Plus sunny (Duval) que jamais
Sur la terrasse inondée de soleil de l’Espace Public, dans le quartier Hochelaga, où il est DJ à ses heures, Sunny Duval arbore fièrement ses lunettes fumées, plus sunny que jamais. À l’approche de l’automne, l’ex-Breastfeeders surfe sur la vague de son dernier album solo, Amour d’amour, qui hérite du côté soul et blues de la Louisiane que, justement, il aime d’amour.
C’est en 2008 que Sunny Duval a le coup de foudre pour la Louisiane, alors qu’il est invité au Festival International à Lafayette en tant que guitariste du groupe rock garage les Breastfeeders. Depuis, il file le parfait amour avec sa «deuxième maison», particulièrement avec les villes de Lafayette, située en plein pays cajun, et de La Nouvelle-Orléans. «C’est le berceau du jazz, de la plupart des musiques afro-américaines et du funk aussi, explique celui qui, depuis, se rend en Louisiane deux fois par année. Il y a eu beaucoup de rhythm and blues dans les années 1950-1960, et moi c’est surtout ça qui m’a influencé.»
Pour ce troisième album solo, qu’il a enregistré entre Montréal et la Louisiane, Sunny arrive avec de nouvelles collaborations proposant une rencontre entre ses influences garage rock et country de Montréal et celles issues de sa douce contrée d’adoption. «Je suis allé chercher des gens du pays cajun pour les faire jouer avec des gens de La Nouvelle-Orléans qui donnent plus dans le rhythm and blues et, évidemment, ça a créé un nouveau mélange», ajoute-t-il.
C’est le cas de Mark Hébert, bassiste originaire de la Louisiane qui fait maintenant officiellement partie du groupe. Des musiciens montréalais ont également joint la meute, notamment Mara Tremblay et plusieurs collaborateurs comme Antoine Gratton. «C’était la première fois que j’allais en Louisiane avec mon groupe de Montréal, explique Sunny Duval, qui y allait avant tout pour voir ses amis. C’est pour ça que, sur le disque, il y a comme une progression entre l’ancien et le nouveau groupe, continue-t-il. Les musiciens montréalais qui ont collaboré au disque, ce sont ceux qui ont fait la tournée avec moi jusqu’à l’an passé.»
Amour d’amour regroupe des mélodies dansantes toujours teintées de rock et de country couplées à des sonorités cuivrées, un mélange qu’il se plaît à appeler le soul n’roll. Les paroles sont guidées par une prédominance de chœurs, qui, à la différence de son précédent album, sont surtout formés de voix féminines. «J’aime ça chanter, et même si ça fait longtemps que je fais de la musique et que je joue de plusieurs instruments, je n’aime pas quand il y a de trop longs bouts instrumentaux, expose-t-il. Quand je vais voir un spectacle, j’aime moins voir des musiciens tripper entre eux. C’est intéressant, nuance-t-il, mais je préfère quand il y a une interaction avec le public.»
En plein milieu d’une phrase, le musicien est pris d’un fou rire alors que le vent dévoile la culotte d’une jeune fille qui passe à vélo. «Quel quartier formidable», s’esclaffe-t-il avant de poursuivre la discussion. Certaines collaborations auront été le fruit d’un heureux hasard, dit celui qui n’aime pas trop planifier à l’avance dans sa création. Il donne l’exemple du duo de chanteuses anglophones Emma Young et Kellie Jones-Savoy, dont les voix et l’accent l’ont complètement séduit. En allant dans un bar en avril dernier avec des amis de Lafayette, il les entend sur scène et décide tout de go qu’il veut les avoir sur son album…et en français. «Elles étaient gênées au départ, puisqu’elles ne parlent pas français, concède-t-il, mais j’aime vraiment les sonorités que ça a données.»
