Culture

Le dessinateur Jean-Marc Héran revisite Renaud

Photo: Jean-Marc Héran

Après une édition consacrée au géant Georges Brassens, voici que la passionnante collection Chansons à la plume et au pinceau nous propose un nouveau volet consacré à celui que plusieurs considèrent comme son fils spirituel, Renaud. Entretien avec Jean-Marc Héran, dessinateur de cette série qui, à l’aide de textes à la fois informatifs et anecdotiques et de caricatures très réussies, revisite les grands moments de la chanson d’expression francophone.

Jean-Marc Héran, votre série a commencé avec un hommage à Brassens: comment ce projet est-il né?
Son origine, c’est ma collaboration à la revue Les amis de Georges, dans laquelle Jean-Paul Sermonte, mon coauteur, évoquait une chanson de Brassens en édito. Il m’a demandé d’illustrer ses textes. Quelques années plus tard, l’idée d’en faire un recueil est venue tout naturellement. Les éditions Carpentier m’ont proposé de donner suite à ce premier ouvrage en créant une collection sur le même principe.

Le nouveau volume est consacré à Renaud. Pourquoi lui, qui est toujours vivant, plutôt que Brel ou Ferré, par exemple?
D’une part, parce que rien ne dit que les morts ont une quelconque priorité sur les vivants (sourire), d’autre part, parce que Renaud voue une profonde admiration à Brassens et qu’on peut dire sans crainte de se tromper qu’il est son digne héritier, tant dans le verbe que dans l’esprit. Ça avait donc du sens de continuer avec lui.

Est-ce que le «chanteur énervant» a lu votre livre et, le cas échéant, quels ont été ses commentaires?
Non seulement il a lu le livre, mais il a aussi suivi de près sa réalisation. Nous nous sommes vus en janvier 2014, je lui ai montré les dessins que j’avais réalisés. Il était fier et heureux. Une amie commune lui a demandé: «Tu reconnais tes chansons?» et il a répondu : «Impeccable». C’était à mon tour d’être fier! Il connaît Baptiste Vignol et apprécie son travail. Il s’est félicité de le voir tenir la «plume». Je l’ai régulièrement tenu au courant de l’avancée du travail et lui ai offert le bouquin pour son anniversaire. À l’en croire, il ne le quitte jamais.

Les dessins ont-ils été exécutés en fonction des textes anecdotiques?
Certainement pas! Chaque auteur donne son regard sur la chanson, l’un en texte, l’autre en dessin, puis nous croisons nos regards. C’est, je crois, l’originalité et tout l’intérêt de ce travail: deux auteurs, deux sensibilités différentes, deux médias différents pour un seul et même artiste.

Était-ce difficile de respecter Renaud sur le plan de la caricature sans verser dans l’admiration béate?
Je suis avant tout un dessinateur satirique, et l’admiration béate n’est pas mon fort… Dans ce type de travail, je dois m’approprier le modèle pour qu’au final il devienne un de mes personnages et que je puisse le faire vivre. Le portrait n’est pas toujours flatteur, mais, fort heureusement, lorsqu’ils sont vivants, mes modèles ont de l’humour…

«Des livres consacrés à des artistes québécois? Personnellement, j’ai beaucoup écouté Diane Dufresne, Robert Charlebois et, bien sûr, Félix Leclerc. J’adorerais que leur tour vienne. Nous avons pensé aussi à Lynda Lemay, qui présente le double avantage d’être une Québécoise et une femme, parce qu’on commence à nous traiter de misogynes, mais reste à convaincre l’éditeur…» – Jean-Marc Héran, dessinateur

Avez-vous des nouvelles de Renaud?
Oui, régulièrement. Il vit en Provence, à une heure de chez moi. Il est toujours très attaché à Paris, où il envisage de retourner, mais en attendant, comme il le dit dans une chanson, «pour vivre heureux, vivons caché»…

Vous avez d’autres noms en tête pour la série? Par exemple, Mano Solo qui était le fils de Cabu, une des victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo?
Nous avons bien sûr plein d’autres noms en tête. Pour l’instant, Mano Solo n’en fait pas partie, mais si tel était le cas, ce ne serait pas pour son ascendance, même si Cabu a été mon ami et mon maître. Je suis en train de préparer un Brel avec Bruno Brel, neveu du grand Jacques, à la plume et, c’est un scoop, nous sortirons en novembre 2015 un Johnny Hallyday avec Michel Kemper à la plume. J’aime être là où l’on ne m’attend pas…

Dans votre livre sur Brassens, il est fait mention de son admiration pour Félix Leclerc. Brassens, auteur de l’antinationaliste Ballade des gens qui sont nés quelque part, savait-il que Félix était une des figures de proue du mouvement nationaliste et indépendantiste québécois?
Brassens et Félix Leclerc n’étaient pas intimes. Je crois qu’ils se sont vus quatre fois, mais ils se vouaient une admiration réciproque. Brassens était au courant des prises de position de Félix Leclerc. Dans ses choix amicaux et artistiques, il a toujours laissé de côté les aspects politiques ou religieux. Ce qui l’intéressait, c’était la valeur humaine de l’individu. Tolérance qu’on lui a souvent reprochée et dont pourtant, en ces temps troublés, beaucoup devraient s’inspirer.

Pourquoi la préface est-elle signée David Séchan? Thierry (Séchan), qui s’en charge habituellement, n’était pas disponible? (Rires)
David est le frère jumeau de Renaud, c’est un type brillant et très soucieux de sa vie privée et de celle de ses proches. Il s’exprime très peu sur son frère et, avec cette remarquable préface toute en tendresse, il nous a fait un magnifique cadeau.

Renaud-CouvertureRenaud, Chansons à la plume et au pinceau
Aux éditions Didier Carpenti
En librairie

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