. La plupart du temps, ça se résume à « je ne paie pas mon hypothèque ». Tu parles d’un osti de rêve plate!»

Patrick Senécal ne passe peut-être pas des nuits agitées à imaginer des psychopathes et des meurtres crapuleux, mais ses romans, eux, troublent le sommeil de plusieurs lecteurs. Et depuis quelques années, les cinéphiles goûtent eux aussi à la médecine de l’auteur québécois.

Quelques mois après l’arrivée en salle de 5150, rue des Ormes, voilà qu’un autre bouquin signé Sené­cal est porté à l’écran. Les sept jours du Talion brosse le portrait de Bruno Hamel (Claude Legault), chirurgien et bon père de famille dont la vie bascule dans un enfer sans nom lorsque sa fille est retrouvée morte dans un boisé près de chez lui. Assoiffé de vengeance, il kidnappe l’assassin (Martin Dubreuil) et le soumet à sept longues et scabreuses journées de torture.
Métro a rencontré Patrick Senécal.

La presse vous décrit comme «le maître de l’horreur québécois». Que pensez-vous de ce surnom?
Il faut vivre avec! C’est sûr que ce que je fais n’est pas très gai. Si on parle de romancier d’horreur pour simplifier les choses dans les journaux, ça me va, mais en même temps, mes deux derniers romans, Hell.com et Le vide, sont loin d’être juste des livres d’horreur. Il y a beaucoup de scènes de violence, mais il y a un regard social et des nuances.

Les sept jours du Talion propose plusieurs scènes d’une violence inouïe. En tant qu’auteur, quelles limites vous imposez-vous?
La seule question que je me pose, c’est : Est-ce que je suis au service de l’histoire? Je ne veux pas faire l’apologie de la violence. J’ai une responsabilité morale. Je n’ai pas envie que les gens qui lisent mes romans aient envie d’aller tuer quelqu’un après.

5150, rue des Ormes n’était pas un film très olé olé, mais à côté des Sept jours du Talion, ça ressemble quasiment à une comédie romantique…

Il y a un effet de type «montagne russe» dans 5150. Éric [Tessier, le réalisateur] voulait faire quelque chose de cool, dans lequel on aurait du fun… un peu comme un manège. Les sept jours du Talion, ce n’est pas du tout ça. C’est beaucoup plus sombre. Quand j’ai écrit le livre, je voulais lancer un questionnement. Je voulais que ça soit percutant. Je ne voulais pas que les gens sortent du cinéma en se disant : «C’était l’fun!»

Ces deux Å“uvres ont peut-être fait l’objet d’un traitement différent, mais elles abordent toutes deux le même thème : l’auto-justice. On connaît l’opinion de votre personnage principal sur le sujet, mais quelle est la vôtre?

Je ne crois pas à l’auto-justice. Je crois que ça ne règle rien. C’est un réflexe humain de vouloir se venger, vouloir faire mal aux gens qui ont fait du mal à ceux qu’on aime. Mais la haine, c’est une spirale. Quand tu te venges, ce n’est pas juste l’autre que tu détruis; c’est toi aussi.

Comment expliquez-vous que Bruno Hamel, un bon père de famille sans histoire, puisse perdre la carte et s’enfoncer dans une telle fureur?
Je crois que le malheur peut te faire perdre la tête. Quand j’ai écrit le roman, j’ai fait appel à ma blonde psychologue. Je lui ai demandé si ça se pouvait qu’un gars équilibré prépare un plan aussi sordide sans qu’il s’arrête pour se dire : «Mais qu’est-ce que t’es en train de faire là?» Et le seul moyen que tout ça semble plausible est qu’il le fasse tout de suite après la mort de sa fille. Si Hamel avait attendu six mois pour mener son plan à terme, son côté rationnel aurait eu le dessus. Il fallait que ce soit une réaction, une impulsion.

Les sept jours du Talion

En salle dès aujourd’hui

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