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Sortie 67: Un cri en faveur des jeunes

Il y a des films qui sont pensés et réfléchis pendant une vie. Et il y a ceux qui naissent dans l’urgence. «J’ai fait Sortie 67 pour m’exorciser, raconte le cinéas­te et scénariste Jephté Bastien. Soit je partais à la recherche de l’assassin de mon neveu de 16 ans, soit je faisais ce film-là. J’étais même prêt à le produire avec mes cartes de crédit!»

Avec son titre éloquent, Sortie 67 laisse deviner que l’action se situe dans le quartier Saint-Michel, à Montréal, où la violence et les gangs de rue ne laissent pas beaucoup d’options aux jeunes. Un constat qui ne devrait pourtant pas être de mise pour le réalisateur, qui a également touché au montage et à la musique. «Ce qui fait un homme n’est ni le quartier dans lequel il a grandi, ni la façon dont il a commencé sa vie, mais c’est vraiment ses choix. On peut changer. Sinon on se laisse aller et on devient le produit de notre société.»

Valorisant la fiction plutôt que le documentaire, faisant appel à des comédiens professionnels rarement vus à l’écran, Jephté Bastien a choisi de traiter d’un sujet social à une époque où des quartiers pauvres comme Centre-Sud, Hochelaga-Maisonneuve et Montréal-Nord font de plus en plus les manchettes. «Je ne pense pas que, demain, un gouvernement va faire quelque chose pour changer ça, déclare Jephté Bastien.  Ça fait partie du décor. On peut dépenser 1,5 G$ pour faire le G20 à Toronto ou on peut vraiment investir dans la jeunesse, qui sera le futur de notre pays. Au lieu de la garder dans un ghetto, il faudrait lui faire voir qu’elle peut s’en sortir, créer des programmes de prévention pour que les jeunes puissent penser à devenir quelqu’un.»

Un long métrage ambitieux, qui nage à contre-courant du traitement sensationnalisme de la problématique dans certains médias, et qui s’inscrit en marge du confort et de l’indifférence de plusieurs individus. «Les jeunes sont pris entre l’enclume et le marteau et ils ne savent pas s’en sortir, note le cinéaste. Les gens veulent changer le monde, mais personne ne veut commencer. Si on n’avance pas ensemble, on va reculer ensemble.»

Vers la bonne voie
Le cinéma québécois est blanc, homogène, et il ignore les anglophones et les communautés culturelles? Sortie 67 vient peut-être faire mentir ces propos du réalisateur Jacob Tierney (The Trotsky), qui ont fait couler beaucoup d’encre. «Il y a quand même des portes qui s’ouvrent, laisse savoir le metteur en scène Jepthé Bastien. J’ai reçu du financement pour faire mon long métrage. J’ai présenté mon projet à la SODEC. Il y a eu 40 projets qui ont été pré­sentés, et ils en ont choisi 4, dont 2 à l’unanimité. Et le mien en faisait partie. C’est un film à 95 % d’ac­teurs noirs et québécois, et pour moi, c’est une grande ouverture.»

Sortie 67
Présenté au Festival Fantasia demain 19 h 20 et lundi 13 h

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