Culture

C2 Montréal: solutions et compassion

Photo: Arianne Bergeron/Collaboration spéciale

En à peine cinq éditions, C2 Montréal a grandi à une vitesse phénoménale. Cette année, il y a même une forêt qui a «poussé» dans l’antre de la galerie L’Arsenal, où se tient le très couru événement. Entre les séances de «remue-méninges expérimental», les ateliers et toutes les activités centrées sur l’innovation, deux conférences données dos à dos, back à back, ont démontré hier la grande étendue du spectre couvert par le festival, consacré au mariage entre créativité et commerce.

Joel Simkhai, fondateur et PDG de Grindr

Pour Joel Simkhai, il n’y a pas 36 000 recettes pour créer un produit à succès. Il n’y en a qu’une : faire en sorte que celui-ci résolve «un gros problème». «Mais pas un problème que vous êtes le seul à connaître.» Non. Un que plein, plein, vraiment plein de gens rencontrent. Parlant de rencontres, c’est grâce à son application visant à en faire, que Joel a fracassé les records de popularité. En sept ans à peine, Grindr, appli géolocalisée destinée aux hommes gais et bisexuels est devenue une véritable référence, se taillant une place de choix dans la culture populaire et rassemblant des millions d’utilisateurs.

Normal, croit l’entrepreneur basé à Hollywood : «Le besoin était là», et il n’a fait qu’y répondre.

En effet, comme le conférencier l’a répété à quelques reprises, un concept, aussi brillant soit-il, risque fort de flopper si personne n’en a besoin. «Vous avez une idée? Très bien. Mais l’idée, c’est seulement le commencement. Ça ne fait rien de concret.»

Ce qu’il faut, c’est trouver une solution. Et, il insiste sur le mot : SIMPLE. «Trop souvent, on complexifie les choses. Vous devriez être capable d’expliquer votre projet en quelques secondes. Récemment, j’ai été luncher avec un idéateur qui a pris CINQ MINUTES pour me présenter son concept.» Joel est catégorique : cinq minutes? «C’est trop long.»

Parmi les autres points abordés, l’homme d’affaires s’est désolé de toutes ces personnes qui ne veulent pas parler de leur idée, de peur de se la faire voler. Erreur. «Beaucoup de gens viennent me voir pour me dire : “Ha! J’ai pensé à Grindr bien avant toi!” Ce à quoi je réponds toujours: “OK, d’accord. Mais qu’as-tu fait avec ton projet?”»

Joel, lui, l’a lancé. Vite. Avec «seulement quelques milliers de dollars». Il le sait, et il en convient : son application à la popularité planétaire était très loin d’être parfaite au départ. Pas grave, croit-il. «L’important, c’est de mettre votre produit sur le marché pour recueillir les commentaires des usagers aussi rapidement que possible. Ce sont eux qui doivent vous donner leurs impressions. Pas moi, pas vos parents, pas vos amis. La seule validation dont vous avez besoin, c’est celle du public.»

Précis et clair, le conférencier a conclu sur quelques points bien simples. «Ne copiez pas. N’imitez pas les autres. Trouvez quelque chose d’unique, de différent, qui vous distinguera. Et cessez de faire de l’insomnie en pensant à vos compétiteurs. Vous en aurez toujours. Trouvez votre force. Concentrez-vous sur elle, exploitez-la. C’est comme dans la vie : la seule personne que vous pouvez changer, c’est vous-même.»

ART C2MTL Nadya Hutagalung
Nadya Hutagalung – Photo: Arianne Bergeron/Collaboration spéciale

Nadya Hutagalung, animatrice et militante pour l’environnement

En montant sur scène hier pour évoquer son parcours, Nadya Hutagalung a insisté sur deux mots – passion et compassion – à répétition.

Ces deux choses essentielles, dont on n’abuse jamais assez, ont marqué son éducation en Australie, dans les années 1970. Une ère où «l’idéal de l’esthétique était forcément fait de cheveux-blonds-de-yeux-bleus-d’un-look-de-surfer» et où la petite Nadya «ne se sentait vraiment pas à sa place». C’est aussi la passion et la compassion, affirme-t-elle, qui ont continué à la porter lorsque, à 12 ans, elle a quitté l’école et le nid familial, pour se lancer dans «le monde un peu fou du mannequinat».

Trois décennies plus tard, l’Australo-Indonésienne à la grande beauté fait encore partie de l’industrie de la mode. La clé de sa «survie», selon elle? Avoir dit «non» aux compagnies dont les valeurs ne correspondaient pas aux siennes. Une décision «peut-être difficile sur le coup, mais qui a fini par rapporter». En effet, la top âgée de 41 ans a fait la une de L’Officiel, de Harper’s Bazaar, de ELLE, et de moult magazines. Elle a également animé les deux premières saisons de la téléréalité Asia’s Next Top Model. «J’ai pris cette décision en ayant recours à ma compassion, a-t-elle affirmé, et en pensant à l’impact que je pourrais avoir.»

Une autre émission qu’elle a raconté avoir animée, c’est MTV’s Most Wanted, sur les ondes de la chaîne phare des années 1990. C’est là que, entre deux demandes spéciales du public pour les vidéoclips de l’heure, la VJ s’est mise à «parler de choses vraiment élémentaires, comme recycler, et sauver les dauphins». «Lentement, j’ai commencé à percevoir des changements dans les demandes du public, a-t-elle noté. Et j’ai pris conscience du pouvoir de ma voix.»

Récemment, une autre expérience a bouleversé Nadya Hutagalung. À savoir une rencontre, dans un party de Noël, avec la Dre Tammie Matson, qui travaille pour la conservation des espèces menacées. Inspirée par ses idées, elle a suivi la spécialiste en Afrique, où elle a rencontré Tim. Un éléphant avec qui elle s’est retrouvée face à face. «Nous n’avons pas échangé de mots [visiblement], mais nous étions clairement en train de communiquer.» De ce périple, la conférencière a rapporté un court métrage documentaire, Let Elephants Be Elephants. Puis, elle a pris part à une campagne pour sauver cette espèce en voie d’extinction. «Chaque petit geste que nous posons a un impact! Maintenant, allez, sortez, et utilisez votre passion et votre compassion pour faire la différence!»

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