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Euphoria: les périls de l’adolescence

Euphoria: les périls de l’adolescence

Depuis un mois, la série Euphoria diffusée sur HBO fait couler beaucoup d’encre en raison de son approche très explicite de la sexualité adolescente et son utilisation sans filtre de la nudité frontale masculine en plus de sa glorification de l’utilisation des drogues dures et récréatives.

Avec un cocktail de sujets aussi explosif, HBO se doutait bien que les parents d’Amérique ne seraient pas emballés par cette fiction. Par contre, que se cache-t-il sous la controverse? Quand on prend le temps de visionner les épisodes de la courte série, qui présentera son sixième épisode de huit dimanche, difficile de ne pas être absorbé par cet univers fascinant, même s’il est drôlement inquiétant et anxiogène.

Euphoria
Euphoria

Euphoria, c’est un portrait alarmiste de l’adolescence américaine. On suit le retour de désintox de Rue, 17 ans,  qui malgré son aventure périlleuse avec les drogues n’est pas encore prête à réellement s’en sortir. On suit aussi les histoires de son entourage lointain et immédiat alors que le quotidien des jeunes de la polyvalente est rythmé par l’influence de la pornographie, des médias sociaux et d’une construction sociale aux paramètres fluides et flexibles.

On parle ici d’une série difficile à regarder parce qu’elle ne prend pas de détour pour nous montrer la réalité de ces jeunes. La violence sexuelle est réelle, la pression sociale, les transactions de photos nues contre de l’affection et de l’attention, l’usage des drogues, l’intimidation, etc. La polyvalente d’Euphoria, c’est peut-être celle de vos jeunes avec le volume monté au maximum pour faire exploser les problématiques.

Par contre, toute cette lourdeur est habilement racontée et déployée par un ensemble de personnages captivants campé par des jeunes visages relativement inconnus, à l’exception de la chanteuse Zendaya qui tient le rôle principal de Rue – loin, très loin de ses années sur le Disney Channel.

Au début, j’étais surtout dérangé par l’ambiance d’Euphoria. Tout est lourd, déprimant et fataliste. Mais après la moitié d’un épisode, on voit l’humanité traverser les drames de ces personnages et les besoins élémentaires se manifestent même dans les situations extrêmes. Le besoin d’être accepté et aimé, c’est quelque chose que nos jeunes vivront à la polyvalente et malgré le climat plus ouvert et sensible que l’on tente de construire, il y aura forcément une période d’adaptation et de la pression des paires de ne pas être «trop» différent.

Euphoria navigue habilement dans ces eaux troubles et, bien honnêtement, si vous êtes du genre à faire un cas parce que des pénis sont présents à l’écran – faudrait peut-être revoir vos priorités. La nudité des femmes ne fait plus broncher personne depuis des lunes au cinéma et à la télé et ça ne devrait pas être différent pour les hommes. Un corps c’est un corps. Euphoria pousse même la note en incluant la fluidité des genres dans ses relations corporelles avec tous les frictions que ça peut faire dans le climat déjà explosif d’une école secondaire.

C’est vraiment une série de son temps, dérangeante pour les bonnes raisons et qui soulèvera des questions très pertinentes après votre visionnement. Même si je me sens confronté à mes propres conceptions de plein de choses, j’aime beaucoup cette nouveauté sur les ondes de HBO et j’ai hâte de voir la suite. Et j’ai aussi hâte de voir les prochains projets de plusieurs des jeunes comédiens de cette série, particulièrement l’activiste des droits des LGBT Hunter Schafer qui crève l’écran dans un rôle difficile, touchant et charnière à la série.

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