Culture
03:30 9 août 2019

Cuba Merci Gracias: le destin du voyageur

Cuba Merci Gracias: le destin du voyageur
Photo: Collaboration spécialeCuba Merci Gracias met en vedette Alexa-Jeanne Dubé et Emmanuelle Boileau

Alexa-Jeanne Dubé passera des vacances dont elle se souviendra longtemps dans Cuba Merci Gracias, d’Alex B. Martin.

Souvent, l’idée d’un film n’est qu’un prétexte pour travailler ensemble. C’est le cas de ce premier long métrage d’Alex B. Martin, qui réunit ses amies Alexa-Jeanne Dubé et Emmanuelle Boileau. Ces deux dernières sont également complices dans la vie, et leur chimie transcende l’écran.

«J’ai toujours voulu faire un film sur l’amitié féminine, qui est un thème qu’on n’aborde pas souvent, explique le cinéaste en entrevue. Je trouve que les filles ont quelque chose de très ouvert dans leur rapport d’amitié. Elles parlent de ce qu’elles vivent; nous, les gars, de ce qu’on fait.»

Leur amitié est mise en péril lors d’un séjour à Cuba. Malgré leurs différences, Manu (la libérée) et Alexa-Jeanne (la plus réservée) s’entendent comme larrons en foire. Puis il y a une mésentente, un quiproquo, un oubli mineur à propos de la crème solaire. Déjà que leur rapport au corps, à la séduction, aux hommes et à la sexualité n’est pas le même, un fossé commence à se creuser.

«Le but était de créer ces scènes d’admiration et de conflit, d’alterner entre le positif et le négatif afin de créer un crescendo qui explose à la fin, raconte le metteur en scène. C’est de voir comment les relations se construisent. C’est un film sur les dynamiques relationnelles.»

La caméra parle souvent plus que les mots. Elle se love auprès des êtres pour éclairer leur intimité, leur solitude. Puis il y a ces images qui résument l’état psychologique des personnages. Ceux qui se perdent dans les rues (comme dans leur propre existence) et qui peuvent mal comprendre la langue (ce qui implique une difficulté à communiquer avec l’autre).

Évidemment, ce huis clos à l’extérieur relève de la fiction, mais il s’avère constamment corrompu par le réel. «On avait des canevas de scènes, se rappelle Alexa-Jeanne Dubé. Ce qui était improvisé, ce sont les dialogues, comment on arrive à ces scènes-là. Ce n’est pas documentaire, mais on aime créer ce doute-là.»

Carnet de voyage

Alors que le voyage est généralement source de plaisir et d’insouciance, il révèle, dans Cuba Merci Gracias, une sorte d’amertume, qui amène des discussions animées et des réflexions existentielles chez les héroïnes.

«Je l’ai vécu souvent dans ma vie, confie l’actrice. Je suis déstabilisée de ne pas être chez moi, de ne pas être dans la routine. Ça laisse de l’espace pour avoir du temps, ça laisse ressortir plein d’affaires qu’on accumule. Souvent, le voyage devient une introspection, où l’on finit par se poser plein de questions.»

Manu et Alexa-Jeanne ne s’en posent toutefois pas trop sur leur statut de touristes blanches dans un pays qui ne roule pas sur l’or. Une relation nord-sud ne tarde d’ailleurs pas à se créer en filigrane. Surtout qu’il faut attendre plus de la moitié du film avant que la population locale prenne enfin la place qui lui revient.

«C’est le reflet des personnages, affirme Alexa-Jeanne Dubé, qu’on a pu voir dernièrement au cinéma dans Origami et Claire l’hiver. Au début, elles sont très centrées sur elles. Peu à peu, leur regard se modifie. Ça reflète cette fermeture, qui, finalement, finit par s’ouvrir.»

J’aime les oeuvres courtes qui se donnent la permission d’aller où elles veulent, qui sont libres et sans compromis. -Alex B. Martin, réalisateur à propos de son film Cuba Merci Gracias.

Le réalisateur et scénariste Alex B. Martin a lui-même voyagé dans plus de 60 pays différents à ce jour. «On est dans un désir profond que ça soit d’égal à égal. On visite, on mange, on dort, etc., mais ça reste qu’on entre en bulldozer dans un endroit», dit-il.

À force d’errer et de discuter, la trame narrative du récit aurait pu paraître ténue. Un effort a toutefois été apporté pour la varier subtilement, pour y ajouter constamment de nouvelles nuances.

«Je pense qu’une façon d’y arriver est de créer des scènes où le spectateur peut se reconnaître dans l’un ou l’autre des personnages, reconnaît une de ses interprètes. C’est ce qui est bon pour des films mumblecore, où il ne se passe pas grand-chose. Ce sont les difficultés un peu banales, qui tirent plus sur le pathétisme. Il y a un désir de raconter le quotidien et le rien.»

Cuba Merci Gracias

À l’affiche

Le 16 août