Franck Thilliez au pays du thriller
C’est pour exorciser ses démons – au sens propre –que Franck Thilliez a commencé à écrire. Un jour, il a couché sur papier toutes les histoires horribles qui l’avaient effrayé, plus jeune, au cinéma, et qu’il avait accumulées dans sa tête.
Résultat? «Ç’a été très dur, assez sanglant. C’était réservé aux lecteurs de thrillers avertis», raconte cet ingénieur en informatique de formation, qui n’a plus cessé d’écrire depuis.
Très sympathique et loin d’être fou, ce Français, qui participe à la troisième édition des Printemps meurtriers de Knowlton du 15 au 18 mai, écrit des polars «parce que vous les lisez», ironise-t-il. «[Le polar] permet au lecteur de vivre un moment d’évasion.» Il ajoute que ce genre littéraire traite parfois de sujets graves et connus, mais plus souvent de sujets méconnus, car «ça laisse une surprise au lecteur». Dans un de ses livres, Le syndrome E, il aborde le drame des enfants de Duplessis. «Personne ne connaît [cette histoire] en France. Quand les gens la découvrent dans le livre, c’est une révélation. Ils ont ensuite envie de faire des recherches pour savoir si c’est vrai. J’essaie d’apporter un éclairage sur la société.»
L’auteur, qui se passionne pour le cinéma d’horreur et les films à suspense depuis qu’il est tout petit, admet d’emblée que le 7e art, particulièrement le thriller psychologique, l’a beaucoup influencé dans son écriture. «Il y a des films qui m’ont marqué, comme Le silence des agneaux, Sept ou L’exorciste. Quand les gens lisent mes livres, ils ont souvent l’impression de voir un film. J’ai une écriture très cinématographique.»
Son talent pour tisser étroitement les fils de ses récits, il le doit en grande partie à sa formation scientifique. «Je l’utilise pour construire mes histoires, très complexes, où les fils se recoupent. C’est un peu comme les engrenages d’une montre. J’utilise toute cette science que j’ai apprise avec le temps. Je fais beaucoup de recherches.»
Dans son plus récent livre, Puzzle, Franck Thilliez joue avec la tête de ses personnages autant qu’avec celle du lecteur. Le thriller met en scène Ilan et Chloé, deux spécialistes de chasses au trésor virtuelles et réelles, qui se retrouvent dans un hôpital psychiatrique avec d’autres joueurs plutôt instables pour prendre part à un jeu mystérieux «grandeur nature» dont personne ne connaît les règles, seulement le nom: Paranoïa.
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Quoi de mieux pour captiver un lectorat que d’articuler son intrigue autour du domaine de la psychologie? « J’ai toujours voulu écrire un livre sur la paranoïa. [Jaime] que les personnages ne sachent pas si ce qui se passe autour d’eux est fictif ou réel. Je veux en même temps que le lecteur ne sache pas ce qui est vrai ou non.»
L’auteur s’intéresse, dans Puzzle, à une branche fascinante de la psychologie: la psychologie sociale. «Ça consiste à faire des expériences sur des gens et à regarder comment ils se comportent. Dans mon livre, on leur fait recopier des noms et des numéros de téléphone pendant un certain temps et ensuite, on déchire leur copie devant eux. Ce sont de vraies expériences. L’expérience de Milgram, où on électrocute des gens en leur posant des questions [pour évaluer leur degré d’obéissance devant une autorité qu’ils jugent légitime], a vraiment été réalisée. C’est stupéfiant!»
Quand on lui demande de nous confier la recette du parfait polar, il affirme qu’il n’y en a pas. «Chaque lecteur peut trouver son parfait polar qui ne sera pas parfait pour un autre. C’est un genre tellement vaste.»
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En rafale
Franck Thilliez se prête au jeu.
- Vous lisez quoi en ce moment? De la documentation sur les virus, pour mon prochain livre.
- Dernier polar lu? 22/11/63, de Stephen King.
- Qui sont vos auteurs incontournables? Stephen King, Jean-Christophe Grangé et Dennis Lehane.
- Livre que vous auriez aimé avoir écrit? John Steinbeck, Des souris et des hommes.
- Votre film d’horreur préféré? L’exorciste. C’est mon préféré, mais c’est aussi celui qui m’a fait le plus peur. Il m’a traumatisé quand j’étais adolescent. J’ai fait plein de cauchemars.
- Si vous deviez conseiller de lire un seul de vos livres? Je dirais Le syndrome E. Et ça se passe au Québec, justement.
Puzzle
Fleuve Noir
Présentement en librairie