Culture

Ceci n’est pas une critique du Bye Bye

Ceci n’est pas une critique du Bye Bye
Photo: ICI Radio-Canada Télé / KOTVBye Bye 2015

J’avais une résolution cette année en m’assoyant devant la cuvée 2015 du Bye Bye de Radio-Canada – je ne voulais pas chercher des poux. Le regarder sans décortiquer. Passer un bon moment, simplement.

J’ai tenu ma résolution, en partie. Ceci ne sera pas une critique du Bye Bye 2015 parce qu’au fond de moi, je ne voudrais pas avoir cette tâche ingrate que de produire l’émission québécoise la plus regardée de l’année et qui ne pourra absolument jamais être appréciée de tous.

Louis Morissette l’expliquait brièvement lors des Coulisses du Bye Bye diffusées au petit matin le 1er janvier: lui et son équipe doivent relever le défi de présenter une émission humoristique à un public qui ne regarde pas forcément des émissions humoristiques et, pire, ne les apprécient pas systématiquement.

Il doit composer avec une barrière linguistique, en quelque sorte, qui est apparente pour ceux plus familiers avec la langue et les codes de l’humour à la télé.

Je ne veux donc pas critiquer le travail d’une équipe talentueuse qui a passé des mois à écrire, jouer et monter une émission imparfaite parce qu’elle a le fardeau d’atteindre le plus grand nombre de téléspectateurs possible. Parce qu’au final, c’est ce qui compte pour ceux qui tiennent les cordons de la bourse – l’auditoire rivé devant l’écran qui justifie la vente à gros prix des publicités lors de ce Bye Bye.

Petit bémol sur ces publicités : elles ne feront jamais partie du spectacle, malgré les efforts de Métro, pour ne nommer qu’un coupable, de vouloir avoir une approche spéciale pour le rendez-vous du réveillon. Quand il y a des publicités pour faire une amorce à une autre publicité plus tard en soirée – C’EST NON! Même si tout le bottin de l’UDA vient chanter un rap du Nouvel An, C’EST NON!

Ceci étant dit, le Bye Bye reste une production de qualité. Tout ce qui n’est pas litigieux, comme les effets spéciaux et les costumes, est impeccable. Pour les textes et le contenu, l’équipe d’écriture marche visiblement sur des œufs avec cette peur de faire des vagues négatives. Alors, on torpille des cibles sans risque (François Bugingo et Marcel Aubut) et on navigue en eau douce pour le reste, jouant plutôt la carte de la boutade et de la familiarité pour provoquer un rire.

Remarquez, c’est une bonne chose. Le défi du Bye Bye n’est pas de renverser le Québec dans ses convictions profondes. C’est un rassemblement populaire. Ça serait donc malhonnête de ma part de critiquer le fait que ça m’agace quand les blagues sont surlignées à l’écran parce que l’équipe ne cache pas cette volonté d’être consensuelle, voire populiste.

On sait que Louis Morissette peut mordre la main qui le nourrit avec aplomb et insouciance, mais on sait aussi qu’il a l’intelligence d’offrir une production qui se rapprochera le plus d’un consensus à l’écran – même s’il doit pour ce faire sacrifier les nuances et les prises de position plus personnelles.

Donc ceci n’est pas une critique du Bye Bye, au contraire. Chapeau à l’équipe qui fait un travail colossal qui me donnerait de l’insomnie des semaines durant si je devais mettre les mains à la pâte. Dans les circonstances et le climat actuel, on peut difficilement demander mieux.