Culture

Le monde extrême de The Captive, avec Ryan Reynolds

Photo: Les films Séville

Le cinéaste canadien Atom Egoyan parle de The Captive (La captive), thriller sur la disparition d’un enfant avec Ryan Reynolds et Rosario Dawson, qui a été en lice pour la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes.

Votre film n’a pas fait l’unanimité à Cannes. Comprenez-vous que certains puissent le détester?
Je dépeins un monde extrême. Plus on fait de recherches sur les réseaux pédophiles, plus on découvre à quel point ils sont tordus. Dans mon film, j’ai voulu réunir six personnages autour de cet univers particulièrement sordide. C’était le défi. Ça peut paraître invraisemblable pour certains spectateurs, mais c’est bien réel. L’autre aspect très intense de l’intrigue, c’est la situation de ce couple, qui ne sait pas ce qu’est devenue sa fille. Le père rejoue la scène dans sa tête, encore et encore, la mère ne parvient pas à l’accepter… Ça peut être pénible à regarder, mais c’est le film que je voulais faire. Et je suis très content du résultat.

Contrairement à 99,9% des auteurs de polars ou de thrillers, vous nous montrez tout de suite que la petite Cassandra est toujours vivante, huit ans après. L’un de vos défis en tant que scénariste était-il de créer du suspense malgré tout?
Le suspense, c’est jusqu’où va aller ce réseau qui a enlevé Cassandra. On la voit raconter des histoires, utiliser ses souvenirs pour torturer sa mère. Des histoires qu’elle enregistre et qui sont envoyées sur le web à des gens qu’on ne voit pas. Combien sont-ils? Qu’en font-ils? Je me suis demandé aussi ce que peut devenir un enfant enlevé par un pédophile une fois qu’il a grandi. Le thriller est un genre basé sur l’attente des spectateurs. Là, l’attente est basée sur l’existence de ce réseau et sa manière de fonctionner. Un monde alternatif de plus en plus complexe et toxique. Mais intrigant aussi.

Avez-vous écrit le scénario d’un sujet? Ou avez-vous assemblé patiemment chaque pièce, chaque personnage, chaque période, à la manière d’un puzzle?
J’ai écrit d’une traite, c’est une manière de faire très naturelle chez moi. Il n’y a jamais eu de version linéaire du scénario, si c’est ce que vous voulez savoir. Mes influences dans ce domaine sont des écrivains comme William Faulkner, avec As I Lay Dying par exemple, ou bien Russell Banks, que j’ai adapté dans The Sweet Hereafter. Des histoires où le même événement est raconté encore et encore, suivant différents points de vue. Je pense aussi à une pièce comme Krapp’s Last Tape, de Samuel Beckett, où un homme fait face à trois époques de sa vie – un texte magnifique. Au cinéma, l’un des maîtres dans ce domaine était Alain Resnais. En 1994, lorsque j’ai présenté Exotica, il y avait aussi Pulp Fiction et Before the Rain, des films qui redécouvraient cette façon de sculpter le temps.

The Captive est-il aussi une façon d’affronter des peurs personnelles en tant que père – la disparition d’un enfant, la peur qu’il soit confronté aux horreurs décrites dans le film?
Bien sûr, c’est l’une des raisons principales d’écrire, il me semble. Maintenant je ne porte pas de jugement moral. La privation de liberté d’un individu par un autre est terrible, c’est un fait. Ce qui m’intéresse c’est d’explorer l’humanité des gens qui commettent ces actes terribles.

Après toutes ces années, est-ce toujours difficile de sortir les films dont vous rêvez?
Le plus dur, c’est de faire face aux attentes des gens. Toute mon équipe était très excitée lorsqu’on nous a proposé d’aller à Cannes. Et il a fallu affronter les réactions, ceux qui comprennent, ceux qui ne comprennent pas… Lorsqu’on commence dans ce métier, on a besoin d’être soutenu, encouragé. C’est comme ça qu’au fur et à mesure, on acquiert une réputation et qu’on peut continuer. Aujourd’hui, l’une des difficultés du cinéma est la concurrence des autres médias, de la télévision notamment. Sur grand écran, on n’a pas beaucoup de temps pour convaincre, et l’attention du spectateur doit être totale. La télé, elle, permet aux histoires de s’installer et aux spectateurs d’être un peu plus distraits.


The Captive
En salle dès vendredi

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