Culture

Manu Militari sans détour

Manu Militari sans détour
Photo: Denis Beaumont/Métro

Le rappeur Manu Militari débarque au Club Soda samedi soir en tant qu’une des têtes d’affiche du Festival hip-hop de Montréal. S’il n’en tenait qu’à lui, toutefois, il y a longtemps que Manu Militari se serait affranchi de la scène hip-hop. Fouler les planches d’un événement mettant en vedette des grosses pointures du rap local (Koriass, Ruffneck, Dirty Taz, etc.) le laisse indifférent; Manu refuse d’être comparé ou associé à ses confrères. «Ce qui m’excite, c’est moi, ce que moi je fais. Si mes trucs vont bien, je suis content. J’en ai rien à foutre de jouer avec un tel ou avec un autre, concède-t-il sans détour. Je regarde vers le haut, pas vers le bas.»

Dans un milieu où, selon Manu, trop d’artistes se définissent par rapport à la carrière des autres, ce dernier fait cavalier seul. Par exemple, on ne trouve que lui, ou presque, sur ses albums, contrairement à une certaine culture des featurings qui, souvent, noie les disques rap dans un océan de collaborations parfois douteuses. «Il y a zéro artiste dans le monde qui me fait triper au point de dire : lui va amener quelque chose d’autre à mes chansons. Ce n’est pas être imbu de moi-même. Ce que j’ai envie de faire, c’est moi», explique le chanteur de 33 ans qui a récolté, en 2010, le Félix de l’album hip-hop de l’année au Québec pour Crime d’honneur.

Malgré la récompense de l’ADISQ (où il s’est livré à une charge vitriolique contre l’industrie de la musique), n’allez pas faire de Manu Militari une figure de proue du hip-hop. Au fil de son entretien avec Métro, le rappeur évoque plutôt des envies de s’effacer derrière son œuvre. «Je ne fais pas de la musique pour être connu. J’aimerais mieux être nowhere, avec mon argent bien tranquille, le gars que personne ne connaît et que personne ne vient déranger», illustre-t-il.

[pullquote]

L’écriture pour d’autres artistes et l’abandon du milieu du rap pour un autre genre musical sont autant de portes que l’artiste laisse entrouvertes sur son avenir. Cependant, c’est à l’élaboration de son quatrième album que se consacre actuellement Manu Militari. La tournée de 17 spectacles qui a suivi la parution de Marée humaine, en septembre 2012, ne l’a pas empêché de travailler à du nouveau matériel. «Sur le plan musical, c’est un peu plus long, mais j’ai plein de chansons d’écrites. Si je voulais toujours faire la même chose, ce serait facile, mais je ne veux pas céder à cette tentation. J’ai envie de faire un album de malade», résume-t-il.

Et malgré la controverse de l’été dernier entourant la pièce L’attente, Manu Militari assure qu’il n’adoucira pas sa plume et ses prises de position tranchées. Le clip de L’attente avait fait le tour de l’actualité pour sa représentation d’Afghans qui tendent une embuscade à un convoi de militaires canadiens. L’histoire avait eu des échos jusque dans la classe politique à Ottawa. Manu avait finalement retiré la chanson de l’album Marée humaine. «Que des militaires se soient sentis blessés, c’est une chose, mais je n’ai pas l’impression d’avoir causé de tort à qui que ce soit, confie le chanteur. J’ai dit des choses mille fois pires sur l’album Voix de fait. Pour prendre le texte de L’attente et me faire dire que je déteste le Canada, il faut soit avoir deux de quotient, soit faire exprès pour ne rien comprendre.»

«C’est comme pour le printemps érable, poursuit Manu sur sa lancée. Des gens qui manifestent pour absolument rien comme des bébés gâtés la couche pleine… Pour moi, il y a des enjeux beaucoup plus importants. Ça m’a pris du temps avant de dire ça, parce que les trois quarts de mon public ont été dans ce mouvement. Mais j’assume ce que je dis.»

Tout compte fait, il en va des fans comme de la scène musicale pour Manu Militari : il n’a de comptes à rendre à personne, et personne n’a à être d’accord avec lui. «Tant pis si certaines personnes ne me comprennent pas.»


Manu Militari au Festival hip-hop de Montréal
Au Club Soda
Samedi à 20 h