Culture
05:57 23 septembre 2020 | mise à jour le: 23 septembre 2020 à 09:15 temps de lecture: 6 minutes

«La déesse des mouches à feu»: L’adolescence à fleur de peau

«La déesse des mouches à feu»: L’adolescence à fleur de peau
Photo: Entract FilmsLa jeune actrice Kelly Dépeault est magnétique dans le rôle de Catherine.

Dans l’adaptation fort attendue au grand écran du roman La déesse des mouches à feu, de Geneviève Pettersen, Anaïs Barbeau-Lavalette transmet avec fougue, vigueur et intensité le vertige de l’adolescence.

«C’était vrai, pur et fort», résume la jeune actrice Kelly Dépeault, qui interprète avec puissance et un magnétisme saisissant la chute et l’envol de Catherine.

En entrevue, la comédienne emploie ces trois qualificatifs pour décrire son expérience de tournage. Mais ils s’appliquent tout aussi parfaitement au film dont elle tient la vedette.

La déesse des mouches à feu s’ouvre sur le matin des 16 ans de Catherine. Si les cadeaux de Maman et Papa lui font grand plaisir, leurs engueulades de plus en plus fréquentes et tendues la laissent amère. Bref, son sweet 16 est loin d’être sweet.

C’est dans ce contexte qu’elle vivra ses premières expériences amoureuses, sexuelles et psychotropes.

«Du point de vue du spectateur, on peut avoir l’impression d’assister à une chute, on peut avoir peur pour elle, avance Anaïs Barbeau-Lavalette. Alors que de l’intérieur – ça, ça résonnait fort chez moi et je pense que ça résonne chez tous ceux qui ont vécu une adolescence un peu fulgurante – elle le vit comme un envol. Il y a quelque chose qui se déploie, qui s’ouvre. Tous ces premiers pas sont vraiment bouleversants! C’est très beau ce paradoxe.»

La cinéaste reconnue pour sa sensibilité, son humanité et son audace était tout indiquée pour transposer au grand écran le récit vertigineux de Geneviève Petterson, paru au Quartanier en 2014.

Pourtant, selon l’artiste multidisciplinaire qui est aussi documentariste et écrivaine, La déesse des mouches à feu «n’est pas un livre particulièrement cinématographique».

Ce qui l’a d’abord interpellée dans ce roman écrit au «je» est «l’authenticité de la voix» de la narratrice. «C’est très frontal comme regard. C’est brutal et sensuel en même temps.»

«Une pulsion vivante»

Pour transposer à l’écran les émotions fortes de la protagoniste, Anaïs Barbeau-Lavalette a choisi de montrer l’adolescence dans tout ce qu’elle a de plus effréné, sans filtre ni censure.

«Je me suis dit: “Je ne peux protéger personne en faisant ce film”. Il y a quelque chose de très frontal dans l’adolescence, une pulsation vivante que je voulais garder. C’est pourquoi la caméra se greffe aux acteurs.»

Particulièrement à Kelly Dépeault, qui porte le film sur ses épaules. Tout au long du tournage, la réalisatrice a «collé» sa caméra sur son personnage, sans jamais porter de jugement sur ses faits et gestes.

«Kelly et moi on était en vraie symbiose. C’était important qu’on soit ploguées, ploguées, ploguées, parce que je voulais qu’elle soit bien tout le temps», ajoute la cinéaste.

L’actrice, qui avait l’âge que son personnage au moment du tournage, a puisé dans ses expériences personnelles pour incarner tout en nuances cette jeune écorchée vive.

«Après avoir lu le livre, j’ai compris les deuils et les douleurs qu’elle portait, dit-elle au sujet de Catherine. J’avais des douleurs similaires dans mon vécu. Je la comprenais, donc j’ai été capable de la jouer.»

Son interprétation ensorcelante fait en sorte qu’on s’attache énormément à Catherine. «Joué par quelqu’un d’autre, ça aurait pu ne pas être le cas, soulève Anaïs Barbeau-Lavalette. Mais même si elle dépasse les limites et qu’on se dit: “Ouch, elle va loin!”, on n’a pas le goût de la lâcher.»

La réalisatrice s’enthousiasme lorsqu’on lui demande ce qui la fascine dans l’adolescence, un âge riche qu’elle n’avait pas encore exploré en fiction. «C’est un âge de vertiges multiples. Il n’y a aucune période dans la vie où tu es autant sur le bord d’un précipice.»

«Ces personnages, je les aimais parce que je les lisais vivant. J’avais envie de les mettre en scène avec la même vivacité.» -Anaïs Barbeau-Lavalette

Tourner La déesse des mouches à feu lui a permis de replonger dans sa propre jeunesse. «Cet âge m’évoque tous les dangers frôlés desquels tu n’es pas conscient au  moment où tu les vis. Avec le recul, je me rends compte de tous les risques que j’ai pris avec un certain plaisir et beaucoup de naïveté», souligne-t-elle.

Un tournage bienveillant

La déesse des mouches à feu est un film brut qui rappelle par moment le cinéma de Larry Clark par ses scènes dures de sexualité et de consommation.

Au tournage, rien n’a été laissé au hasard. «On a chorégraphié les scènes de sexe au centimètre près, explique Anaïs Barbeau-Lavalette. C’était super important que rien ne soit laissé aux acteurs.»

La cinéaste s’est assurée du bien-être de son équipe tout au long du processus de création. Avant le tournage, elle a organisé des retraites à la campagne avec les comédiens afin qu’ils apprennent à se connaître. «On a travaillé beaucoup en impro pour qu’on se soude, qu’on s’aime fort, fort!» résume-t-elle.

La complicité entre les comédiens était palpable lors de notre rencontre. Caroline Néron et Normand D’Amour, qui interprètent les parents de Catherine, ont développé un lien fort avec sa jeune interprète.

«Je me suis sentie maternelle avec Kelly. Elle venait coucher chez nous des fois!» confie tout sourire l’actrice qui crève l’écran dans ce rôle qui marque son retour au jeu après 12 ans en affaires.

Normand D’Amour parle carrément de la jeune comédienne comme de sa «deuxième fille». «Ça me touches tellement!» lui répond celle-ci, les yeux remplis d’eau.

Les trois acteurs sont unanimes: travailler avec Anaïs Barbeau-Lavalette a été «un cadeau» pour eux. «On a envie de s’abandonner pour des gens comme ça. On sent tout le respect qu’elle a envers les artistes et son équipe. C’était une expérience extraordinaire», soutient Caroline Néron.

«Anaïs est une capitaine de bateau incroyable, renchérit son collègue masculin qui incarne avec le brio qu’on lui connait un père aimant, mais terriblement maladroit. C’est le genre de personne qui vient te donner un câlin après une scène. C’est la première fois que ça m’arrivait, et ça fait 36 ans que je fais ce métier!»


La déesse des mouches à feu

À l’affiche ce vendredi

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