Culture

When They See Us : les cinq visages de l’injustice

When They See Us : les cinq visages de l’injustice

Décidément, c’est la saison des fictions bouleversantes à saveur documentaire pour nous remémorer des moments difficiles et définitifs des années 80. Après Chernobyl de la chaîne HBO, c’est au tour de Netflix de plonger dans un événement difficile avec la série limitée When They See Us à propos des cinq hommes maintenant connus comme étant les Central Park Five.

Qui sont les Central Park Five? On parle ici de Kevin Richardson, Antron McCray, Yusef Salaam, Raymond Santana Jr. et Korey Wise qui, en 1989, ont été faussement accusé du viol et de la tentative de meurtre d’une joggeuse à Central Park, Trisha Meili, près de Harlem. Les événements suivants cette fatidique soirée ont marqué le climat social et politique aux États-Unis puisque le procès des jeunes hommes, âgés de 14 à 16 ans à l’époque, a tracé une division raciale alarmante en raison de l’absence de preuves et des méthodes douteuses afin d’extirper des témoignages de la bouche de jeunes apeurés et non accompagnés.

When They See Us
When They See Us

Condamnés en 1989, les jeunes hommes du Central Park Five ont reçu une exonération complète en 2002 après la confession du réel agresseur de Trisha Meili et, par la suite, ils ont entrepris des poursuites contre la ville de New York en raison du traitement inhumain qu’ils ont reçu. Ils ont tous fait plusieurs années de prison, incluant un parcours particulièrement atroce pour Korey Wise, le plus vieux des cinq, qui a été jugé et condamné comme un adulte alors qu’il n’était âgé que de seize ans. On note d’ailleurs l’incroyable performance de l’acteur Jharrel Jerome dans le rôle Wise autant en tant qu’adolescent qu’adulte. Jerome bascule encre les deux âges avec l’aide d’un peu de poils et de maquillage et tout le reste est véhiculé par sa dévastatrice performance physique. On pourrait en fait souligner le travail de toute la distribution, mais Jerome est particulièrement bouleversant au cœur d’un drame presque sans faille.

When They See Us décline en quatre épisodes d’environ une heure cette saga en portant une attention particulière à la vie des cinq hommes tout en incluant leurs familles respectives ainsi que les communautés affectées par ce drame. La main habile et méthodique de la réalisatrice Ava DuVernay pose cette histoire dans son époque et nous confronte rapidement à l’explosif climat qui a aussi vu naître la fiction Do The Right Thing, de Spike Lee, quelques mois après la saga des Central Park Five.

J’aimerais vous dire que la série se regarde bien et offre un bon divertissement pour une petite soirée tranquille, mais ce n’est pas le cas. When They See Us vous prendra aux tripes dès les premières minutes et ne relâchera son emprise qu’à la toute fin quand on apprend le sort plus clément que la vie réserve aux cinq hommes maintenant. C’est confrontant, bouleversant et fâchant de voir un système aussi défaillant et humainement répréhensible. Ce qui blesse, aussi, c’est qu’on se doute que ce n’est pas complètement mieux de nos jours et que les communautés ethniques reçoivent très certainement des préjudices du genre encore aujourd’hui. Suffit de pointer le bout du nez au sud de la frontière pour comprendre l’écart qu’il y a entre les classes.

Même si le visionnement est difficile, il est très enrichissant dans la mesure où il faut savoir ces choses, ces événements, pour ne pas qu’ils se reproduisent. C’est important de comprendre comment un système a pu saboter la vie de cinq jeunes hommes simplement parce qu’ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment et, semble-t-il, de la mauvaise couleur. C’est difficile de quantifier l’intolérance quand elle ne nous touche pas directement, mais When They See Us fait le travail difficile et nécessaire de nous planter le nez contre la vitrine d’une situation devant laquelle nous sommes impuissants.

C’est fort, très fort, probablement la meilleure série que vous pouvez regarder cette semaine.

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