Culture

Gertrude Stein: L’influenceuse du XXe siècle

Gertrude Stein: L’influenceuse du XXe siècle

Oubliez Kim Kardashian, Maripier Morin et les youtubeuses à la mode; la reine des influenceuses, c’est Gertrude Stein. Sans elle, Picasso, Matisse, Hemingway et Fitzgerald, pour ne nommer qu’eux, n’auraient pas connu leurs carrières exceptionnelles. L’opéra Twenty-Seven nous transporte dans son salon parisien
dans les années 1920, où elle a révolutionné la vie culturelle, rien de moins.

Au 27, rue de Fleurus, à Paris, Gertrude­ Stein, écrivaine et collectionneuse d’art d’origine américaine, a fait la pluie et le beau temps sur la scène culturelle, en plus d’être la muse de bon nombre d’artistes. On n’a qu’à penser au célèbre tableau Portrait de Gertrude Stein de Pablo Picasso.

Ricky Ian Gordon

C’est grâce à son influence que ce dernier, Henri Matisse, Paul Cézanne, ainsi que F. Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway quelques années plus tard – tous des artistes phares de la «génération perdue» – ont connu le succès. Les peintres rivalisaient pour voir leurs tableaux accrochés aux murs de son célèbre salon, où se rassemblaient chaque samedi une poignée d’artistes triés sur le volet.

L’admiration du librettiste Royce Vavrek et du compositeur Ricky Ian Gordon pour Gertrude Stein, de même que leur enthousiasme débordant pour cet opéra qu’ils ont conçu ensemble, s’entendent dans leurs voix au bout du fil.

«Gertrude Stein était au centre de cette tempête artistique. Elle avait accès aux gens les plus brillants et créatifs du début du XXe siècle, rappelle Royce Vavrek. J’adooore l’idée que cette femme ait inspiré ces artistes­ à créer leurs œuvres!»

Sans aucun doute, elle était l’influenceuse de son époque. «Et d’une bonne façon! lance le librettiste en riant. Si seulement les influenceurs des réseaux sociaux s’inspiraient un peu plus d’elle…!»

En plus du fait qu’elle était juive à Paris en pleine montée du nazisme, Gertrude Stein fascine par le simple fait qu’elle affichait fièrement son homosexualité il y a de cela 100 ans. «Elle et sa conjointe Alice B. Toklas se nommaient publiquement “mari et femme”. Elles étaient tellement audacieusement elles-mêmes!» se réjouit Ricky Ian Gordon.

«Avec toutes les discussions qu’on a encore sur le mariage gai, ça me semble incroyablement approprié et totalement pertinent de parler de l’histoire d’amour entre Gertrude Stein et Alice B. Toklas aujourd’hui.» – Ricky Ian Gordon, compositeur de Twenty Seven

C’est d’ailleurs d’abord et avant tout sur cette histoire d’amour que porte l’opéra Twenty-Seven. Au cœur de la mise en scène, on trouve Alice qui, après la mort de Gertrude, se remémore sa vie avec elle.

«Cette belle histoire d’amour entre deux femmes très singulières­ saura toucher n’importe qui», promet­ Royce Vavrek, originaire de l’Alberta, qui a fait ses études à l’Université Concordia à Montréal et qui vit désormais à New York.

Difficile à croire que ce dernier, ne connaissait «absolument r-i-e-n» de Gertrude Stein avant que son collègue compositeur – qui lui, est «obsédé» par elle depuis ses études – ne le mandate pour écrire un livret.

«J’ai eu très peu de temps pour apprendre tout ce que je pouvais sur Gertrude Stein. J’ai passé trois semaines à lire sans arrêt sur elle pour intérioriser son écriture, ses idées… Il y a un très beau rythme dans son style, c’est presque hypnotique. J’étais complètement sous l’emprise de son œuvre au moment d’écrire cet opéra!»

Tellement, que Ricky Ian Gordon l’a renvoyé à la table de travail afin que le livret «sonne moins comme du Gertrude Stein, et plus comme lui», raconte le compositeur, amusé. 

Ce dernier est encore impressionné par son collègue. «Je ne connaissais pas Royce à l’époque, mais il m’avait dit quelques mois plus tôt : “Je ferais n’importe quoi pour travailler avec toi”, ce qui est bien sûr très flatteur! Mais à l’époque, j’étais tellement occupé que je lui ai répondu : “Ça n’arrivera pas”», se souvient-il en éclatant de rire.

Lorsqu’il a dû remplacer rapidement son librettiste, il a alors mis au défi Royce Vavrek. «Je lui ai dit : “Si tu peux lire 15 livres sur Gertrude­ Stein et m’écrire un livret d’ici un mois, tu as la job.” Et il l’a fait, c’est incroyable!»

Opéra de chambre
Pour Ricky Ian Gordon, l’idée de marier l’univers de Gertrude Stein à l’opéra allait de soi. De par sa personnalité forte, imposante, riche et complexe, «elle était très opératique».

Twenty-Seven a d’abord été présenté aux États-Unis en 2014. L’Opéra de Montréal en a monté une nouvelle version avec Oriol Tomas à la mise en scène et une distribution de jeunes chanteurs locaux, dont la mezzo-soprano­ Christianne Bélanger dans le rôle de Gertrude Stein.

Cette première présentation de l’œuvre au Canada aura lieu au Théâtre Centaur, avec pour seuls musiciens un violoncelliste et un pianiste. «J’adore qu’ils fassent ce qu’ils veulent de la pièce», affirme Ricky Ian Gordon, qui a assisté à quelques répétitions et trouvé le tout «adorable».

Les deux artistes se réjouissent en particulier que leur opéra soit présenté dans une petite salle qui, selon eux, permettra de recréer l’intimité du salon de Gertrude Stein. «Il s’agit d’un opéra de chambre, rappelle le librettiste. C’est bien de ne pas se sentir à des kilomètres de l’action!»

«Je ne peux qu’être en faveur d’opéras plus intimes, poursuit Ricky Ian Gordon. Quand on répète un opéra, on voit bien le visage des chanteurs et leur gestuelle. Ça brise toujours le cœur de transposer tout ça sur une grande scène et de perdre ce sentiment d’intimité.»

Tous deux espèrent que leur création saura attirer un nouveau public à l’opéra. «Pendant longtemps, j’ai pensé que la danse ne me parlerait pas parce que je ne comprenais pas la technique, cite en exemple Royce Vanvrek. Certaines personnes se disent la même chose de l’opéra. Elles ne connaissent pas les codes, se demandent si elles pourront apprécier une pièce dans une langue étrangère, et ce questionnement est valide. Mais l’opéra communique à tellement de niveaux, et notre pièce est très contemporaine. Je crois que le public s’identifiera davantage à cette trame narrative qu’à un opéra écrit il y a 400 ans, par exemple.»

Twenty-Seven devrait également élargir le bassin d’admirateurs de Gertrude Stein, espère son collègue compositeur. «C’est tellement une figure importante, et c’est facile de l’oublier. Elle est rafraîchissante, elle est vraie.»

Commentaires 0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *