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The Artist cartonne à L.A.

C’est une 84e édition plutôt convenue qu’a animée Billy Crystal avec une verve modérée. Retour sur une soirée tranquille (restons polis).

C’était une soirée faite de blagues gentilles et d’«inside jokes». Une soirée somme toute peu mémorable et tout en retenue qu’on regardait en se disant  «Ouais, dommage qu’on ne puisse pas assister aux after partys, me semble que c’est clairement là que ça va se passer…»

En début de cérémonie, Morgan Freeman a annoncé que tous les gens dans la salle «célébraient le présent et le glorieux passé du septième art», avant de lancer : «Voici les 84es Academy Awards!»

Dans l’incontournable montage filmique d’introduction qui a suivi, on a vu George Clooney en mode The Descendants donner un bec, un vrai, à Billy Crystal. Ce fut probablement un des moments les plus osés et subversifs de la cérémonie. Puis, l’animateur s’est glissé dans Midnight in Paris, de
Woody Allen, où il est tombé sur… Justin Bieber. «Je suis là pour t’aider à rejoindre les
18-24 ans», lui a-t-il annoncé. Billy Crystal s’est également transformé en Tintin, allez savoir pourquoi. Une fois le montage terminé, l’animateur a repris la parole. «C’est la neuvième fois que je suis à la barre des Oscars. Appelez-moi War Horse!» a-t-il lancé. Puis, plongeant dans les mêmes eaux que Ricky Gervais, controversé présentateur des Golden Globes, Crystal a souligné que les Oscars permettent de créer des souvenirs qu’on chérira pour toujours… et des rancunes qu’on nourrira longtemps. Il a ajouté qu’il n’y a rien de mieux pour oublier la crise économique que «de voir des millionnaires se récompenser en se donnant des prix». Pendant un instant, on a cru que ce serait une soirée croustillante à la Golden Globes 2011, mais le ton s’est passablement assagi par la suite, et on a surtout eu droit à des blagues sur les nouvelles technologies qui ont remplacé les vieilles. «C’est bien de voir des films sur grand écran, genre, sur un iPad», a fait remarquer Crystal. Beaucoup de montages rendant hommage au septième art ont également ponctué la soirée.

En ce qui concerne les gagnants, Octavia Spencer, radieuse en robe de soirée Tadashi Shoji, n’arrivait pas à retenir ses larmes lorsqu’elle est montée sur scène pour quérir sa statuette de la Meilleure actrice de soutien pour son rôle dans The Help. En pleurs, elle a remercié «sa famille en Alabama, l’État d’Alabama et ses compagnons de The Help». «On me dit de conclure, donc je conclus, mais je capote!» a-t-elle lancé. Très touchant.

Malheureusement, nous ne pourrons accuser les présentateurs d’avoir fait preuve d’un excès d’imagination cette année. Les célébrissimes Miss Piggy et Kermit ont certes eu leur petit moment, et le Cirque du Soleil a présenté un numéro à grand déploiement sur le thème du cinéma, bien entendu, avec bancs rembourrés rouges et pop-corn à l’appui. Le numéro a été suivi d’une ovation debout.

«Bon! Maintenant, c’est un vrai party! Nous avons des marionnettes, des acrobates… il ne manque plus qu’un poney, et nous aurons une bar mitzva!» a enchaîné Crystal. Puis, dans un moment un peu moyen, Robert Downey Jr est arrivé sur scène en faisant mine d’être suivi par des caméras. «Je suis en train de tourner un documentaire intitulé The Presenter qui va se retrouver sur Netflix, a-t-il déclaré à Gwyneth Paltrow, avec laquelle il a fait semblant de se chicaner. Ouf.

