Culture

Premières armes: Suivre le cadre établi

Premières armes: Suivre le cadre établi
Photo by: Collaboration spéciale

Jean-François Caissy continue à peaufiner ses documentaires sur le cycle de la vie. Pour Premières armes, il aborde le début de l’âge adulte.

Qu’il traite de la vieillesse (La belle visite) ou de la jeunesse (La marche à suivre), Jean-François Caissy aime circonscrire ses sujets dans des endroits qui rassemblent les gens. Son nouveau long métrage se déroule cette fois dans un camp de recrues de l’armée, où il suit pendant 12 semaines des hommes et des femmes qui entreprennent un rite de passage unique.

«Je voulais capter une espèce de transformation dans un délai assez bref, évoque le cinéaste en entrevue. Je ne ferai jamais l’armée, mais de m’y coller pendant trois mois a été une expérience de vie assez enrichissante.»

S’immerger dans ce microcosme humain ne se fait pas comme dans un documentaire usuel. Exit la narration explicative et les entrevues classiques. On y voit seulement – et c’est déjà beaucoup – des êtres qui suivent une formation difficile, discutent entre eux et se font engueuler par un supérieur.

«On a tous des a priori sur l’armée, les militaires, la guerre, rappelle le réalisateur. L’idée n’était pas de faire une critique ou de glorifier un sujet, mais de vraiment s’attarder à l’expérience humaine dans tout ça.»

«J’ai un peu l’impression de faire du cinéma de fiction à partir du réel.» – Jean-François Caissy, réalisateur de Premières armes

Le cinéma en est donc un d’intuition et d’observation, qui investit un lieu, cette expérience du vécu, afin de rendre présent le réel.

«J’aborde le documentaire en ne cherchant pas trop à raconter ou à dicter aux autres quoi penser, mais plutôt en me servant des scènes et des moments de vie pour créer des images dans la tête des spectateurs, explique celui qui a souvent été comparé à Frederick Wiseman. Ce sont à eux de faire leur propre lecture du sujet.»

Ses études en photographie lui ont donc permis d’explorer une nouvelle forme de narration. Sa parole s’exprime ainsi en exploitant toutes les possibilités du septième art, autant ces longs plans fixes qui maximisent le groupe que ce montage implacable et cette musique qui élève. Une mise en scène dont la rigueur a justement quelque chose de… militaire.

L’émotion n’est pourtant pas en reste, le cinéaste n’oubliant jamais l’individu qui tend à se dissoudre à l’écran et qui est ici humanisé.

«Des fois, il faut seulement s’approcher d’un individu, l’isoler du groupe avec des plans assez près des portraits, développe Jean-François Caissy, qui n’est pas insensible aux travaux de Raymond Depardon et de Nicolas Philibert.

Quand ils sont bien choisis, je pense que ça crée cet attachement. On a besoin de les découvrir un peu plus en profondeur. Parfois, un seul moment d’attente suffit pour donner l’impression d’être à côté de la personne. J’essaye de créer des moments d’intimité qui nous font nous mettre à la place de ces gens, qui nous permettent d’avoir de l’empathie pour eux.

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