Culture

Le 7e art descend dans la rue

Le 7e art descend dans la rue
Photo: Yves Provencher/Métro

En réaction aux coupes faites dans la culture, et pour tenter de trouver des solutions de rechange, des artisans du 7e art ont lancé l’événement Cinéma dans la rue.

Lundi matin, la CinéRobothèque était «occupée» symboliquement. Mais quel symbole! Plusieurs artisans ont pris la parole pour protester contre la fermeture du complexe de l’Office national du film situé dans le Quartier Latin. Une fermeture annoncée en avril dernier dans la foulée des compressions du gouvernement fédéral. Tour à tour, les réalisateurs Denys Desjardins, Philippe Falardeau, Paule Baillargeon, Malcolm Guy, ainsi que la directrice des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) Roxanne Sayegh, se sont exprimés contre la cessation des activités du Cinéma ONF et de la CinéRobothèque, qui doit avoir lieu le 1er septembre prochain.

L’événement était animé par Denys Desjardins, qui a rappelé que ce sont plus de 150 000 visiteurs qui fréquentent le complexe de la rue Saint-Denis. En termes de chiffres, ce sont plus de 10 000 films de la collection de l’ONF(!) qui sont disponibles pour consultation à la CinéRobothèque. Une vingtaine de festivals seront également ébranlés par la fermeture du Cinéma ONF, car ils perdront ainsi un écran et une salle de 150 places où diffuser les œuvres. Des œuvres qui ont de moins en moins de chances d’être vues dans les gros complexes où elles tombent au champ d’honneur, dans une guerre mortelle contre les blockbusters pétaradants.

Roxanne Sayegh a souligné que les Rendez-vous du cinéma québécois, entre moult autres événements, seraient fortement affectés par cette fermeture. «Même si on trouve un autre écran [pour diffuser les films pendant le festival], ce n’est pas sûr que les spectateurs vont suivre.» Car les festivaliers ont leurs habitudes et sont parfois «paresseux». S’il leur faut soudain sortir du centre-ville, fréquenter un festival de cinéma risque de devenir moins tentant, trop compliqué.

La directrice générale des RIDM a également fait valoir que la salle du Cinéma ONF pouvait compter sur «une des meilleures, si ce n’est la meilleure équipe de projectionnistes à Montréal». «Les revenus, ça se remplace, a-t-elle ajouté, mais une chose est irremplaçable : la perte de cette salle, qui va laisser un trou béant dans le quartier.»

Paule Baillargeon a, elle aussi, déploré cette situation, avec beaucoup d’émotion dans la voix. «Nous perdons ce lieu et nous perdons un écran pour le cinéma. Celui qu’on appelle le grand, a-t-elle dit. Nous savons que nous existons, nous, Québécois, à cause de notre culture. Pas de notre économie.»

Sur une note plus humoristique, mais non moins percutante, le réalisateur et producteur Malcolm Guy a cité les Loco Locass pour dire qu’il était «carrément révolté des politiques qui traitent de l’art comme du lard». «Bientôt, nous serons obligés de participer à des émissions comme L’œil du dragon, où trois investisseurs décideront si notre projet est digne [de faire l’objet d’] investissements!» a-t-il lancé.

Une déclaration chaudement applaudie, tout comme l’ont été celles de Philippe Falardeau. «Nous sommes contre l’idée d’abolir les choses sans vision de remplacement. Ce qu’on demande, ce n’est pas juste la liste d’épicerie des choses à couper, c’est la liste des solutions qui vont nous dire comment les remplacer!»

Le cinéaste a raconté qu’il avait trouvé ça «assez ironique que le ministre Moore parade à ses côtés», qu’il se félicite de la nomination de Monsieur Lazhar aux Oscars et qu’il promette de sauvegarder le cinéma québécois. «Le problème, c’est que c’est Harper qui mène le bal», a conclu Falardeau.

Une semaine occupée
Pour marquer la tenue du «Cinéma sort dans la rue», plusieurs événements sont prévus cette semaine :

  • Mardi, à 19 h: Projection au Cinéma ONF de Cinéma, cinéma, de Gilles Carle et Werner Nold, en présence de ce dernier. Entrée libre selon les places disponibles.
  • Mercredi, dès 19 h: Événement symbolique «Protégeons notre cinéma». Le public est convié à former une longue chaîne humaine qui fera le tour du quadrilatère, de Saint-Denis à Émery et de Sanguinet à de Maisonneuve. Une pellicule reliera les gens les uns aux autres.
  • Dès maintenant: La pétition Coupures fédérales et culture québécoise est en ligne sur le site de l’Assemblée nationale.