Culture
11:01 10 décembre 2019

Cosplay : vivre la culture « geek » à fond

Cosplay : vivre la culture « geek » à fond
Photo: Félix Lacerte-GauthierAimant les mangas, Taheena a créé son costume en se basant sur celui que porte les personnages dans la série Gantz

Un phénomène qui prend de l’expansion, le cosplay permet à des amateurs de cultures populaire de se déguiser à l’effigie de leur personnage préféré. Pour de jeunes adultes de l’est de Montréal, c’est une façon de vivre leur passion à fond.

C’est en déambulant dans les rues du centre-ville en 2014, pendant la tenue du Otakuthon, un festival dédié au manga et à la culture populaire japonaise, que Idley Reynica Alexandre, qui habite Saint-Michel, a découvert l’univers du cosplay.

Fleurène se costume en princesse Shuri de Black Panther. Son habillement est inspiré de  l’apparence de Shuri dans les bandes dessinées, plutôt que par celle du film.

« J’étais déjà fan de Naruto, et je voyais plein de gens habillés en personnages de la série, révèle-t-elle en riant. J’ai décidé que j’y participerais l’année suivante. »

Son histoire ressemble à celle de Fleurène Polynice, une résidente de Montréal-Nord. Également enseignante à la CSPI, elle a même déjà remporté des prix pour ses costumes. « Mes collègues trouvent ça cool et impressionnant. Chaque jour, je leur en apprends un peu plus sur cet univers, et certains amènent même leurs enfants à des événements auxquels je participe. »

Cette dernière a pu également participer au Mini-Comiccon, qui avait lieu au cours de la fin de semaine au Palais des congrès de Montréal. Cet événement dédié au monde de la culture geek attire son lot de jeunes adultes qui débordent de créativité afin de créer des costumes en hommage à leur personnage préféré.

« Marcher avec d’autres fans, voir les regards émerveillés des enfants et de leurs parents, c’est vraiment une expérience inoubliable et unique », s’enthousiasme Joseph Victorin, assistant gérant du cinéma Ciné Starz Langelier.

Étudiante à l’Université de Montréal, c’est lors de son secondaire à l’école Marguerite-De Lajemmerais que Taheena Boicel a plongée dans cet univers. « J’aimais déjà les mangas, et j’avais rencontré des filles qui avaient la même passion que moi, mais qui se déguisaient déjà. »

Petit lexique « geek »

Geek : Une personne passionnée par les cultures de l’imaginaire, qu’elles soient issues du cinéma, des bandes dessinées, ou de jeux vidéo.

Manga :Un type de bande dessinée japonaise.

Anime : La version télévisée, en dessins animés, des mangas.

Comics : Le nom donné aux bandes dessinées états-uniennes, souvent basées sur des superhéros.

Comiccon : Un festival dédié aux admirateurs de comics, dans lequel les participants peuvent se costumer pour représenter leur personnage préféré.

Otakuthon : Sembable au Comiccon, mais plus spécifiquement dédié à l’univers des mangas.

Au service des autres

Joseph représente Jiraya, un personnage tiré de l’univers de Naruto

En plus de se déguiser lors des grands rassemblements, Fleurène et Joseph participent à plusieurs événements afin de redonner un peu de joie aux plus jeunes, étant allé notamment à l’hôpital Sainte-Justine. Plus récemment, Fleurène participait à une collecte de fonds ayant pour but de s’assurer que les enfants les plus pauvres puissent avoir des cadeaux de Noël.

« Je le fais pour moi, pour le plaisir, mais aussi pour les enfants, souligne Joseph. Je veux pouvoir les faire rire et amener du bonheur dans leur journée. Ça fait du bien de les voir sourire. On a de la chance de pouvoir le faire. » Il explique que le recrutement s’effectue habituellement par le biais de Facebook.

Fleurène ajoute remarquer un certain soulagement de la part des parents. « On veut aussi leur rappeler que ce qu’ils font est bien. Parfois, ils sont vraiment émus par notre présence et semblent même plus heureux que les enfants », remarque-t-elle.

Une culture plus inclusive

« Au début, je ne savais pas qu’il y avait des filles noires comme moi qui trippaient sur les trucs « geek », confie Fleurène.

Fleurène et Joseph ont récemment été invité au Festi-Comic de la CSPI, qui se déroulait à l’école Secondaire de la Pointe-Aux-Trembles.

Elle remarque qu’internet a permis la diffusion de mangas et d’animés qui étaient autrefois difficilement accessibles. Le succès des films de Marvel, et au premier plan celui des Avengers a également permis de populariser la culture populaire. « J’ai vu un renouveau au début des années 2010, ajoute Joseph. Avec les réseaux sociaux, on voit qu’on n’est pas les seuls à vivre cette passion. »

Taheena croit également que les conventions ont eu un rôle à jouer dans cette plus grande visibilité. « Les festivals incitent davantage les gens à venir en famille, avec leurs enfants. En faisant ça, je crois que ça a aussi mené à une plus grande diversité. »

Gérant également un groupe s’adressant aux « geek noirs », Ridley remarque aussi cette plus grande diversité dans les conventions, mais ajoute un bémol. « Il y a encore une fermeture de certains magazines spécialisés en cosplay à ce sujet, se désole-t-elle. Même si une personne n’a pas la même nationalité que le personnage qu’elle représente, c’est l’attention portée aux détails du costume qui devrait compter. »

Néanmoins, ils s’enthousiasment tous de voir tomber peu à peu ces barrières à l’inclusion.


Confectionner son costume

Pour créer ses armes et armures, Taheena utilise de la mousse de rembourrage (foam), qu’elle tire de tapis d’entraînement. « La première étape est de faire un croquis, morceau par morceau. J’utilise ensuite un outil qui permet d’arrondir le foam pour lui donner sa forme. Par la suite, je peux mettre de la colle chaude pour assembler les morceaux. »

Pour sa part, Fleurène travaille surtout à base de textile. Elle a une salle dédiée à sa passion dans laquelle se retrouvent tissus et machine à coudre. Elle possède au total une vingtaine de costumes.

Les deux femmes expliquent utiliser des matériaux moins chers afin de diminuer les coûts, quitte à ce que leurs costumes soient plus fragiles. Cela, dans un contexte où certains fanatiques peuvent dépenser des milliers de dollars pour concevoir le leur.