Culture

Le Devoir a 100 ans et encore toutes ses dents

Dimanche, le journal Le Devoir fêtera ses 100 ans. Éplucher la une du premier numéro, c’est faire un saut dans le temps, histoire notamment de se rendre compte que, parfois, plus ça change, plus c’est pareil! Sauf peut-être le prix… À l’époque Le Devoir coûtait une cenne noire. En 100 ans, le coût du quotidien a été multiplié par 110!

Premier éditorial : Avant le combat
Pour son premier éditorial, le fondateur du journal, Henri Bourassa, petit fils de Louis-Joseph Papineau, frappe fort. «Dans la politique provinciale, nous combattrons le gouvernement actuel (celui de Lomer Gouin), car nous y trouvons toutes les tendances mauvaises que nous voulons faire disparaître de la vie publique : la vénalité, l’insouciance, la lâcheté, l’esprit de parti avilissant et étroit.»

Plus ça change, plus c’est pareil, non? «Les sujets d’épo­que restent d’actualité aujour­d’hui, admet Bernard Des­côteaux, directeur du Devoir. Mais si l’on écrivait en 2010 comme on le faisait en 1910, alors que les gens s’injuriaient dans les journaux, on se ferait poursuivre pour diffamation.»

Le gouvernement fédéral en prend aussi pour son grade dans l’édito de 1910. Le Devoir juge en effet que les dossiers chauds de l’heure (la guerre d’Afrique et l’impérialisme, la constitution de nouvelles provinces et le droit des minorités, la construction du Grand Tronc Pacifique, l’immigration étrangère et la cons­truction d’une marine canadienne) «ont été sacrifiés à l’opportunisme, aux intrigues de partis ou, pis encore, à la cupidité des intérêts individuels».

Pour y remédier, le quotidien mise sur «le réveil du devoir public chez le peuple et surtout les classes dirigeantes». C’est de là qu’il tire son nom : Le Devoir.

Pour nour joindre
En 1910, où il n’y avait que 6 téléphones pour 100 habitants, il fallait composer le Main 7460 pour joindre la rédaction. «La gestion des appels était faite manuellement par des standardistes qui se chargeaient d’établir la communication», explique Jean-François Leclerc du Centre d’Histoire de Montréal. L’indicatif Main représente le nom du central téléphonique auquel était rattaché le journal.

À cette époque, Le Devoir était situé rue Saint-Jacques. S’il était toujours à la même adresse, Le Devoir jouxterait presque son concurrent, La Presse, qui loge au 7, rue Saint-Jacques. «À l’époque, pour des raisons pratiques, presque tous les journaux étaient dans le secteur proche de l’hôtel de ville et du palais de justice», indique M. Descôteaux.

Un style intello?
En 1910, M. Bourassa prévenait : «Sans doute nous ne donnerons pas à nos lecteurs le genre de joyeusetés qu’on trouve à foison dans les journaux à grand tirage et à petites images.»
La première une, celle du 10 janvier 1910, montre qu’il était bel et bien passé de la parole aux actes. Aujourd’hui, le journal a gardé son indépendance et un style intello à tendance nationaliste, mais il s’est débarrassé de son look un peu «drabe». «On a été le premier journal francophone à créer, en 1993, un poste de directeur artistique», rappelle Bernard Descôteaux, directeur du Devoir. Le quotidien a obtenu cette année-là le premier prix de la Society of Newspaper Design pour sa maquette.


Le Devoir en 5 dates

  • 10 janvier 1910. Lancement du premier numéro.
  • 10 avril 1947. Arrivée de Gérard Filion qui modernise le quotidien.
  • 1er mai 1973. Tentative d’assassinat contre Jean-Pierre Charbonneau dans la salle de rédaction.
  • 1er juillet 1990. Lise Bissonnette devient la première femme directrice du journal.
  • 1er janvier 2010. À 100 ans, Le Devoir compte 28 500 lecteurs quotidiens en semaine.

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