 Ben Stiller et Emma Stone n’ont pas fait tellement mieux, lui arborant un air bête, et elle faisant mine de jouer à la star, minaudant et chantonnant. Disons qu’on était loin du numéro osé de Stiller qui était apparu dans la peau d’un faux Joaquim Phoenix en 2009. Même Will Ferrell et Zach Galifianakis n’ont pas réussi à mettre beaucoup de piquant dans cette soirée tranquille, et ce, même s’ils sont entrés, tout de blanc vêtus, tapant des cymbales à tout rompre afin de présenter la Meilleure chanson originale à Man or Muppet, de Bret McKenzie.

Si, sur un plan plus «local», le Canada n’est malheureusement pas reparti avec l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère, l’honorable – et canadien – Christopher Plummer est devenu hier soir, à 82 ans, l’acteur le plus âgé à recevoir un Oscar, pour sa prestation dans Beginners. «J’ai une confession à vous faire. Quand je suis sorti du ventre de ma mère, je répétais déjà mon discours de remerciement pour les Oscars, mais ça fait si longtemps déjà que je l’ai oublié. Par contre, je n’ai pas oublié qui je devais remercier.» Parmi ceux qui ont reçu les hommages de M. Plummer, il y a eu sa femme, «qui mérite le prix Nobel de la paix».

Plus tard, Billy Crystal a fait son numéro de «je-peux-regarder-n’importe-qui-dans-les-yeux-et-vous-dire-ce-qu’il-pense». En est ressorti qu’Uggie, la vedette canine de The Artist, se répétait en boucle, dans sa tête : «Si je pouvais l’avoir, je le lécherais, si je pouvais l’avoir, je le lécherais…»

Parlant de The Artist, ce film de Michel Hazanavicius, qui met en vedette Jean Dujardin, a été le grand vainqueur de cette 84e édition. Le cinéaste, qui nous avait déjà offert deux volets des aventures d’OSS 117 avec Dujardin dans le rôle-titre, a mis la main sur la statuette du Meilleur réalisateur.

«Merci beaucoup! J’ai un Oscar! J’ai oublié mon discours! Je suis le réalisateur le plus heureux du monde!» a-t-il laissé savoir une fois sur scène. Son comparse Dujardin ne cachait pas sa joie quand, à son tour, il a serré dans ses mains l’Oscar du Meilleur acteur. «Thank you, I love your country! Thank you to the Academy!» a déclaré Dujardin avant de se lancer dans un chapelet d’exclamations de joie in French. Pour finir, ce film muet en noir et blanc a défié tous ceux qui disent que les films muets en noir et blanc, c’est fini. Voilà une belle ode au cinéma…

Les gagnants

  • Meilleur film. The Artist
  • Meilleur acteur. Jean Dujardin (The Artist)
  • Meilleur actrice. Meryl Streep (The Iron Lady)
  • Meilleur acteur de soutien. Christopher Plummer (Beginners)
  • Meilleur actrice de soutien. Octavia Spencer (The Help)
  • Meilleur réalisateur. Michel Hazanavicius (The Artist)
  • Meilleur film en langue étrangère. Une séparation, d’Asghar Farhadi
  • Meilleur scénario original. Midnight in Paris (Woody Allen)
  • Meilleur scénario adapté. The Descendants
  • Meilleur film d’animation. Rango, de Gore Verbinski
  • Meilleure direction photo. Robert Richardson (Hugo)
  • Meilleure direction artistique Francesca Lo Schiavo et Dante Ferretti (Hugo)
  • Meilleurs costumes Mark Bridges (The Artist)
  • Meilleur maquillage Mark Coulier et J. Roy Helland (The Iron Lady)
  • Meilleur montage Kirk Baxter et Angus Wall (The Girl with the Dragon Tattoo)
  • Meilleur montage sonore Philip Stockton & Eugene Gearty (Hugo)
  • Meilleur mixage de son Tom Fleischman et John Midgley (Hugo)
  • Meilleur documentaire Undefeated, de Daniel Lindsay, T.J. Martin
  • Meilleure musique originale Ludovic Bource (The Artist)

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