Culture
22:43 1 novembre 2020 | mise à jour le: 2 novembre 2020 à 07:26 temps de lecture: 7 minutes

Gala de l’Adisq: «L’Amérique pleure», mais pas Les Cowboys Fringants

Gala de l’Adisq: «L’Amérique pleure», mais pas Les Cowboys Fringants
Photo: Eric Myre/Collaboration spécialeL'animateur du Gala de l'Adisq Louis-José Houde devant une photo d'Émile Bilodeau, sacré interprète masculin de l'année.

Les Cowboys Fringants ont de quoi se réjouir: avec leur récolte de cinq Félix, ils sont les grands gagnants du 42e Gala de l’Adisq qu’a animé de main de maître Louis-José Houde dimanche soir.

En plus des trois trophées raflés lors du Premier Gala mercredi dernier – Meilleur vendeur, Album rock et Vidéo de l’année –, la populaire formation a été sacrée Groupe de l’année.

Elle a également remporté le prestigieux prix de la Chanson de l’année pour son succès L’Amérique pleure, tiré de son album Les Antipodes, chanson qui a par ailleurs ouvert le gala avec une performance préenregistrée au stade Percival-Molson.

Chanson de circonstance, alors que la province est encore sous le choc de la tragédie survenue samedi soir à Québec, que la pandémie de COVID-19 continue de faire des ravages et qu’une élection cruciale approche à grands pas aux États-Unis.

«Ça fait 15 ans qu’on fait de la musique. C’est vraiment un grand honneur de rentrer dans vos cœurs et dans vos chaumières avec nos chansons», a déclaré Jean-François Pauzé en récoltant leur premier trophée.

Louis-José Houde en pleine forme

Louis-José Houde avait la lourde tâche de divertir ses convives réunis à saine distance les uns des autres dans les studios 42 et 43 de Radio-Canada, ainsi que le public à la maison. C’est mission accomplie haut la main pour l’humoriste qui a animé cette soirée avec esprit et entrain, comme il le fait si bien depuis 15 ans, malgré les circonstances hors du commun.

Dans son monologue d’ouverture, il a d’emblée fait allusion à la vague de dénonciation qui a frappé le milieu de la musique en juillet. Rappelons que divers artistes, dont Bernard Adamus, Alex Nevsky, Yann Perreau et Kevin Parent ont été accusés d’inconduites sexuelles.

«Qui qui reste? Ceux qui ne sont pas en prison, faites du bruit! a-t-il lancé en force d’entrée de jeu. L’an dernier je vous disais de ne pas vous rentrer de Félix dans la bouche… Cette année, par où commencer?»

«C’est l’année des psychologues. T’arrives dans la salle d’attente, ça a l’air d’un Gala de l’Adisq il y a cinq ans.» -Louis-José Houde

L’humoriste a bien sûr aussi blagué au sujet de la pandémie qui touche durement le milieu culturel. «Je suis vraiment content d’animer, parce que c’est la première fois que j’ai vraiment besoin de cet argent-là», a-t-il lancé.

À ce sujet, LJH a offert un savoureux numéro dans lequel il a proposé de nouveaux métiers aux artistes qui ne peuvent plus donner de spectacle. Notre préféré: «Mario Pelchat serait propriétaire de salon funéraire. Des fois, il chanterait à côté du cercueil et on ne saurait pas si c’est approprié.»

Autre moment irrésistible: son sketch cigare et scotch avec Arianne Moffat au piano. Comme l’an dernier, la paire nous a décroché la mâchoire dans ce segment aussi absurde qu’attachant. On prendrait un spectacle entier de ce duo improbable.

Des performances lumineuses

La musique adoucit les mœurs et on a reçu une bonne dose lors du gala, à commencer par les lumineuses performances d’ouvertures préenregistrées dans des lieux emblématiques de Montréal, comme le sommet de la Place-Ville-Marie et la jetée Alexandra dans le Vieux-Montréal.

Les rappeurs KNLO (gagnant de l’Album rap de l’année) et Naya Ali s’y sont particulièrement démarqués.

