Kevin Parent: «On n’a plus 15 ans»
Avec Face à l’ouest, son album-surprise enregistré dans une ambiance détendue et joyeuse, le bien-aimé musicien gaspésien, entouré de ses chums, chante le temps qui passe, les folies qui s’effacent, l’amour qui reste.
Vous avez l’air d’avoir eu un plaisir fou à enregistrer ce disque!
Ah oui! On était une gang de gars des régions, on a eu du fun, c’est vrai. Éloi Painchaud [qui a réalisé l’album], c’est un chum à moi. Il jouait avec Okoumé à mes premiers shows. J’ai toujours aimé le cœur de ce gars-là; il a le cœur sur la main. Il vient des Îles. Il y a aussi Michel Roy, mon drummer. Ça fait 20 ans que je joue avec, pis il vient de la Gaspésie. Manuel Gasse, qui est à la basse, vient de Havre-Saint-Pierre. Faque c’était la vibe des régions. On se comprenait bien.
Vous avez d’ailleurs placé plein de chœurs masculins sur des chansons comme Baby Blue, Mario, Poppers. Est-ce que vous trouvez que ça les a amenées ailleurs? Que ça leur a donné une autre puissance?
Je pense que c’est là qu’il fallait que ça aille, parce qu’il y a quand même pas mal d’humour dans les tounes. Ce n’est pas le genre de chansons que tu fais en te prenant au sérieux, avec plein d’overdub pis de textures recherchées. On n’y allait pas pour ça, on y allait plus pour l’esprit festif et inclusif.
C’est vrai qu’il y a beaucoup d’humour dans vos nouveaux textes, et dans vos spectacles, vous faites souvent des blagues; on rit toujours beaucoup. Est-ce important pour vous d’exploiter cette facette de vous dans votre musique?
Oui, mais c’est plus rare que ça puisse aller sur l’album. Des fois, les compagnies de disques disent: «Kevin, peut-être en show, mais pas sur l’album.» Je me le suis fait dire souvent. Là, puisque je produisais le disque moi-même, j’ai mis plusieurs de ces chansons qui ont été soit tassées, soit rejetées, ou que le monde écoutait en souriant en coin, comme pour dire: «Ha ha, c’est ben cute, mais j’pense pas!» C’est un album de «rejets»!
La plupart des chansons ont été enregistrées en une seule prise, et vous avez gardé l’ambiance, les expressions. On vous entend dire: «Ça roule mon Dave?» au début de Faut que j’sorte dehors, puis, vous riez à la fin de Mario…
… oh oui, pis on entend Éloi dire: «C’tait pas pire!» (Rires) Il voulait l’enlever. J’ai dit: «Laisse don’ ça là!» C’est la première fois que j’enregistrais un album de même. Il faut dire qu’en avril [avant d’entrer en studio], j’avais déjà fait une dizaine de spectacles avec Michel Roy pour tester les chansons live. Il y a aussi Nelson Minville qui m’a donné un coup de main pour faire du ménage dans les textes. Donc j’étais prêt. On n’était pas en mode «recherchons des sons avec un oudou» ou demandons-nous «Qu’est-ce que Coldplay ferait?» Il n’y a même pas de guitare électrique sur l’album! Ça te donne une idée comment c’était «let’s go!»
[pullquote]
Sur Poppers, vous chantez «on dirait que c’était hier, mais on n’est plus dans le même trip». Dans le contexte, vous parlez de soirées de fête, mais est-ce une chose que vous pouvez appliquer aussi à votre carrière? Ou quand vous parlez de musique, vous êtes toujours dans le même trip qu’il y a 20 ans?
Point de vue carrière pis point de vue job, je ne le sais pas… Durant les shows, je pense que c’est bon de retrouver une folie où les ego et les âges tombent. Juste le fait de replonger dans les vieilles tounes de Pigeon d’argile, énergétiquement, on peut jouer avec ça, on peut retomber dans le trip, et ça, je trouve que c’est correct. En ce qui concerne la vie de tous les jours, à quelle heure on se couche, ousqu’on sort, c’est plus ça qui n’est plus dans le même trip!
Dans le même ordre d’idées, dans la pièce Quand on vieillit, vous chantez les signes qui ne mentent pas et qui nous font réaliser qu’on n’est plus aussi jeune qu’avant: «Quand tu prends des bouchées simples / Pis tu te calles une 0.5 / Quand le Plateau te tente plus / Que t’as une impression de déjà vu.» Vous semblez bien prendre le passage du temps et avoir du recul, non?
Oui… Ça, j’ai écrit ça au Japon. J’étais seul, sur le bord d’une plage. J’étais parti là pour un mois. Je faisais vraiment le point sur ma vie. J’arrive à 40 ans, pis c’est une prise de conscience. Mais il y a beaucoup d’humour là-dedans aussi, c’est de l’acceptation. C’est dire: crime, on n’a plus 15 ans!
Vous avez récemment tourné dans le film The Calling, avec Susan Sarandon. Depuis Café de Flore, sentez-vous que votre vie a changé? Que ça vous a ouvert de nouveaux horizons?
C’est sûr que ça m’a aidé de travailler avec Jean-Marc Vallée, parce que, de un, il m’a super bien dirigé et de deux, il a du talent dans ce qu’il fait. C’était une belle carte de visite, même si c’était en français et pas en anglais, ça m’a ouvert une porte, une autre porte, pis une autre fenêtre!
Face à l’ouest
En magasin dès mardi