Culture
03:30 23 janvier 2020 | mise à jour le: 22 janvier 2020 à 19:39 temps de lecture: 3 minutes

«Nin e Tepueian»: L’ascension d’une voix

«Nin e Tepueian»: L’ascension d’une voix
Photo: Les Films du 3 Mars/Collaboration spéciale«Nin e Tepueian – Mon cri» prend l’affiche ce vendredi.

Le documentaire Nin e Tepueian – Mon cri témoigne de l’évolution de l’artiste innue Natasha Kanapé Fontaine, que le Québécois Santiago Bertolino a suivie pendant deux ans.

De la crise étudiante de 2012 (Carré rouge sur fond noir) au travail de reporter au Moyen-Orient (Un journaliste au front), Santiago Bertolino aime braquer sa caméra sur des individus engagés qui représentent différents enjeux de société.

«J’avais envie cette fois de parler de l’éveil autochtone, déclare le cinéaste, rencontré à la Cinémathèque québécoise. Natasha est devenue l’image de la conciliation spontanée du peuple. J’ai eu l’idée de la filmer, mais ça lui a pris une année avant de me dire oui.»

C’est arrivé en 2017, pendant les répétitions de la pièce de théâtre Muliats. Le réalisateur l’a ensuite suivie un peu partout, dans des séances de dédicace de ses livres et des ateliers d’écriture, mais également lors d’une marche commémorative en hommage aux femmes et aux filles autochtones assassinées et disparues.

L’artiste étant à la fois poétesse, comédienne et militante, le long métrage crée un fil d’Ariane entre ces différentes identités, s’attardant principalement à son discours (notamment sur l’importance de la langue et les blessures de la colonisation) afin de tendre la main aux autres et de susciter une conversation entre autochtones et non-autochtones.

«Je suis très intuitif au montage. Je construis un peu le film comme si je faisais une structure de glaise.» Santiago Bertolino, réalisateur

«Il n’y a pas de narration et d’explication dans le film: les gens sont confrontés à la parole de Natasha, éclaire le cinéaste, adepte de cinéma direct. Je voulais qu’ils écoutent et qu’ils se questionnent en même temps. C’est un peu un cours 101 sur la question autochtone. Natasha essaie de brosser un portrait global de la pensée autochtone d’aujourd’hui, de donner des outils aux Blancs pour comprendre cette pensée. Et mon film fait la même chose.»

Presque continuellement en mouvement, le documentaire prend la forme d’un road trip où la route et le voyage permettent de mieux cerner l’âme et le territoire. De Montréal à Kuujjuaq, en passant par les États-Unis, Haïti et la Slovénie, l’énergie de Natasha s’avère communicative. Ses poèmes ponctuent le récit.

Bien qu’il soit assez court, Nin e Tepueian – Mon cri laisse le temps agir. Celui qui libère et transforme.

«Comme je voulais parler de la réconciliation qui s’amorce, je souhaitais montrer un personnage un peu à ses débuts et filmer son ascension, résume Santiago Bertolino. Natasha était déjà beaucoup passée dans les médias, mais on ne la connaissait pas encore. Elle est encore un peu naïve, mais après deux ans, tu sens qu’elle est devenue plus mûre. Le discours qu’elle tient au début du film est plus émotif, et celui à la fin est plus affirmé. On voit son évolution.»

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