Culture
06:30 29 octobre 2020 | mise à jour le: 29 octobre 2020 à 08:20 temps de lecture: 5 minutes

Le talent montréalais en art de rue à l’honneur dans le jeu «Watch Dogs: Legion»

Le talent montréalais en art de rue à l’honneur dans le jeu «Watch Dogs: Legion»
Photo: UbisoftUne image du jeu «Watch Dogs: Legion»

Pour recréer l’âme visuelle de Londres dans le très attendu jeu vidéo Watch Dogs: Legion, le studio international Ubisoft a fait appel à l’artiste montréalais Nick Fortin à titre de directeur créatif adjoint du projet.

Dans ce troisième volet de la série Watch Dogs, le joueur est transporté à Londres dans un futur rapproché et dystopique. Il doit y former une résistance afin de lutter contre le système oppressif mis en place par un régime paramilitaire.

L’artiste de rue montréalais, connu notamment pour la murale Montréal au coin des rues Bellechasse et Christophe-Colomb, dans La Petite-Patrie, était déjà familier avec l’univers de Watch Dogs, puisqu’il a aussi assuré la direction artistique de Watch Dogs 2, dont l’action se déroulait à San Francisco.

Pour le troisième volet de ce jeu d’envergure – une des franchises les plus populaires d’Ubisoft – Nick Fortin a eu la mission de recréer le décor urbain de Londres, notamment son art de rue (graffitis et murales) et son affichage (devantures de magasins, vitrines, publicités).

Comment vous y êtes-vous pris pour concevoir la trame visuelle de cet univers dystopique?

Le premier défi qu’il fallait adresser était de bien cerner Londres et sa culture. J’ai eu la chance d’aller directement sur place pour faire de la recherche. J’y suis allé une première fois pour l’affichage, puis une deuxième fois pour le volet art de rue. À ce moment, j’ai eu la chance de rencontrer des piliers du street art, des incontournables du milieu et des gros joueurs internationaux, comme Ben Eine et D*Face, ainsi que plusieurs autres vedettes locales du graffiti. De parler avec eux a été très révélateur. Ils m’ont vraiment aidé à cerner les différentes saveurs des quartiers, les styles, les couleurs utilisées, les placements… Bref, tout ce qui rend Londres unique.

Justement, en quoi l’art de rue londonien se distingue-t-il de celui de Montréal?

Je dirais qu’à Londres, le graffiti a une saveur un peu plus agressive. C’est très axé sur les classes sociales, les revendications, le besoin d’avoir une parole et de crier haut et fort son mécontentement face à certaines injustices sociales. L’exemple le plus connu est Banksy, un artiste très revendicateur qui aborde des sujets sociaux sensibles dans ses œuvres. On sent beaucoup son influence, autant dans les graffitis de vandalisme que dans le choix des couleurs, des styles, des médiums… C’est très présent dans la signature londonienne.

«Le style revendicateur de l’art de rue londonien allait très bien avec la fantaisie dystopienne de notre jeu.» -Nick Fortin, directeur créatif adjoint du jeu Watch Dogs: Legion

Ceci étant dit, Londres est aujourd’hui très éclectique au niveau de l’art de rue, comme toutes les grandes villes dans le monde. Les beaux-arts plus décoratifs, comme des murales commandées, y sont très populaires.

Créer l’univers visuel d’un jeu vidéo demande sans doute énormément de travail. Combien de temps avez-vous consacré à ce projet?

On a travaillé cinq ans sur ce projet et on était quatre pour ce faire. On a formé une équipe entièrement dédiée à l’affichage et à l’art de rue, ce qui est une première chez Ubisoft et peut-être même dans l’industrie du jeu vidéo. En plus de moi à la direction artistique, on a réussi à trouver trois artistes montréalais qui ont un double profil, soit une formation comme designers graphiques et une passion pour le graffiti et l’art de rue. Il s’agit de Maxime Bourgeois, Antonin Brault et Filipe Aguiar. C’est une chance unique qu’on a eue. C’est un dream team!

Notre travail a porté fruit, car on voit clairement le résultat dans le jeu. Ça a un gros impact sur l’authenticité de la reproduction de Londres dans notre monde. En plus de produire toutes les œuvres, il fallait les intégrer dans le jeu, les placer à des endroits particuliers de la ville comme des ruelles, des murs, des quartiers… Il y a des petits détails et de petites attentions que vont remarquer les connaisseurs en graffiti et en street art.

Qu’est-ce que le travail en jeu vidéo vous permet d’accomplir par rapport à d’autres formats d’arts visuels comme la murale ou le design graphique?

Lorsqu’on crée des murales, c’est toujours agréable de sentir la matière, d’y toucher. Par contre, même s’il y a beaucoup de préparation dans la réalisation d’une murale – il y a beaucoup d’esquisses, d’essais et d’exploration avant de se lancer et de peinturer –, une fois qu’on est face au mur, on a une seule chance. L’avantage dans le jeu vidéo est qu’on travaille à l’ordinateur, ce qui nous permet de faire plusieurs opérations rapidement, d’atteindre ce qu’on cherche et de vraiment frapper dans le mille.


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