S’il roule depuis les années 1990, le Sunny national dit toujours créer dans la spontanéité et, surtout, ne jamais fermer la porte à l’inspiration. Pour Amour d’amour, jusqu’au dernier moment il a modifié des lignes, réarrangé certains passages. Le morceau Maintenant a d’ailleurs été ajouté à la toute fin, en juillet, mentionne l’artiste. L’inspiration le gagne à l’improviste et parfois même dans son sommeil. Guitariste, pianiste, bassiste, batteur et chanteur, Sunny Duval peut être pris d’inspiration de bien des façons. «Je me réveille et j’ai des mélodies qui me trottent dans la tête. Je les note et les enregistre sur un dictaphone», indique-t-il, prouvant ainsi que la nuit porte conseil. Amour d’amour s’est ainsi bâti, en pièces détachées, avec des riffs ponctuant un rêve, des voix qui l’ont interpellé, entre une ride de char et une bière dans un bar, entre un beat testé à l’Espace Public et un blues qui ressurgit comme un souvenir.
Sur les planches depuis 1986, Sunny carbure à l’hyperactivité musicale. Ces dernières années, il a multiplié les projets. Au sein des Breastfeeders, mais aussi aux côtés de Fred Fortin, des Cowboy Fringants ou de Féroce FETA à ses débuts. Aujourd’hui il fait cavalier seul, mais on pourrait croire le contraire en considérant la longue liste de collaborateurs sur Amour d’amour. «Je ne serais pas capable de me consacrer à un seul projet à la fois, à part si c’est vraiment quelque chose de nourrissant artistiquement», lance-t-il, avant de constater que c’est un peu ce qui se passe actuellement, alors que son projet solo l’occupe pleinement. Quoi qu’il en soit, il se réjouit du résultat : «Je considère que c’est le meilleur album que j’ai fait jusqu’à maintenant dans ce style-là.»
Vétéran de la scène underground montréalaise, Sunny Duval a la possibilité de se réinventer de projet en projet. «Je dirais que, dans un sens, j’ai eu la chance de ne jamais être complètement populaire ou d’avoir eu un hit radio. Chaque fois que je sors un disque, le monde ne connaît pas nécessairement mes vieilles chansons», résume-t-il. Il se réjouit d’une certaine façon de ne jamais avoir été vraiment «dans le vent», car cela lui a évité d’être condamné à rejouer ses vieux succès. Dans le vent ou pas, Sunny Duval repart très bientôt pour la Louisiane avec toute sa meute pour prendre part au festival The Black Pot.
Son parcours en trois temps
Arrivé sur la scène montréalaise en 1991, François Duval, alias Sunny, a vu la scène musicale évoluer. D’abord, les salles pour se produire se sont multipliées, de même que les festivals. Dans l’évolution de la scène émergente montréalaise, il note trois vagues. D’abord, celle des artistes qui se faisaient notamment connaître par la voie du concours L’empire des futures stars. «À ce moment-là, j’habitais encore à Trois-Rivières. J’étais fasciné parce que c’était l’époque où Jean Leloup commençait à devenir une légende, ni plus ni moins. En même temps il y avait les Frères à ch’val et Les Colocs.» Ensuite, ce fut la vague rock garage, alors qu’il a commencé à jouer avec les Brestfeeders. «Après ç’a été la vague indie-rock et je pense que c’est à ce moment-là que j’ai décroché!» lance Sunny Duval en riant mais qu’importe, sa vague à lui, c’est le soul n’roll.
- Cinq raisons pour lesquelles Sunny aime la Louisiane
L’histoire
L’histoire du sud de la Louisiane est intimement liée à celle des États-Unis, et surtout à l’histoire musicale mondiale (berceau du jazz, du rhythm and blues, du funk).
L’architecture
À La Nouvelle-Orléans comme telle, il y a un mélange espagnol, français, créole, etc.
La faune et la flore
Tellement d’espèces d’oiseaux. Et les plantes! Oranges, pacanes, magnolias…
La culture immense
Que ce soit en musique et, en gastronomie, il y a des mélanges très divers dus aux diverses vagues d’occupation et d’immigration.
Les gens
De façon générale, ils sont très sympathiques, toujours prêts à fêter, à danser, à célébrer! Et à manger!
Lancement d’Amour d’amour de Sunny Duval
Au Divan Orange. Vendredi soir à 17 h
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