Culture
23:09 3 septembre 2015 | mise à jour le: 7 septembre 2015 à 11:19 temps de lecture: 5 minutes

Philémon Cimon: au sommet

Philémon Cimon: au sommet
Photo: Yves Provencher / Métro

Sur Les femmes comme des montagnes, album qu’il dit avoir «expulsé de son organisme» et «construit comme une métaphore», il y a l’amour, il y a les filles, il y a la musique. Mais il y a aussi la liberté dont on se prive volontairement, une aventure héroïque qui finit en cri, et un «Hey Joe!» à Dassin. À toi, Philémon.

Il y a eu un premier album, Les sessions cubaines, placé sous le signe de «la débrouillardise au maximum». Puis un deuxième, L’été, qui réunissait «des musiciens de plein de scènes différentes» (montréalaise, cubaine, mexicaine), enregistré en peu de jours. Sans trop de répètes. Dans un désir «d’aller davantage dans l’énergie que dans la finesse». Les femmes comme des montagnes, le troisième qui arrive, juste là, est marqué du sceau «réalisé avec plus de temps, plus d’aisance, et pas juste dans l’urgence». Chose qui a permis, remarque Philémon Cimon, «de délier les doigts à tout le monde, de leur donner de la liberté».

Le long-jeu est d’ailleurs signé non seulement de son nom, mais aussi de celui du «Conjunto Chante». Son band, son ensemble. Composé de musiciens auxquels il donne «des noms de Wu-Tang. Évidemment.» Notamment Nicolas «Soul Monsta» Basque, qui offre des passes de virtuose sur la guit. Puis, son complice Papacho «King Tumbao», qui se déchaîne au piano. Et son allié Philippe «Mad Priminista» Brault, qui œuvre à la basse, à la coréalisation et au mix. «J’aime que chacun puisse amener sa personnalité. Pour de vrai. Que tous mettent leur couleur; qu’ils aient la liberté de faire ce qu’ils veulent. Comme des MC», explique PC quand on le rencontre dans un café de la Petite Italie.

Ponctuant ses phrases de «non?», Philémon remarquera, au fil de la discussion, que «c’est difficile d’être satisfait dans le monde où l’on est, non? Ça demande un gros effort.» Ou encore, qu’«on est comme des volcans. Il y a une vie à l’intérieur de nous, pour de vrai. Non?» Oui. Et ça bout tandis que l’album avance, de plus en plus, même. Ça commence par Je t’ai jeté un sort, pièce joyeusement pop qui part direct et happe. De suite. («Tant mieux!» sourit-il à cette mention.) Plus loin, cet amoureux de Joe Dassin salue l’homme et, par la bande, sa première copine (à lui, pas au regretté roi de la variété) dans Vieille blonde, une chanson qui s’abreuve à cette source inépuisable d’inspiration artistique que sont les ex. (Il les remercie d’ailleurs, au pluriel, dans son livret.)

Du grand Joe, Philémon Cimon dit aimer l’excessive «tristesse mêlée à quelque chose de très touchant». Il nous cite l’une de pièces préférées, Happy Birthday, une vieille ballade mélancolique dans laquelle l’idole franco-américaine s’offre un slow en solo, le jour de son anniversaire, car «c’est pas parce qu’on est seul / qu’on n’a pas le droit de danser / de boire du champagne / à sa propre santé». «C’est complètement pathétique! s’exclame Philémon en rigolant. Mais je l’aime beaucoup. C’était un drôle de bonhomme. Il est arrivé à mettre des beaux mots, des bons mots, sur des événements relativement complexes et presque humiliants de la vie.»

«Je crois beaucoup dans la création. L’élan. Le souffle. Tu commences et tu finis. Et idéalement, pas de façon entrecoupée. C’est comme respirer. Il faut le faire. C’est tout.»

Lui aussi, il «met des beaux mots» sur des instants d’existence. Comme dans Démon crié, où il raconte avoir «gossé des menottes». «Malgré mon apparence, j’suis quand même un gars de bois! J’aime ça monter des rivières pis pêcher pis abattre des arbres», note le guitariste et chanteur au sujet de l’emploi poétique du terme «gosser». Mais ce qu’on retiendra surtout de ce morceau, c’est qu’il traite, précise-t-il, de «la liberté qu’on s’enlève». «Je trouve que c’est rare, surtout en Occident, qu’on n’ait pas le choix de faire quelque chose. C’est souvent nous qui décidons de nous mettre dans une situation qui n’a pas de bon sens; nous qui décidons de l’accepter. Nous sommes beaucoup à être pris dans ces menottes que nous nous mettons, à nous faire du mal.»

Par contre, lui s’est libéré d’une chose sur cet album. À savoir d’une émotion immense dans les dernières notes de Ève, épopée à consonance homérique, qui se termine par – manifestation plutôt inhabituelle chez lui – un cri, «une catharsis», «du gueulage». «Pour moi, c’est le moment où Ulysse rentre chez Pénélope et tue tous les prétendants», remarque le parolier avant de confier, après un moment de flottement: «À vrai dire, avant de l’enregistrer… elle me faisait un peu peur, cette pièce… Ce n’est pas un texte simple… Il fallait que je le porte aussi… Non?»

CD Pochette Philémon CimonLes femmes comme des montagnes
Lancement vendredi soir au FME, à Rouyn-Noranda