Culture
03:30 4 septembre 2019 | mise à jour le: 3 septembre 2019 à 23:06 temps de lecture: 7 minutes

Festival Résonance: l’audio n’a pas dit son dernier mot

Festival Résonance: l’audio n’a pas dit son dernier mot
Photo: Pablo A. Ortiz/Métro«Tout est écriture», selon Marie-Louise Arsenault

Derrière la variété de productions audio qui trouvent le chemin de nos oreilles se cache un travail colossal d’écriture. Cet aspect invisible de la création sonore est au coeur de la troisième édition du festival Résonance. Qui de mieux que Marie-Louise Arsenault, femme de radio et de mots, pour en être porte-parole?

«Je trouvais ça cohérent», affirme la sympathique animatrice de la quotidienne Plus on est de fous, plus on lit! qui a accepté avec plaisir l’invitation des co-directrices du festival, Marie-Laurence Rancourt et Alexandra B Lefebvre.

Cohérent, car non seulement Marie-Louise Arsenault est une personnalité incontournable des ondes hertziennes, mais elle est aussi à la barre d’une émission dont la mission est d’explorer les mots sous toutes leurs formes.

Vous êtes la porte-parole tout indiquée pour cet événement. Comment la création audio et la littérature se rejoignent-elles, selon vous?

Dans les deux cas, il s’agit de raconter des histoires, même à la radio en direct. C’est partout la même chose en journalisme: comment raconter une histoire, intéresser les gens, présenter des personnages? On est présentement beaucoup dans le storytelling, c’est très valorisé dans le podcast, et il y a toutes sortes de façons maintenant de proposer une histoire, de jouer avec le son.

C’est d’ailleurs une question qu’on se pose tous les jours à Plus on lit. Même quand je fais une entrevue avec un invité en direct, je me fais un scénario: De quoi je pars? Comment je raconte son histoire? Quelles questions vais-je poser? Tout est écriture, quand on y pense vraiment. Si on essaie d’être créatif, de faire les choses autrement, il faut réfléchir à la façon dont on va présenter nos affaires, et tout ça, c’est de l’écriture.

Justement, le thème de Résonance cette année est «l’écriture invisible». Croyez-vous que l’écriture radio manque de visibilité ou de reconnaissance?

Il manque de visibilité dans bien des affaires! (Rires) C’est drôle, parce ce que la radio est le plus vieux des médias électroniques, et aujourd’hui, c’est le média qui survit à tout et qui est plus moderne que jamais. Les cotes d’écoute sont très bonnes, il n’y a pas de désistement, contrairement à la télévision générale. Et le balado renouvelle le genre. On télécharge ce qu’on veut et on l’écoute comme on veut. C’est vraiment une période excitante pour ça! Mais c’est un média pour lequel il n’y a pas de gala ou de prix, contrairement à la télé. En même temps, est-ce qu’on en a besoin tant que ça? La reconnaissance la plus grande est quand les gens nous disent qu’ils restent dans leur auto pour nous écouter. C’est un média extrêmement puissant, vraiment dans l’intimité.

Une des préoccupations du festival est la dimension artistique de la création sonore. Estimez-vous qu’il s’agit d’une forme d’art à part entière?

Ah oui! C’est un art. C’est tellement le fun de faire du montage, d’avoir de la matière, de la mettre en place et de mettre en scène, jouer avec le silence, avec la musique, placer un rire… C’est exceptionnel et c’est tellement plus évocateur que l’image! Tout comme en littérature – un autre lien! –, ça fait appel à l’imagination. La personne qui écoute peut s’imaginer l’allure des personnages, le lieu, le contexte. Je réalise à quel point il y a là un point fort.

Dans le cadre de Résonance, vous aborderez au cours d’un entretien devant public des questions comme les rapprochements et les distinctions entre la radio et la littérature. Qu’est-ce que la radio permet que l’écriture ne permette pas?

La spontanéité. Et ce en raison d’un sens: l’ouïe. Les deux formats sont extrêmement intimes, mais la radio explore la dimension du son: sa profondeur, sa rondeur, la surprise… C’est peut-être la coche de plus qui porte au-delà des simples mots sur une page – sans vouloir réduire la littérature, bien au contraire. Lorsque des acteurs lisent un texte au cabaret de Plus on lit, c’est dément! Il y a une force, une interprétation, ça ajoute de l’émotion.

Le festival est aussi l’occasion de découvrir de nouvelles productions audio. On sait que vous êtes une grande lectrice; êtes-vous aussi une grande consommatrice de balados?

J’en écoute surtout sur ce qui me passionne, notamment les balados de France Culture. En ce moment, c’est le US Open, et comme je suis passionnée de tennis, j’écoute un balado quotidien à ce sujet. J’écoute aussi The Daily [du New York Times] quand je peux, ainsi que certains balados de fiction. Je manque de temps pour en écouter autant que je voudrais, mais j’adore le format, qui interpelle d’ailleurs beaucoup les jeunes.

C’est un genre en pleine explosion, ça prend toutes sortes de formes et c’est ce qui est intéressant. Il se fait vraiment des affaires pétées! Je pense au balado d’autofiction The Shadows, diffusé l’an dernier sur CBC, dans lequel l’artiste Kaitlin Prest raconte ses aventures avec un homme et va même jusqu’à recréer des scènes de sexualité. C’est fascinant, car ce n’est pas graphique, mais en même temps c’est hyper intime.

Le lien avec l’écriture est, encore là, très présent…

Complètement! Elle a pensé à la façon dont elle allait raconter son histoire. Ça aurait pu être un livre, mais elle a fait autrement. C’est une autre façon d’aborder le littéraire dans son sens le plus large.

Des mots qui résonnent

Le format balado a le vent dans les voiles et cet engouement s’est traduit par la création du festival Résonance, il y a de cela trois ans. 

Lancé par l’équipe de la boîte de production Magnéto, Résonance – comme dans «œuvre qui font résonner des récits auprès d’oreilles attentives» – vise à explorer la création sonore sous toutes ses formes.

Au programme de cette édition: séances d’écoute collective, entretiens, classes de maître et performances. Tout cela articulé autour du thème de l’écriture invisible, qui permettra d’aborder les liens entre littérature et radio.

En plus de la porte-parole Marie-Louise Arsenault, l’événement co-dirigé par Marie-Laurence Rancourt et Alexandra B Lefebvre accueille cette année comme invitée d’honneur Aurélie Charon, auteure, réalisatrice et animatrice à France Culture.


Résonance

Du vendredi 6 septembre au dimanche 8 septembre au Centre Phi

Programmation complète: magnetobalado.com/festival-resonance


Plus on est de fous, plus on lit!

Animé par Marie-Louise Arsenault

Du lundi au vendredi de 13h à 15h sur Ici Radio-Canada Première

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