Culture

Mickaël Bergeron: lutter contre la grossophobie, un préjugé à la fois

Mickaël Bergeron: lutter contre la grossophobie, un préjugé à la fois
Photo: Josie Desmarais/MétroMickaël Bergeron lance son premier livre, La vie en gros, qui traite de grossophobie.

La grossophobie, ça vous dit quelque chose? Peu médiatisée et peu connue au Québec, cette attitude hostile qui contribue à stigmatiser les personnes grosses fait l’objet de plus en plus de débats. L’auteur et journaliste Mickaël Bergeron peut en témoigner, lui qui a vécu cette discrimination par le passé. Dans son livre lancé hier à Montréal, La vie en gros, il entend déconstruire les préjugés et sensibiliser le public à cette problématique sociale. Entrevue.

«Je souhaite, bien humblement, ouvrir le débat et l’amener plus loin, explique d’emblée le principal intéressé en entrevue avec Métro, dans un café de la rue Sainte-Catherine. Je ne suis pas tout seul à en parler, mais il manquait un livre de référence, pour aller au-delà de ce qui se fait déjà.»

D’après lui, malgré une ouverture grandissante à la diversité corporelle, d’importants stéréotypes demeurent au Québec. «Les gros sont vus comme étant des personnes paresseuses, incapables de se contrôler ; bref, comme souffrant d’un manque de discipline. Si on est gros, c’est nécessairement parce qu’on n’est pas capables de contrôler son corps, ses pulsions. Et c’est faux», plaide Mickaël Bergeron.

Amalgames, méconnaissance, culture populaire : ces préjugés viennent entre autres selon lui d’un manque de diversité dans la culture populaire. «Jusqu’à il y a 10 ans, tous les personnages gros au cinéma et à la télé étaient des gros niaiseux, souligne celui qui est aussi chroniqueur au Voir. À force de le voir, d’en blaguer, on prend pour acquis cette image, et ça s’imbrique naturellement.»

Même s’il demeure difficile de «confondre les sceptiques», l’auteur dit croire à la force de l’éducation citoyenne pour renverser la tendance.

«Je crois que mon livre peut y contribuer. Si ça peut permettre à des personnes grosses de se rendre compte que tout n’est pas de leur faute, qu’elles ne méritent pas ça, ça sera déjà un grand pas. Et tranquillement, j’espère, ça va provoquer une prise de conscience collective.» -Mickaël Bergeron

Le cas de Gaétan Barrette, élu sous la bannière libérale en 2014, illustre parfaitement la situation actuelle, d’après M. Bergeron. «Pendant deux ans, presque toutes les caricatures et les jokes sur lui étaient sur son poids, analyse-t-il. Pourtant, s’il y a un politicien à plusieurs facettes, qui a une personnalité forte, qui lâche des phrases assassines, c’est bien lui.»

Tout part peut-être de la définition sociale qu’on a de la santé, croit le résidant de Québec. «On définit mal le fait d’être en santé, poursuit-il. Est-ce qu’être en santé, c’est d’être capable de courir un marathon, d’être musclé, ou c’est d’être bien dans son corps. Moi, je crois que chaque corps a sa propre normalité. Ce qui est être en santé pour l’un n’est pas nécessairement la même chose pour l’autre.»

«Frapper un mur»
À un certain moment de sa vie, alors qu’il était dans la fin vingtaine, Mickaël Bergeron dit avoir «frappé un mur» qui a tout changé. «Je me suis sérieusement demandé si j’étais une mauvaise personne. Je me considère comme une bonne personne en général, et pourtant, je me faisais vraiment traiter comme de la marde», lâche-t-il.

Dans les mois qui ont suivi, l’auteur s’est mis à creuser davantage sur la perception du poids en société. Au fil du temps, de ses lectures et de ses rencontres, il raconte avoir intériorisé certains mécanismes sociaux pour mieux se comprendre. «Ça m’a permis de faire la paix avec des aspects de moi-même, avec le corps que j’ai, de mieux accepter aussi certaines injustices et de cheminer», illustre le journaliste.

«Inconsciemment, cette perception négative a influencé ma façon de consommer et de me comporter. Je me suis rendu compte qu’il y a des trucs que je m’empêchais de faire, parce que j’étais tanné du regard des gens. Si j’allais dans un McDo commander pour 4 personnes, chaque fois on me dévisageait en pensant : « il va tout manger ça, lui »». -Mickaël Bergeron

De nos jours, des modèles positifs peuvent inspirer les jeunes qui sont victimes de grossophobie, d’après lui. «Moi, j’ai commencé à en avoir très tard, mais les jeunes aujourd’hui prennent peut-être conscience de la discrimination plus tôt, et c’est tant mieux, se réjouit l’auteur. Cet espèce de mur qui se construit sera plus facile à défaire ensuite.»

Questionné à savoir quelles sont ses attentes en ce qui concerne la sortie de son livre, Mickaël Bergeron est catégorique : «j’espère qu’il ne sera pas qu’un buzz d’une semaine. Je n’ai pas fait ça pour être une saveur du mois, mais pour ouvrir un débat, pour construire quelque chose», répond-t-il.

«Mon livre ratisse large. Il y a des aspects là-dedans qui pourraient faire un autre livre de 200 pages. J’espère que d’autres gens reprendront la balle au bond. Là, je serais fier», confie-t-il également.

La vie en gros est disponible en librairies dès maintenant.

Commentaires 1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Richard L'HEUREUX

    Le dictionnaire français – grec (ancien) E. Talbot donne polysarchos (de poly : beaucoup et sarx : chair) pour obèse.
    Donc polysarchophobie est mieux que grossophobie qui est un terme hybride.