Culture
20:35 19 mai 2015 | mise à jour le: 20 mai 2015 à 12:53 Temps de lecture: 4 minutes

Le meilleur de Villeneuve

Le meilleur de Villeneuve
Photo: APFrom left, director Denis Villeneuve, actors Benicio del Toro, Emily Blunt and Josh Brolin pose for photographers as they arrive for the screening of the film Sicario at the 68th international film festival, Cannes, southern France, Tuesday, May 19, 2015. (AP Photo/Lionel Cironneau)

«La vérité, c’est qu’à Cannes, le public est réputé être difficile. Mais la projection s’est terminée il y a 15 minutes, et mon veston est encore blanc! Il n’y a pas de tomates dessus!» s’est réjoui mardi Denis Villeneuve, qui présentait son nouveau film, Sicario, en compétition. Et on ne s’étonnera pas d’apprendre que ledit veston est resté immaculé toute la journée.

Josh Brolin était catégorique mardi. «Je n’aurai plus jamais confiance en Denis Villeneuve!»

«Il donne l’impression d’être un type peu assuré, qui dit “Oh ça, je ne sais pas trop”, et “ouh, i dou notte no, ïou gaïz, watte dou ïou tinke?” Mais quand j’ai visionné [Sicario], a enchaîné le très authentique et marrant interprète, je me suis dit: “Ce fucker sait exactement ce qu’il veut!” Je crois qu’il utilise ce procédé pour qu’on se sente mieux, en tant qu’acteur, d’avoir fait quelque chose de bon. Même si ça n’a rien à voir avec nous! Pour que, lorsqu’on a une idée, on pense: “Fiou, DIEU MERCI, une chance que Denis m’a, MOI!”»

Sur ces mots, Villeneuve lui a donné une tape amicale. «Vous voyez comme il me tapote le dos en ce moment? a renchéri Brolin. C’est exactement ce dont je parle! Dans sa tête, il se dit: “C’est correct petit acteur, tu peux rentrer à la maison maintenant.”» L’assemblée – et le cinéaste – ont éclaté de rire.

Toujours porté à l’autocritique, le réalisateur québécois a ensuite expliqué pourquoi il pensait que ce film, grâce auquel il se retrouve pour la première fois en compétition, est, à son humble avis, «son meilleur». «D’un point de vue cinématographique, il est très près de moi. Je l’ai réalisé sans aucun compromis.»

«La vérité, c’est que je suis un scénariste très lent et que mon appétit pour le cinéma est gigantesque en ce moment.» – Denis Villeneuve, expliquant pourquoi il tourne les scénarios des autres plutôt que les siens

Fait de nuances, de non-dits et de ces mises en scène virtuoses qui sont la marque de l’homme, Sicario se déroule à la frontière des États-Unis et du Mexique, où les narcotrafiquants font la loi. Enfin, «loi»… dans le sens où il n’y en a plus aucune. «J’ai été traumatisé quand j’ai lu le scénario [de Taylor Sheridan], a remarqué le réal. Je me sentais condamné, en quelque sorte. J’étais tombé en amour. Il fallait que je le fasse.»

En plus, a-t-il ajouté, ça faisait un moment que «cet endroit spécifique» l’intéressait. «Pouvez-vous élaborer?» s’est enquise une consœur. «Eh bien, nous savons tous dans cette pièce à quel point il y a de la violence là-bas. De plus, cette violence se déroule sous le couvert du silence. En tant que Nord-Américain, je sais que je partage une partie de cette responsabilité. Je pense qu’on devrait encore et encore faire des films sur cette réalité. Il y a des gens là-bas qui ont très peur.»

«J’ai tourné dans beaucoup de films qui parlent de cette partie du monde, a ajouté Benicio del Toro, qui incarne ici un ex-procureur colombien. Je suis très sensible à ce qui arrive là-bas et j’ai aimé que Denis dise quelque chose de nouveau sur le sujet à travers mon personnage.»

Le réalisateur en lice pour la Palme d’or – qui refait ici équipe avec Roger Deakins, le directeur photo à l’aura de légende et fidèle collaborateur des frères Coen – a précisé: «J’étais à l’aise de parler de cette réalité parce qu’on le faisait du point de vue américain. Ce n’est pas un film sur le Mexique. C’est un film sur l’Amérique.»

«On me demande souvent: pourquoi tu joues toujours des personnages de femmes tough? Mais je ne les vois pas comme ça. Je pense qu’il y a beaucoup de femmes fortes dans ce monde! Celles qui travaillent au FBI et auxquelles j’ai parlé en me préparant pour ce rôle sont des filles normales! Super! Après le boulot, elles rentrent à la maison et elles regardent Gosford Park et Downton Abbey.» – Emily Blunt, qui incarne le rôle principal dans Sicario, soit celui d’une agente du FBI

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