Parmi les performances variées présentées en direct, on retient la superbe chanson électro-pop Tiens-moi mon cœur de Marie-Pierre Arthur, adressée à son fils qui, justement, dansait à ses côtés sur scène.

Une aura de mystère planait lors du très beau medley qu’ont offert Anachnid, Flore Laurentienne et Matt Holubowski, qui ont joué les morceaux Lune, Fleuve, Moon Rising et America.

Isabelle Boulay et Pierre Lapointe ont quant à eux livré un hommage senti en interprétant avec cœur les chansons de trois grandes voix désormais éteintes: Pauline Julien, Monique Leyrac et Renée Claude.

Cormier, Stréliski et Bilodeau récompensés

Ce 42e Gala de l’Adisq pas comme les autres a également récompensé Louis-Jean Cormier – ou Jean-Louis Cormier comme l’a rebaptisé Robert Charlebois – et son album Quand la nuit tombe. L’artiste est reparti avec la prestigieuse récompense d’Auteur-compositeur de l’année, en plus du trophée de l’album Adulte contemporain de l’année.

Après avoir remercié sa conjointe et muse Rebecca Makonnen la première fois, il a parlé de la magie d’écrire une chanson, puis a salué les citoyens ébranlés par le drame de la Ville de Québec. «Courage, on est avec vous.»

Alexandra Stréliski et Émile Bilodeau se sont quant à eux démarqués à titre d’interprètes de l’année. La pianiste qui avait tout raflé l’an dernier pour son album Inscape a également reçu le Félix de l’artiste ayant le plus rayonné hors du Québec.

«Merci de me rappeler que j’interprète de la musique et pas juste des nuances de pain au levain et de sauce à spaghetti, a-t-elle blagué, avant de reprendre sur un ton plus sérieux: Je pense qu’on a besoin de douceur, particulièrement ce moment en pandémie; je me fais la mission d’en donner un peu.»

Émile Bilodeau a remercié un tas de gens, dont  ses grands-mamans qu’il a hâte de prendre dans ses bras, son réalisateur, ami et mentor Philippe B de même que son frère qui l’accompagnait. «Vive le Québec libre!» a-t-il déclaré en guise de conclusion.

L’auteure-compositrice-interprète inuk Elisapie s’est quant à elle méritée le trophée d’Artiste autochtone de l’année, remis pour la deuxième fois depuis sa création l’an dernier. Elle a abordé un sujet incontournable au Québec, soit le racisme systémique. «C’est vraiment important ce qui se passe en ce moment», a-t-elle dit en rappelant la mort effroyable de Joyce Echaquan.

Robert Charlebois a de son côté lancé une pique aux anti-masques en recevant le trophée du Spectacle de l’année. Il a rappelé à ces «joyeux imbéciles» que porter un masque est un «geste d’amour» et non un «geste politique».

Seule déception de ce Gala de L’Adisq: l’absence de Jean Leloup, qui a remporté le Félix de l’Album folk de l’année. Il nous semble qu’un de ses uniques discours de remerciement aurait été la cerise sur le sundae de cette très chouette soirée.


Le, la et les gagnants sont…

Auteur ou compositeur de l’année : Louis-Jean Cormier 

Chanson de l’année : L’Amérique pleure des Cowboys Fringants

Interprète féminine de l’année : Alexandra Stréliski

Interprète masculin de l’année : Émile Bilodeau

Groupe ou duo de l’année : Les Cowboys Fringants

Album de l’année – Adulte contemporain : Quand la nuit tombe de Louis-Jean Cormier

Album de l’année – Folk : L’étrange pays de Jean Leloup

Album de l’année – Pop : Rien ne se perd de Marc Dupré

Album de l’année – Rap : Sainte-Foy de KNLO

Révélation de l’année: Eli Rose

Artiste autochtone de l’année : Elisapie

Spectacle de l’année – Auteur-compositeur-interprète : Robert en CharleboisScope de Robert Charlebois

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