Culture
09:16 22 mars 2012 | mise à jour le: 22 mars 2012 à 09:16 temps de lecture: 4 minutes

Une bouteille dans la mer de Gaza : croire en l'Homme

Jérusalem, Gaza. Israéliens, Palestiniens. Deux peuples qui se déchirent depuis plus de 60 ans. Penser que ça pourrait changer serait une utopie? Thierry Binisti, le réalisateur français d’Une bouteille dans la mer de Gaza, aime à croire que non. «Quand je regarde l’histoire du monde et toutes les tragédies qui l’ont émaillée, je trouve que, malgré tout, les hommes se débattent pour essayer de vivre ensemble. Il y a des dérapages énormes, mais il y a aussi une volonté féroce d’arriver à vivre ensemble.»

Dépasser les images de guerre du conflit israélo-palestinien et proposer celles d’une vie qui se passe malgré tout, c’est ce qu’offre le film en racontant l’histoire de Tal, une Française de 17 ans nouvellement établie à Jérusalem, et de Naïm, Palestinien de 20 ans confiné à Gaza. Témoin d’un premier attentat, Tal refuse d’admettre que seule la haine puisse régner entre les deux peuples. Elle glisse un message dans une bouteille jetée à la mer, près de Gaza, que Naïm découvrira. Ainsi naîtra un échange par internet, et l’espoir, que leur relation puisse leur donner la force d’affronter la réalité et de s’en emparer pour, petit à petit, la changer…

Le réalisateur garde donc espoir, et son film Une bouteille dans la mer de Gaza, adapté du roman du même titre de Valérie Zenatti, est une brèche dans l’actualité quotidienne.Une actualité qui, d’ailleurs, nous présente sans cesse des tragédies de cette région du monde. «Le cinéma et la littérature permettent justement de faire une coupure dans ces drames et c’est vraiment ça qui m’intéressait. On a un mal fou à se dire qu’il y a des populations qui vivent là, avec leurs désirs, leurs espoirs, leurs problèmes quotidiens, leurs premiers amours, leurs premiers piercings, leurs premiers emplois… Mille et une choses qui font un quotidien en fait», souligne Thierry Binisti.

Le film invite, à travers les images de vie quotidienne de ces deux jeunes, à la compréhension et à l’écoute de l’autre, ainsi qu’à la découverte d’une culture étrangère. «Le livre posait beaucoup de questions sur la manière dont Tal et Naïm se découvrent et je trouvais intéressant d’offrir aux spectateurs une vision parallèle de leur quotidien et de leur échange», explique le réalisateur.

L’histoire de Tal et Naïm ressemble étrangement à une représentation du conflit israélo-palestinien, entre attirance et rejet, proximité et distance, mais il s’agit bien là d’une histoire qui leur est propre. «La relation entre Tal et Naïm est une relation individuelle. Ce n’est pas le peuple israélien et le peuple palestinien à travers eux. Ils sont simplement traversés par ce conflit. C’est réellement l’histoire d’une rencontre et de la volonté de découvrir l’autre», précise Thierry Binisti.

Du livre au film
Le réalisateur tenait à ce que son film soit une parfaite adaptation du livre de Valérie Zenatti, et pour ça, il a travaillé en étroite collaboration avec l’auteure. «Elle a une profonde connaissance de ce monde et c’était important pour moi de ne pas faire d’erreur d’appréciation et d’être au plus près de la manière d’exprimer les choses. Valérie avait la capacité de réfléchir sur le devenir de ses personnages, elle n’était pas du tout figée sur ce qu’elle avait écrit. On est donc partis ensemble dans cette aventure», raconte-t-il.

Tourner en zone sensible
Même si le réalisateur était conscient qu’il ne pourrait pas tourner dans Gaza, l’équipe a, en revanche, obtenu, après bien des tractations, l’autorisation de tourner au point de passage d’Erez, entre Gaza et Israël. «On a d’ailleurs été le premier film à obtenir ce droit. C’est une zone sensible et la cible fréquente de tirs de roquettes. Il s’agit d’une séquence tournée sous tension, dans l’urgence», se souvient Thierry Binisti.

Pour ce dernier, Une bouteille dans la mer de Gaza se nourrit de la force et de la capacité de la jeunesse à remettre le monde en question. Et il pose aussi la question du point de vue. En ayant opté pour un double regard, le réalisateur invite à une réflexion sur la vision du monde : tout dépend de quelle manière et, surtout, de quel endroit on considère les choses.

Une bouteille dans la mer de Gaza

En salle dès vendredi

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