Culture

«Tout peut arriver» pour Corridor

«Tout peut arriver» pour Corridor
Photo: Dominic Berthiaume/Collaboration spécialeLes membres de Corridor: Julien Bakvis (batteur), Julian Perrault (guitariste volant), Dominic Berthiaume (bassiste) et Jonathan Robert (chanteur)

Fraîchement mis sous contrat par la renommée maison de disques Sub Pop, porte-flambeau du rock indépendant américain qui a découvert Nirvana et Soundgarden, le groupe québécois Corridor lance vendredi un troisième album. Zoom sur un groupe qui a le vent dans le dos, mais qui ne s’en fait pas trop avec ça.

Lorsqu’on rencontre Dominic Berthiaume, bassiste et un des chanteurs du groupe, il vient de donner sa «première entrevue à vie à Radio-Can’». Un signe selon lui que «les choses se passent».

«Tout arrive en même temps, explique-t-il, vêtu pour l’occasion d’un coat de cowboy que n’aurait pas renié Steph Carse dans ses belles années. La sortie du disque, la préparation des shows… En ce moment, on est en grosse discussion pour savoir combien de t-shirts on fait printer! Plein de niaiseries. Ben des niaiseries… des petits détails, disons.» 

En effet, les «petits détails» se multiplient ces temps-ci pour Corridor. Vendredi, ce sera la naissance officielle de Junior, son troisième long jeu. Les gars partiront ensuite pour une tournée express aux États-Unis, leur première en tant que tête d’affiche. Des arrêts à Philadelphie, à New York et à Washington sont prévus, dans des salles de 150 à 250 places.

Ensuite, une dizaine de dates en Europe: Amsterdam, Paris, Londres, Berlin, Hambourg, Anvers, name it!

Puis le 22 novembre, ce sera leur rentrée montréalaise au National le cadre de M pour Montréal. Tout cela avant de reprendre la route pour une tournée sur la côte ouest en décembre.

On ne se le cachera pas, l’arrivée du groupe au sein de la même écurie que Fleet Foxes, Iron & Wine et Sleater-Kinney a permis à Corridor de faire tourner les têtes comme jamais.

D’autant plus que c’est la première fois que Sub Pop, maison de disques basée à Seattle, offre un contrat à un groupe francophone.

Pourtant, le groupe est encore bien loin de sillonner l’Amérique dans son jet privé ou de jouer à la mi-temps du Super Bowl (de toute façon, on doute que leur maelstrom de guitares à la Sonic Youth rallie les diffuseurs).

C’est encore Julien le batteur qui imprime lui-même les t-shirts. Jonathan, le chanteur, s’occupe du design de la pochette, alors que Dominic se charge des photos officielles du groupe. 

«On est gérés par deux méga-équipes [au Canada, le groupe est représenté par Bonsound], mais on reste autonomes», assure le bassiste autodidacte. 

«On veut toujours faire partie des décisions. On a été en contrôle de tout depuis le début. Ça fait peu de temps qu’on travaille avec des grosses équipes; c’est sûr qu’on n’est pas encore habitué d’avoir tout ce monde qui travaille pour nous. C’est cool, mais on veut quand même que ça passe par nous.»

Le groupe est également bien conscient que ce bond chez Sub Pop (pour un disque et deux autres en option) est un saut dans l’inconnu. Ça pourrait mener à de belles choses sur la scène internationale ou bien… foirer complètement. 

«On a des ambitions, mais on a zéro attentes, résume Dominic Berthiaume. On va faire tout notre possible pour que le groupe fonctionne et grandisse. C’est comme ça depuis le jour un.»

«Cette fois-ci, la machine est bien huilée. Avec deux grosses équipes qui travaillent derrière toi, tu t’attends à ce que ça lève un peu plus. Encore là, on peut être surpris. Peut-être que notre album va sortir et que les critiques vont nous donner une étoile et demie, que le monde va s’en «crisser». [Rires] Je ne pense pas que ça va arriver, mais on verra.»

«On a qualifié notre musique de post-punk, d’art rock, de psychédélique. Oui… mais non. Pour nous, c’est du rock ou de la pop hypnotique.» –Dominic Berthiaume, bassiste de Corridor, à propos de la difficulté de définir le son du groupe. «On laisse ça aux auditeurs, dit-il. On ne veut pas se limiter quand on fait de la musique. On fait ce qu’on fait. Et après ça, si ça marche, ça marche.»

Le sens des paroles

Corridor peut dormir tranquille: l’auteur de ces lignes décernerait beaucoup plus qu’«une étoile et demie» à Junior.

Si, de prime abord, le rock du groupe n’est pas des plus accessibles, ce troisième album se bonifie à chaque écoute. Un phénomène qu’on observait aussi sur le précédent, Supermercado, sorti en 2017. 

Comme s’il fallait du temps pour pénétrer l’univers dense de Corridor, un monde trouble fait de couches superposées de guitares hypnotiques et de paroles mystérieuses, parfois inaudibles, qui finissent par nous absorber complètement. Un tourbillon musical à peu près unique en français

«L’écriture de Jonathan [Robert, chanteur, parolier et guitariste] est très cryptique, illustre Dominic Berthiaume. Pour lui, en général, ç’a un sens très spécifique. Mais même moi qui chante ses textes, s’il ne me les a pas expliqués au préalable, mon interprétation est souvent dans le champ. [Rires]»

«À force de regarder vers les cieux/La dévotion me crèvera les yeux/Et j’en payerai mon miracle/Le corps et l’esprit fatigués», chante Corridor sur la cathartique Bang, qui vient clore l’album et son déchainement de guitares.

«Même si ce ne sont pas les voix qui sont à l’avant-plan dans nos chansons, les textes sont hyper importants, insiste Dominic Berthiaume. Ce n’est pas une chose qu’on veut négliger. Je trouve que les textes de Jonathan sont beaux. Je trouve intéressant cet aspect très cryptique et libre d’interprétation pour le public.»

On se doute que le sens des paroles a également échappé aux dirigeants de Sub Pop, qui ont malgré tout voulu embarquer dans l’aventure avec Corridor.

«On est bien contents et on trouve ça le fun qu’une maison de disques aussi prestigieuse s’intéresse à un groupe francophone comme nous. Dans un certain sens, ils s’en foutent qu’on chante en français. Ils écoutent la musique et ils trouvent ça bon. Ils croient au projet, comme nous on y croit.»

Une entreprise qui pourrait être à la veille d’un beau succès sur la scène indépendante. Ou pas. «On verra», comme le répète souvent Dominic Berthiaume en entrevue.

«On essaie de ne pas trop se projeter dans l’avenir, admet le musicien. On fait ce qu’on a à faire pour les mois qui s’en viennent. Pour la suite, on verra si on se sent inspirés pour un deuxième ou un troisième disque avec eux. Si oui, let’s go, on va le faire. 

«On pourrait très bien vouloir écrire un autre album après Junior, mais peut-être que ça ne se passera pas. Ça n’est jamais arrivé dans notre carrière, mais on ne sait pas, tout peut arriver.»



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